Le Cénotaphe de Chicoutimi est l’un des plus beaux monuments de la région, surtout depuis qu’il a été restauré par celui qui l’a créé dans les années 1950, le sculpteur Armand Vaillancourt.

Une pensée pour Armand Vaillancourt

CHRONIQUE / En voyant une photographie captée il y a quelques jours, au Cénotaphe de Chicoutimi, j’ai eu une pensée pour Armand Vaillancourt. Les flammes s’échappant de sa sculpture épousant la forme d’un canon, au moment où on rendait hommage aux soldats morts en devoir, m’ont remis en mémoire une conversation remontant à 2014.

Cette année-là, à l’invitation de la Ville de Saguenay, l’artiste avait passé plusieurs semaines dans la région afin de restaurer le monument créé dans les années 1950. Aussi énergique qu’un jeune homme, il mettait lui-même la main à la pâte, motivé par la perspective de pérenniser l’une de ses oeuvres les plus significatives. « J’ai fait un canon dont on sent qu’il va tirer tout croche. C’était pour montrer l’inutilité des guerres », m’avait-il expliqué.

Bien qu’il soit pacifiste dans l’âme, Armand Vaillancourt voue un immense respect aux soldats, dont plusieurs ont été soumis à la conscription imposée par le gouvernement fédéral. « Que ce soit pendant le conflit de 14-18 ou la Deuxième Guerre mondiale, ces pauvres gars ne voulaient tuer personne, avait-il énoncé. Ils ont vécu des choses épouvantables dans les tranchées et ça a été aussi terrible la fois d’après, face à Hitler. Je vais toujours me mettre à genoux devant eux. »

C’est dans cet esprit qu’il a rafraîchi le Cénotaphe. La peinture a été refaite, tout comme la plaque commémorative posée sur le socle de béton dans lequel on avait inséré de la terre prélevée sur la tombe d’un soldat mort au front. Mais ce qui m’a le plus étonné, c’est sa décision de restaurer le dispositif permettant à des flammes de jaillir des canons. Même si ça faisait partie de l’oeuvre originale, je m’étais demandé s’il était nécessaire de pousser aussi loin le souci du détail. Et bien sûr, j’avais tort.

La cérémonie tenue récemment a montré à quel point ce monument contribue puissamment au devoir de mémoire. Craché par les canons, le feu de l’enfer symbolisé par les flammes rappelle à quel point la décision de faire la guerre est la plus grave que puisse prendre un gouvernement. Dommage que certains dirigeants, aujourd’hui encore, n’y voient qu’une option parmi tant d’autres.