Martin Matte et Mélissa Désormeaux-Poulin incarnent un couple qui traverse un moment de doute à l’aube de son dixième anniversaire de vie commune, ce qui constitue le ressort affectif du film Le trip à trois.

Une nouvelle expérience pour Mélissa Désormeaux-Poulin

Au Québec, l’image qu’on se fait d’un « straight man » ramène au temps de la télévision en noir et blanc. On pense à Léo Rivest avec Claude Blanchard, Denis Drouin aux côtés d’Olivier Guimond et, dans sa version la plus absurde, l’Oncle Pierre avec Midas. À quelques nuances près, c’est pourtant un rôle semblable que vient d’assumer la comédienne Mélissa Désormeaux-Poulin dans le film Le trip à trois.

Elle y campe une femme dans la mi-trentaine, Estelle, qui a toujours pris le sort du monde sur ses épaules. Toujours raisonnable, toujours fiable, quitte à mettre une sourdine à ses désirs, cette analyste financière est entourée d’amies nettement plus givrées, sans parler de sa sœur aînée ultra-délurée. Le jour où elle frappe le mur, où l’idée lui vient que sa vie pouvait être plate, c’est à tâtons que cette apôtre de la prudence cherche à ajouter un peu de piment à ses envies.

Mélissa Désormeaux-Poulin assimile son personnage à un clown blanc. Ce n’est pas elle qui amenait les gags, qui proférait des énormités, mais la psychoéducatrice aux désirs équivoques, la jeune mère affligée d’un violent post-partum et la sœur si prodigue en conseils censés faire de l’homme une proie facile. Or, se trouver au centre d’un groupe aussi coloré fut extrêmement gratifiant pour l’interprète.

« On a accès à leur intimité de filles, ce qui est rarement porté à l’écran. J’ai également apprécié le fait que l’histoire derrière ce trip à trois est partie d’une femme et non d’un homme. Ça aussi, c’est une chose qui me parle », a mentionné la comédienne, mardi, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Jouer dans une comédie lui a fait découvrir un territoire peu exploré au fil de sa carrière. Parmi les aspects qui étaient moins familiers, elle relève les nombreuses prises pendant lesquelles Estelle et sa gang de filles ont pu déborder du texte rédigé par Benoit Pelletier, avec la bénédiction du réalisateur Nicolas Monette.

« L’objectif était de laisser passer la complicité entre les filles. Je n’avais pas vécu souvent ce genre d’expérience et ça m’a demandé beaucoup d’écoute », fait observer la comédienne. Un autre de ses défis fut de calibrer l’évolution de son personnage, à mesure que celui-ci cheminait dans son projet de trip à trois. Même dans un contexte humoristique, il fallait maintenir sa crédibilité.

« Je ne voulais pas que ça se passe comme dans un film américain. L’idée consistait à montrer quelque chose de réel, qu’Estelle évolue tout en demeurant elle-même », énonce Mélissa Désormeaux-Poulin. En même temps, elle a dû composer avec la manière d’être de Martin Matte, qui incarnait son conjoint. Il y a des moments où le simple fait de ne pas éclater de rire en plein tournage, à la vue de ses facéties, a constitué une manière d’exploit.

Ce qui est tout aussi clair, c’est que la comédienne a aimé jouer dans Le trip à trois et souhaite creuser le sillon de l’humour, désormais plus familier. « J’ai la piqûre », résume-t-elle.

Faire rire et émouvoir

« Je sens qu’il y a un bon feeling. Dans les salles, tous le monde rit et simultanément, tout le monde est ému. C’est hyper-positif », a souligné le réalisateur du film Le trip à trois, Nicolas Monette, lors d’une entrevue accordée au Progrès. Les premières projections données devant public, depuis deux semaines, l’ont rassuré à propos du pouvoir d’attraction de cette comédie portée par les comédiens Martin Matte et Mélissa Désormeaux-Poulin.

Ce qui lui importait, bien sûr, c’était de divertir les gens grâce à cette histoire d’un couple engagé dans une expérience sexuelle déstabilisante. Il fallait qu’on s’amuse de son désir de secouer la routine à l’aube de son dixième anniversaire de vie commune. Dans son esprit, toutefois, il n’était pas question de verser dans la grosse farce, ni dans la vulgarité, même si le langage employé par certains protagonistes, notamment les personnages féminins, est parfois cru.

« Nous ne voulions pas tomber dans la caricature en dépit du fait que le titre du film tend à faire sourire, tout comme la présence de Martin Matte. C’est vrai qu’on rit, mais parfois, le rire est amer », affirme Nicolas Monette. Cette recherche d’équilibre trouve son écho dans la manière dont il a dirigé les têtes d’affiche. Ainsi, Mélissa Désormeaux-Poulin avait pour mission de dépeindre une femme arrivée à la croisée des chemins, tant au travail que dans sa vie affective.

« La comédie ne vient pas d’elle », note le réalisateur, qui a tout de même veillé à ce que Martin Matte, qui personnifie le conjoint, ne livre pas une performance unidimensionnelle. Dans son esprit, en effet, l’humoriste devait laisser voir une certaine vulnérabilité. « Mon plus gros défi a été de le retenir, lui qui est le roi de la comédie. Je ne voulais pas que ce soit Les beaux malaises-Le film. Or, il est touchant dans Le trip à trois », estime Nicolas Monette.

Dans la même foulée, il mentionne que Pierre Brassard n’est pas drôle dans le rôle du patron de la boîte où travaille Estelle, le personnage campé par Mélissa Désormaux-Poulin. Et c’est avec le même sens de la mesure que le cinéaste analyse la contribution de l’autre vedette du film, une enfant de neuf ans qui a pour nom Romane Martins.

C’est la fille du couple et elle non plus ne se sent pas bien parce que trop franche, trop brutale et néanmoins très sensible. « Dès son audition, j’ai su que ce serait elle. Romane interprète le rôle d’une fille un peu “tomboy”, qui fait partie d’une équipe de football, et ça lui est venu naturellement. Quand on dirige des enfants, il faut s’organiser pour qu’ils voient ça comme un jeu », explique Nicolas Monette.