Voici quelques-unes des bananes en plâtre à partir desquelles Mathieu Valade a créé une sculpture aux airs de nature morte.

Une nature morte qui fait sourire et réfléchir

Mathieu Valade a le sens de l'humour, comme le constateront les dignitaires rassemblés à 11 h, aujourd'hui, devant la Maison de la littérature de Québec. Lorsqu'ils lèveront la tête afin d'examiner les trois sculptures formant l'oeuvre d'art intitulée Éphémères durables, la présence d'un régime de bananes et d'un ananas, ainsi que d'une sphère faisant penser à une boule disco, leur arrachera peut-être un sourire.
L'artiste établi au Saguenay a également inséré un crâne, un livre, un trophée, une vieille télé, un oiseau et une couronne d'ossements, tous représentés de façon réaliste et tous coulés dans le bronze, à l'image des fruits. Ce sont ces éléments qui tracent un lien avec la tradition des natures mortes, laquelle a nourri ce projet réalisé dans le contexte de la politique du 1 %.
« J'ai travaillé avec le vocabulaire de la peinture en gardant à l'esprit que dans cette maison, on conserve des livres pour la postérité. Il y a donc un contraste avec les natures mortes qui faisaient ressortir l'idée que tout est éphémère, qu'il valait mieux prendre soin de son âme. C'est ce que suggère la boule disco, entre autres. Elle nous ramène à l'éphémère, aux lendemains de veille », a énoncé Mathieu Valade vendredi, lors d'une entrevue accordée au Quotidien.
Si exotiques soient-ils, les fruits font également écho aux vanités popularisées par les maîtres flamands. Par contre, le titre de l'oeuvre, autant que l'utilisation d'un matériau noble grâce aux bons offices de l'Atelier du bronze d'Inverness, redonne un peu de tonus au désir d'éternité qui anime tant d'humains. Même l'artiste n'y est pas insensible, ainsi que le démontre sa réaction vis-à-vis ce projet qui se concrétise enfin, quatre ans après qu'on ait donné le feu vert à sa proposition.
Les trois sculptures formant l'oeuvre d'art Éphémères durables possèdent un caractère humoristique.
Il a d'abord été touché en voyant ses moulages coulés dans le bronze, une expérience inédite pour ce professeur d'art à l'Université du Québec à Chicoutimi. « J'ai trouvé ça magique de les voir enfin sortir. Ça produit un effet incroyable », fait remarquer l'artiste, qui a été soufflé par le travail accompli par les artisans d'Inverness.
Il y a également le lieu où se dresse sa nature morte, au bout de trois poteaux en acier plantés près de la rue Saint-Stanislas. Le Vieux Québec possède tant de monuments, témoins de sa longue histoire, que l'oeuvre devait jouer sur ce tableau en prenant la patine du bronze. À sa manière, Mathieu Valade a donc laissé une trace tangible, lui aussi, possiblement permanente, dans ce quartier qui constitue le berceau des francophones d'Amérique.