Mylène Leboeuf-Gagné et Dany Lefrançois ont l’air bien petits à côté des membres de la marionnette créée pour la pièce Ogre. Celle-ci sera présentée par le Théâtre La Rubrique et le théâtre La Tortue Noire, en avril, à la salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière.

Une marionnette géante pour une pièce de Larry Tremblay

Dans l’atelier de Mylène Leboeuf-Gagné, un homme prend toute la place. Bien qu’ils soient séparés, du moins temporairement, son corps, sa tête et ses membres occupent tellement d’espace que la conceptrice de marionnettes et celui qui assure la mise en scène d’Ogre, Dany Lefrançois, se déplacent avec une infinie prudence au moment de la prise de photos.

Constitué de tiges en matière plastique sur lesquelles ont été posées des bandes de tissu emprisonnant de la mousse de rembourrage, le personnage, même inerte, fait sentir sa présence.

Imaginez lorsqu’il apparaîtra dans la salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, au cours des représentations de la pièce écrite par le Chicoutimien Larry Tremblay – le 25 avril, à 19 h 30, puis le 26 et le 27, à 20 h.

Une fois montée, une opération qui sera réalisée en fin de semaine, sa lourde silhouette se dressera à une hauteur de huit pieds.

« Lundi, nous répéterons pour la première fois avec lui, et j’ai très hâte. Je suis excité », a confié Dany Lefrançois, mercredi, lors d’une entrevue accordée au Progrès.

De son côté, Mylène Leboeuf-Gagné voyait poindre avec un brin d’inquiétude le moment où elle appliquerait de la peinture sur l’oeuvre, ultime étape avant de la confier aux interprètes recrutés par le théâtre La Tortue Noire et le Théâtre La Rubrique, coproducteurs du spectacle.

« Je fais des tests pour voir de quelle manière la peinture réagit au matériau, comment ça sortira, mais c’est quand même stressant », reconnaît-elle.

En revanche, les éléments mécaniques destinés à produire l’illusion de la vérité font déjà leurs preuves.

Une main glissée dans l’immense tête suffit pour dessiner un sourire et quand la Chicoutimienne fait plier le genou du géant, le résultat est aussi convaincant que si on procédait à la même opération avec le genou potelé d’un bébé. C’est juste pas mal plus gros.

Toujours actuel

La marionnette, c’est évidemment l’ogre dont le titre fait mention. Elle sera manipulée par trois comédiens, tandis qu’un quatrième, Éric Chalifour, portera sa voix. Il sera le seul à parler, puisque le texte de Larry Tremblay constitue un monologue. Dany Lefrançois l’a découvert en 1996, à la faveur d’une lecture publique.

Mylène Leboeuf-Gagné examine l’immense tête de l’ogre auquel elle a prêté vie dans son atelier de Chicoutimi.

Cette expérience l’a marqué, au point de souhaiter porter cette oeuvre à la scène.

« Malgré le côté détestable du personnage, il y a une bonne part d’humour. Il s’adresse à sa fille, sa femme, son fils, mais eux ne répondent pas. Donc, on ne sait pas s’ils sont là, si c’est vrai ce qu’il raconte. Peut-être que tout ceci se passe dans sa tête », note le metteur en scène.

Ce qui le frappe encore plus, c’est l’actualité du propos. C’est comme si l’auteur avait anticipé l’émergence de la téléréalité et l’omniprésence des médias sociaux.

Il faut dire que l’ogre est un narcissique fini, doublé d’un mégalomane. C’est pourquoi l’idée de lui donner un corps surdimensionné s’est vite imposée lors des laboratoires de création tenus au cours des deux dernières années.

Il fallait incarner la chose, si bien que les marionnettistes chargés de la faire vivre auront l’air de fourmis, comme le laissent entrevoir des photos réalisées avec un prototype.

« Ça crée de la confusion. On se demande qui manipule qui », souligne Dany Lefrançois.

Voix dans le noir

La pièce commencera sans lui, pourtant. Seule la voix de l’ogre résonnera pendant que la salle sera plongée dans le noir.

Puis, on le verra apparaître, monumental, à défaut d’être majestueux.

Pendant une heure, il sera assis, couché, à genoux, autant de positions qui ont nécessité une réflexion de la part de Mylène Leboeuf-Gagné.

« Le fait que la marionnette soit autoportante a posé un grand défi au niveau de la structure », mentionne-t-elle.

Quant aux marionnettistes, ils ne seront pas aux travaux légers pendant les trois représentations données en avant-première ni au cours de la première mondiale qui aura lieu l’été prochain, à l’occasion du Festival international des arts de la marionnette à Saguenay.

« Chaque répétition débute par une période de réchauffement parce qu’ils doivent poser des gestes qui demandent énormément d’énergie », fait observer Dany Lefrançois.