Impossible de ne pas aimer Luc Langevin, surtout si on participe à l’un de ses numéros, un privilège dont a bénéficié le petit Laurent. L’illusionniste était en spectacle vendredi soir, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

Une leçon de vie et de magie de Luc Langevin

Si Luc Langevin se contentait d’aligner les numéros sur la scène, le public sortirait de la salle les yeux grands comme des 30 sous, mais pas aussi charmé qu’il l’a été vendredi soir, lors de son apparition au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. C’était la première régionale de son nouveau spectacle, Maintenant demain, et cette production a montré jusqu’où cet artiste exceptionnel parvient à repousser les limites de la magie.

Devant une salle où les sièges libres étaient rares, Luc Langevin a d’abord posé les balises à l’intérieur desquelles il situe son travail. Dans son esprit, chaque numéro comporte une dimension scientifique, rationnelle, à laquelle il a associé une partie de l’assistance à la suite d’un jeu amusant. « Vous aimez vous asseoir pour réfléchir », a mentionné l’invité de Diffusion Saguenay, avant de ranger les autres dans le camp des imaginatifs.

Bien servi par son sens de l’humour, qui a quelque chose d’anglais, peut-être à cause du flegme qui l’enveloppe, il a donné une première démonstration de son talent avec la complicité de trois spectatrices. Le prétexte était qu’il fallait sélectionner ses vêtements de scène parmi des pièces auxquelles un prix était accolé. En même temps, l’illusionniste tentait de démontrer qu’il y avait une prénommée Lesli dans la salle, une affirmation téméraire au Royaume des Bleuets.

Pas découragé de côtoyer une Josée, une Caroline et une Lise, Luc Langevin a profité de l’occasion pour évoquer le principe de causalité, en vertu duquel il est impossible de prédire l’avenir parce que, dès lors, on le transforme. Il a aussi eu le dernier mot en additionnant le prix de ses vêtements, puisque le total correspondait aux lettres qui forment Lesli, lues à l’envers.

On a aussi découvert qu’enfant, cet homme si avenant était paralysé par la timidité et que c’est la magie, découverte au hasard d’un spectacle, qui l’a aidé à sortir de sa coquille. Ce n’est pas un problème avec lequel doivent composer les enfants qui ont participé à ses tours, en particulier l’effervescent Simon. Très en verve, il a lu dans les pensées de sa mère, Nadia, par l’entremise d’une carte à jouer, avant de sélectionner lui-même une autre carte à la demande de son idole.

Pendant qu’il la tenait bien cachée sur son front, face au public, celui-ci était invité à se prononcer. Noire. Pique. Dix. L’enfant ne pouvait voir ces informations diffusées sur un tableau lumineux, ce qui était très drôle. C’est lui qui a ri le dernier, en revanche, en contredisant cette affirmation. « C’est le neuf de pique. J’ai touché le neuf, puis je l’ai mis dans le paquet », a-t-il annoncé d’une voix assurée. « Le truc a foiré », a répondu son vis-à-vis.

Et cette fois, c’était bien vrai.

Le passé, le présent et l’avenir se sont aussi télescopés lors d’un numéro réalisé en solo, un habile jeu de miroirs où Luc Langevin est apparu aux trois âges de la vie. La magie a alors tutoyé la philosophie, avant de défier les lois de la physique, à la faveur du clou du spectacle : la séance de téléportation. Comment Jacinthe, d’Alma, est-elle passée du coffre de gauche à celui de droite en un tournemain, alors que des caméras permettaient de voir ce qui se passait à l’intérieur ?

Parions qu’aujourd’hui encore, il y a plein de spectateurs qui se posent la question. Or, comme le capitaine Haddock dans Les sept boules de cristal, tous demeureront à court d’une explication et pour cause, puisque c’est la première fois qu’un numéro de ce genre est réalisé avec la participation du public. Et pourtant, ce n’est pas là-dessus qu’a pris fin Maintenant demain.

Pendant sa toute dernière intervention, en effet, Luc Langevin a évoqué sa timidité passée, ce qu’il appelle ses imperfections, afin de livrer une leçon de vie aux accents poétiques. « Mes imperfections m’ont permis de trouver le meilleur en moi, la brèche qui laisse passer la lumière, ainsi que l’a chanté Leonard Cohen », a-t-il énoncé, vêtu d’un imperméable déchiré.

Et pour une fois, il n’y avait aucune illusion derrière ce témoignage. Juste un homme fier d’avoir su transcender sa condition.