Voici une partie de la distribution de Moule Robert ou l’Éducation comique, une pièce qui écorche un magnat de l’humour en le présentant comme un prédateur sexuel.

Une leçon de courage de La Rubrique

CHRONIQUE / Quand j’ai assisté à la première de la pièce Moule Robert ou l’Éducation comique, le 4 octobre dernier, je me suis dit que c’était une bonne chose qu’on la présente à Jonquière, plutôt qu’à Montréal. Pas en raison d’une faille dans la mise en scène de Christian Fortin ou dans le travail des interprètes, mais parce que l’un des personnages est un prédateur sexuel, en même temps que le fondateur d’un festival de l’humour.

Ce rôle est interprété par Patrice Leblanc, qui dépeint avec justesse le cynisme et l’absence de scrupules qui ont pourri l’âme de cet homme. On le voit faire le paon, proclamer que « Les arts, c’est plate. L’humour, c’est drôle », ce qui est juste épais, pas odieux. Dans la même foulée, toutefois, on apprend qu’à la suite d’un procès pour agression sexuelle, il a reçu une amende de 1100 $, l’équivalent d’une tape sur les doigts.

Or, loin de se repentir, ce type baptisé Robert Goule tourne autour d’une fille de 13 ans, se fait enjôleur, l’embrasse sur le front en attendant de pousser plus loin son avantage. Avant de rompre avec lui, elle aura été sa maîtresse — plutôt sa victime — pendant une dizaine d’années, révèle l’auteur Martin Bellemare. Le portrait est si ressemblant qu’on ne pouvait qu’admirer son courage et celui du Théâtre La Rubrique, tout en espérant que la pièce n’ait pas d’écho dans la Métropole.

Voici toutefois que Gilbert Rozon baisse pavillon, alors que les représentations de Moule Robert ne sont pas terminées (la dernière aura lieu aujourd’hui à 20 h, à la Salle Pierrette-Gaudreault). La vraie vie a donc rejoint la réalité que masquait à peine le voile de la fiction et, même si la pièce n’a joué aucun rôle dans cette descente aux enfers, elle aura eu le mérite d’exister sur scène au moment où il était encore dangereux de proclamer certaines vérités.