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Benoit Pinette a produit son premier recueil de poésie, <em>La mémoire est une corde de bois d’allumage</em>, ce qui lui a donné l’occasion de travailler avec l’équipe de La Peuplade, une maison qu’il tient en haute estime.
Benoit Pinette a produit son premier recueil de poésie, <em>La mémoire est une corde de bois d’allumage</em>, ce qui lui a donné l’occasion de travailler avec l’équipe de La Peuplade, une maison qu’il tient en haute estime.

Une histoire de rédemption relatée par Benoit Pinette

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
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Dans son premier recueil de poésie, La mémoire est une corde de bois d’allumage, Benoit Pinette avait le goût de raconter une histoire. Pour une fois qu’il sortait du personnage de Tire le coyote, il n’y aurait ni refrain ni couplet. Pas de musique non plus, sauf celle que les lecteurs voudront bien entendre entre les lignes. Ses fidèles reconnaîtront cependant son goût pour les images fortes, de même que sa propension à explorer les replis de l’âme, dans ce texte à la fois dur et beau, courageux parce que très personnel.

Édité par La Peuplade, qui en assurera la diffusion dès le 4 février, ce livre creuse en effet un sillon douloureux. Nourri par des souvenirs lointains, il trouve sa source dans une relation au père qui fut tout, sauf sereine. Trop d’alcool. Trop de colère. Trop de gestes inconsidérés. Pas étonnant qu’en entrevue, l’auteur évoque le bagage de blessures que plusieurs générations se transmettent à la manière d’un cadeau empoisonné. Parce que le problème ne se résume pas toujours à l’attitude d’un individu. En amont et en aval, ça se peut qu’il y ait aussi du statique.

« L’idée de départ, c’est le rapport à l’enfance. Quand je suis devenu père, j’ai revécu la mienne. J’ai pensé à ce que j’ai eu, à ce que je n’ai pas eu. J’ai eu la volonté de ne pas reproduire les comportements de mon père en croyant qu’avec une belle communication, ça irait. Or, l’un de mes enfants est plus impulsif, plus opposant, et en tant que parent, ça m’a brusqué. J’ai donc tenté d’évaluer ce qui pouvait découler de mon hérédité, de mon éducation, en retournant dans le passé », a énoncé Benoit Pinette à l’occasion d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Le livre témoigne de cette démarche, à commencer par la première des trois parties, intitulée Je sais déjà ne rien comprendre.

Ses hurlements rebondissent sur les parois de ma mémoire.

Ne me demande pas qui je suis, je n’en sortirais pas vivant.

Je confectionne des armures que je porte en permanence.

Les phrases suintent le désenchantement, le mode survie, l’inventaire de faillite. Les mots sont d’autant plus râpeux qu’ils émergent d’un paysage clairsemé, patiemment raboté au fil d’innombrables révisions.

« Le gros du travail a consisté à faire le ménage dans les textes d’origine, raconte Benoit Pinette. Les grandes questions existentielles, la vie, la mort, l’amour, ça m’a toujours intéressé. C’est en produisant des phrases proches du haïku que j’ai pu en parler. » Il tenait également à ce que le recueil possède une trame narrative. À la noirceur du début correspond ainsi la lumière émergeant de la dernière section. Elle est dédiée à ses enfants, mais également à son père, en filigrane. Parce que cet homme a réussi l’improbable en surmontant ses démons.

« C’est le plus bel exemple de résilience, de courage, que je connaisse. Il est devenu mon confident, en même temps qu’un grand-père exemplaire, après avoir fait un grand travail sur lui-même. Ça prouve qu’on peut changer pour le mieux », souligne l’écrivain. Lui-même a tiré des conclusions qui valent également pour autrui, à force de plancher sur son livre. Cette expérience lui a montré qu’il ne servait à rien de nier l’existence des choses. Au lieu de pratiquer l’évitement, on doit accepter ce qui a été. C’est le prix à payer pour faire des choix en connaissance de cause.

Dans la même foulée, Benoit Pinette chérira longtemps sa collaboration avec La Peuplade, une maison qu’il fréquentait assidûment en tant que lecteur, avant de voir son nom sur l’une de ses publications. La poésie était déjà présente dans ses spectacles, grâce à d’autres voix que la sienne. C’est ainsi que la directrice littéraire Mylène Bouchard l’a rejoint sur la scène du Côté-Cour de Jonquière, de même que sa consoeur Marie-Andrée Gill. Cette sortie a donné lieu à des échanges qui, tout naturellement, ont pris un tour plus sérieux.

« Les textes de mes chansons sont imagés, mais la poésie, c’est un autre genre de travail. Dans la chanson, il y a la rime, le récit, un premier couplet, une structure, alors qu’un poème, c’est un espace de liberté à la fois intéressant et vertigineux. Il s’agit également d’une mise à nu », décrit Benoit Pinette. Il confirme que le désir d’une récidive se manifestera un jour, mais sent que le moment est venu de remettre Tire le coyote à l’avant-plan. Un album est en gestation, le tout à feu doux. Il succédera à Désherbage, déjà vieux de quatre ans.

Benoit Pinette a produit son premier recueil de poésie, <em>La mémoire est une corde de bois d’allumage</em>, ce qui lui a donné l’occasion de travailler avec l’équipe de La Peuplade, une maison qu’il tient en haute estime.