Colin St-Cyr-Duhamel, Esther Beauchemin et Joël Da Silva seront de retour à la Salle Pierrette-Gaudreault samedi après-midi, afin de présenter la pièce Et voilà encore un beau dimanche de passé!. Cette création est destinée aux enfants âgés de huit à 12 ans, mais son charme opère également auprès des adultes.

Une heure charmante avec deux clowns célestes

Sur la programmation du Théâtre La Rubrique, on mentionne que la pièce Et voilà encore un beau dimanche de passé! est destinée aux enfants âgés de huit à 12 ans. Si vous êtes plus vieux, cependant, n’hésitez pas à vous rendre à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, aujourd’hui à 13h 30. Cette production du Théâtre Magasin et du Théâtre de la Vieille possède des attributs susceptibles de rejoindre toutes les générations.

Elle met en scène deux comédiens qui viennent de compléter la 153e représentation d’un spectacle pour enfants. Esther porte toujours son costume de clown, tandis que son partenaire, Joël, est déguisé en ours polaire. Les applaudissements viennent à peine de s’évaporer qu’ils discutent de plus en plus intensément au sujet d’un mot qu’elle n’a pas prononcé avec autant de conviction que l’aurait souhaité son camarade.

Ils devraient amorcer le nettoyage de la scène en compagnie de Colin, le régisseur, mais préfèrent ergoter sur toutes sortes de choses, y compris l’attention qu’Esther prodigue à l’autre personnage du spectacle, une jolie marionnette. À travers leurs échanges souvent drôles, le public voit se profiler une vision du théâtre qui est celle de deux passionnés pour qui ce mode d’expression est aussi vital que l’air qu’ils respirent.

Même dans les coulisses, un rien suffit pour réveiller leur côté «performers». Ils se mettent à jouer des percussions et du banjo pour le plaisir, à improviser un numéro de claquettes fort entraînant. Puis, les voici qui prêtent leur voix aux jeunes spectateurs, posant des questions à leur vis-à-vis. «C’est quoi votre vrai métier?», demande Esther en faisant mine d’exprimer le point de vue d’un enfant. C’est celui de comédien, répond Joël, en ajoutant qu’il ne sert à rien.

Le texte de Philippe Dorin est plein d’humour, voire d’autodérision, puisque les comédiens remettent en cause certaines répliques. «Quel manque d’imagination, lance ainsi Joël en faisant mine de ramasser de la fausse neige avec une pelle. C’est comme si on faisait un spectacle après le spectacle. (...) Si j’étais le public, je crierais au scandale.»

On pourrait craindre que les enfants suivent en pointillé, mais ce n’est pas le cas. Les facéties du duo, notamment de Joël, un personnage aussi truculent qu’attachant, déclenchent souvent les rires. Il est tellement capricieux, tellement intense, que même lorsqu’on le voit simuler sa mort en criant «Adieu moi», on sourit.

Une touche dramatique apparaît vers la fin de la pièce, quand Joël et Esther ont revêtu leurs habits de ville et téléphonent à leurs proches. Ces conversations peu concluantes distillent un brin de mélancolie. «Toi, tu t’occupes de ta mère. Moi, je m’occupe de ma fille, mais qui s’occupe de nous?», demande la comédienne.

C’est l’un des épisodes où la profonde affection qui lie le duo prend le pas sur les conflits. Elle constitue l’équivalent d’un refuge face au nuage de doutes qui enveloppe leur avenir. «Nous sommes de l’étoffe dont on fait les rêves», énonce justement Joël, quelques minutes avant de quitter la scène avec Esther et la marionnette. Ils marchent doucement vers une lumière bleue, de dos comme le faisait Chaplin en son temps. Des clowns célestes à la rencontre de leur destin.