Les Martyrs de Marde s’apprêtent à sortir un EP intitulé Grossière incandescence. Il donnera lieu à une tournée qui s’arrêtera à Alma et Chicoutimi, les 14 et 15 février.

Une grosse année pour les Martyrs de Marde

L’année 2020 commence sur les chapeaux de roues pour le groupe punk Les Martyrs de Marde. Il sortira un troisième enregistrement le 31 janvier, un EP ayant pour titre Grossière incandescence. Déjà, on peut entendre un premier extrait, Povtipite, en attendant le début de sa tournée la plus ambitieuse. Après des escales à Montréal et Québec, les 30 et 31 janvier, elle se déplacera au Café du Clocher d’Alma, puis au Bar à Pitons de Chicoutimi, les 14 et 15 février.

Le public verra apparaître un homme vêtu d’une soutane. Il entonnera un chant grégorien, Kyrie eleison, pendant que ses camarades, campant eux aussi des personnages, distribueront des choses à manger afin d’évoquer le sacrement de la communion. « Je serai un gourou, le leader d’une secte, mais j’adopterai une autre identité au cours du spectacle. Ça va devenir sexuel, fétichiste. Puis ce sera explosif », a annoncé le chanteur Mathieu Bédard au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Ceux qui ont déjà vu Les Martyrs de Marde ne seront pas étonnés. Depuis sa création en 2016, la formation de Québec s’applique à redéfinir le sens du mot théâtral. Se pointer en jeans et en t-shirt sur une scène, ça ne fait pas partie de sa définition de tâches. Prenez le guitariste connu sous le nom de Souffrance. Il va passer une bonne partie de la soirée parmi les spectateurs, offrant à ceux-ci de jouer de son instrument. Il a aussi trouvé un son bien à lui, à force de le triturer.

Assister à un spectacle des Martyrs de Marde, c’est accepter de ne pas rester dans sa bulle, une caractéristique qui fait la fierté du groupe. Chacun de ses membres incarne un personnage et le public est directement interpellé, tout au long de la soirée.

« Ses accordages produisent des tonalités plus lourdes, plus graves. Il crée ainsi des effets de dissonance, un mur de son, ce qui témoigne de l’assurance développée par les membres du groupe à force de jouer ensemble », rapporte Mathieu Bédard. Autre signe des temps, les nouvelles compositions tirent davantage vers la pop, l’idée étant de communiquer une énergie à laquelle le public pourra difficilement résister. Il ne faudrait pas s’imaginer que le quatuor ramollit, cependant. Il est juste plus ratoureux.

« L’été dernier, nous avons effectué une résidence de création avec Alexandre Martel, celui qui anime le projet Anatole. L’objectif consistait à former un arc dramatique, ce que nous ferons en jouant sur les montées d’intensité, avec des effets d’écho jumelés à de la réverbération. Plus tard, un climat de violence va s’installer, ce qui reflétera les textes abordant le mal-être, ainsi que la folie. On reviendra ensuite à quelque chose de plus comique, un peu cabaret, avant de ramener de la force », note le chanteur.

Pas de compromis

Les modèles des Martyrs de Marde comprennent Black Flag, Hüsker Dü, de regrettée mémoire, de même que le premier groupe de Nick Cave, Birthday Party. « Côté énergie, on a grandi avec le hardcore et le post hardcore des années 1980, raconte Mathieu Bédard. On ne fait pas de compromis sur le son, mais les mises en scène n’ont pas pour objet de choquer pour choquer. C’est surtout pour libérer l’énergie. »

Les textes, eux, ont pour finalité de susciter des questionnements de tous ordres. « Ils sont mordants, caustiques, macabres, morbides et porteurs d’un humour noir, ce qui a pour conséquence de déstabiliser les gens, indique le chanteur, qui assume également la fonction de parolier. On veut qu’ils s’interrogent sur ce qu’on propose, qu’ils se demandent si c’est beau ou laid, si ça leur fait peur. »

À quelques jours du lancement, lui et ses camarades ont le sentiment d’avoir fait leurs devoirs. Plus prêts que jamais, épaulés par des collaborateurs aguerris, ils anticipent de belles choses pour le groupe. « C’est l’année où on espère que notre projet va franchir une autre étape, aller au-delà du bouche-à-oreille. On veut que ça sorte de Québec », affirme l’alter ego du Frère Foutre.

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QUAND MATHIEU BÉDARD DEVIENT LE FRÈRE FOUTRE

Comment se conditionne-t-on à incarner un personnage aussi truculent, aussi délicieusement tordu, que le Frère Foutre? La question est d’autant plus intrigante que le chanteur des Martyrs de Marde, Mathieu Bédard, affiche une personnalité avenante, tout en livrant des réflexions pertinentes, fort articulées, lorsqu’il ne se trouve pas sur une scène.

Sa réponse est livrée en deux temps. Il raconte qu’à ses débuts au sein de la formation punk basée à Québec, son approche était différente. Un peu comme les disciples de l’Actors Studio, le Québécois se donnait beaucoup de mal pour entrer dans la peau de son alter ego. «Je ne me lavais pas pendant une semaine pour avoir l’air d’un gars tout croche, un gars inquiétant. Ça marchait, mais après, c’était dur de récupérer», fait-il observer.

Aujourd’hui, Mathieu Bédard ne ressent plus le besoin de vivre l’enfer avant de se transformer en gourou plus ou moins pervers.

Une mise en scène liée au personnage

L’expérience acquise dans les dernières années lui permet de négocier la transition plus rapidement, tout comme la mise en scène du nouveau spectacle, sur laquelle les membres des Martyrs de Marde ont planché pendant une partie de l’été.

«Au cours des répétitions, nous avons travaillé sur des gestuelles, des chorégraphies, qui ont été intégrées au spectacle. C’est l’un des facteurs qui m’aident à revêtir mon personnage aussi vite qu’un vêtement», relate le chanteur, dont l’autre défi, tout aussi exigeant, consiste à composer avec les réactions du public. Elles sont souvent imprévisibles, limite dangereuses.

«On craint tout le temps de perdre le contrôle et quand ça arrive, on cherche de quelle manière on peut intégrer ça dans notre mise en scène, puisqu’il n’y a pas de cloison entre nous et le public. Peu importe ce qui arrive, toutefois, la musique n’est jamais reléguée au second plan. Elle enveloppe la salle. Elle demeure au coeur du spectacle», assure Mathieu Bédard.