Une grande première signée Cindy Dumais

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Une oeuvre de Cindy Dumais vient d’être acquise par le Musée d’art contemporain de Montréal. Intitulée Dialogue III : Regarde le miroir, elle a été réalisée en vue d’une exposition présentée chez Arprim, un centre d’essai en art imprimé établi dans la métropole. Des textes de Michaël La Chance et Hubert Aquin, ainsi que de Joseph Beuys et Volker Harlan, y engagent un dialogue avec ceux de l’artiste originaire du Saguenay.

« Je suis vraiment contente que le musée achète de quoi chez nous et à ma connaissance, je suis la première femme de la région à qui ça arrive. C’est le genre de chose qu’on espère, mais qu’on n’attend pas, et comme elle fera partie de la collection permanente, ma pièce sera sauvegardée dans le temps, au-delà de la mort », a commenté Cindy Dumais à l’occasion d’une entrevue accordée au Progrès.

Ce qui ajoute du piquant à l’affaire, c’est que l’institution montréalaise achète rarement des oeuvres directement à l’atelier. Elle a fait une exception en raison de l’intérêt généré pour le travail de la Saguenéenne lors d’une activité tenue en juin 2019. Organisée par le groupe AMV, cofondé par Cindy Dumais, la deuxième édition des Périphéries a permis à Marie-Ève Beaupré, conservatrice des collections du musée, de visiter l’atelier de l’artiste.

Or, en septembre de la même année, Cindy Dumais présentait sa première exposition en solo à Montréal. L’impression favorable suscitée par sa rencontre avec Marie-Ève Beaupré, trois mois plus tôt, a alors été confirmée. « Elle a accroché sur une oeuvre en particulier et en avril dernier, j’ai été invitée à monter un dossier à propos de mon exposition chez Arprim. Il a été transmis au comité des acquisitions, dont la décision a été entérinée par le conseil d’administration », raconte l’artiste.

Au fil du processus, cependant, le Musée d’art contemporain a opté pour une autre oeuvre que celle identifiée par la conservatrice. Celle-ci consiste en quatre colonnes où figurent les textes des auteurs mentionnés plus haut, tandis qu’à droite, on peut lire celui de Cindy Dumais, gravé sur un miroir. « Ce projet vient du fait qu’en tant qu’artistes, nous sommes formés par les références des autres. Nous sommes des vases communicants », énonce la Saguenéenne.

Le hasard a voulu que Dialogue III : Regarde le miroir n’a jamais été présentée au Saguenay–Lac-Saint-Jean. On a pu la voir en Outaouais et deux fois à Montréal, où les amateurs d’art auront une troisième chance de la découvrir. Elle fera en effet partie de l’exposition du Musée d’art contemporain consacrée aux acquisitions du printemps. Si le contexte le permet, elle aura lieu en novembre. Sinon, on décalera cet événement dont le titre, Des horizons d’attente, colle bien à l’esprit du temps.

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UNE NOUVELLE INSTALLATION AU CENTRE BANG

À défaut de voir Dialogue III : Regarde le miroir, l’oeuvre de Cindy Dumais que vient d’acquérir le Musée d’art contemporain de Montréal, on peut découvrir sa nouvelle installation intitulée Entretiens: chapitre 1. C’est sa contribution à l’exposition collective Espace Texte Matière présentée jusqu’au 13 novembre, au Centre Bang de Chicoutimi.

Il est facile de repérer la salle qu’on lui a confiée, puisqu’à l’entrée, on marche sur une grande feuille rose sur laquelle des phrases ont été tapées à la machine. Émanant de Stéfanie Tremblay et de Paul Kawczak, elles font écho à la démarche de Cindy Dumais, qui aime transformer des textes bruts en oeuvres d’art.

Ce manteau surdimensionné comporte quelques broderies créées par Cindy Dumais. Elle s’intéresse de plus en plus à cette technique.

« Je leur ai aussi demandé d’utiliser leur corps afin de jouer des personnages tirés de l’une de mes nouvelles. Ils ont bougé des objets et se sont fait prendre en photo, en plus de figurer sur des vidéos captées par une caméra de surveillance. Ce matériel a été utilisé dans le cadre d’une exposition présentée à Gatineau, en 2019. Ici, on voit la forme finale », raconte l’invitée du Centre Bang.

Les éléments composant l’installation font écho à un livre que vient de publier l’artiste. Des copies sont d’ailleurs disponibles à la librairie Point de suspension, située à l’entrée du Centre Bang. Il regroupe des textes intitulés Vivianne Marion et Carl Alban, Le pic de la Veuve et 5 dialogues. Stéfanie Tremblay et Paul Kawczak incarnent les personnages de Vivianne et Carl.

« Les pièces regroupées à l’intérieur de la salle dialoguent avec le texte. Dans le premier chapitre, par exemple, Carl a un accident et on lit qu’il a la mort brodée sur son manteau », rapporte Cindy Dumais en montrant l’une de ses créations les plus originales.

Elle consiste en un manteau impossiblement long sur lequel, bien sûr, ont été brodés les mots « la mort ».

Le visage de Stéfanie Tremblay apparaît sur cette feuille de styromousse. Il a été réalisé au pochoir, en exposant la surface aux rayons du soleil.

Ce geste rappelle l’humour absurde de Tex Avery dans le court métrage Symphony in Slang. Pas le temps de s’y attarder, cependant, parce que d’autres créations sollicitent le regard, dont un portrait de la jeune femme se détachant d’une feuille de styromousse. Il a été réalisé au pochoir, à la suite d’une exposition au soleil, tandis que la silhouette de Carl qui se déploie derrière est le fruit d’une exposition aux rayons UV.

Des photographies du couple ont été intégrées à l’ensemble, ainsi que des dessins au graphite. Il y a également une aquarelle posée sur le plancher. Elle est enroulée, mais on reconnaît les personnages, notamment les picots du vêtement que porte Vivianne. Sur le mur, une broderie épouse un motif similaire.

Dès qu’on entre dans la salle où est présentée l’installation, des phrases tapées à la machine ouvrent un dialogue entre l’art et l’écriture.
Voici le livre de Cindy Dumais auquel fait écho son installation présentée jusqu’au 13 novembre, au Centre Bang de Chicoutimi.

Notons enfin une référence au quatrième chapitre de Vivianne Marion et Carl Alban. « Elle prend soin de lui après son accident et veut réaliser son portrait, mais elle n’arrive pas à le voir », mentionne Cindy Dumais.

Pour illustrer ce passage, l’artiste a produit une autre aquarelle. Elle montre l’homme, sauf que son visage est masqué par celui de Vivianne, qui fait penser à un masque.

« C’est comme si j’avais une vie dont je ne me souviens pas », a commenté Paul Kawczak lorsqu’il a vu l’installation.

L’écrivain est ensuite parti en Europe pour faire la promotion de son premier roman, Ténèbre. Plus tôt cette semaine, la maison d’édition La Peuplade a annoncé que cet ouvrage était l’un des dix finalistes du Prix des 5 continents de la Francophonie, édition 2020.

Cindy Dumais examine l’aquarelle représentant le personnage de Carl. Sur son visage, elle a plaqué celui de Vivianne, qui fait penser à un masque.

Pour revenir à Cindy Dumais, sa prochaine exposition sera un solo présenté en 2021, à la galerie Langage Plus d’Alma. Juste pour attiser la curiosité, signalons qu’elle s’appuiera sur deux pages manuscrites tirées du classique de Larry Tremblay The Dragonfly of Chicoutimi.

« En collaboration avec la comédienne Maude Cournoyer, je vais aborder la question de l’identité », annonce l’artiste.