Daniel Côté

Une gageure nommée Éric Lapointe

CHRONIQUE / «Il va falloir gérer les médias sociaux », m’a confié Robert Hakim à la fin de janvier, au cours d’une entrevue consacrée à la programmation du Festival des Bières du Monde. Le promoteur faisait allusion au spectacle qu’Éric Lapointe présentera le 16 juillet, sur la zone portuaire de Chicoutimi. Compte tenu des accusations auxquelles le chanteur est confronté - on lui reproche d’avoir posé des gestes violents envers une femme -, ce ne sera pas un luxe.

Avant même que cette affaire n’aboutisse sur la place publique, cet artiste polarisait l’opinion publique. Chaque fois qu’il se pointait au Saguenay, toujours à l’invitation de Robert Hakim, le même manège se reproduisait, raconte celui-ci. Les personnes qui le honnissent comme si c’était lui qui avait inventé la variole déversent leur fiel, poussant la haine jusqu’à ridiculiser son apparence physique. Puis, l’autre camp répond, tout aussi motivé.

C’est devenu une routine, une autre manifestation du Far West numérique. Il ne serait pas nécessaire de l’évoquer si ce n’était de la possibilité qu’une décision du tribunal, défavorable à Éric Lapointe, tombe avant le 16 juillet. Ce n’est pas de la science-fiction et le cas échéant, qu’arriverait-il ? Même si l’homme demeurait libre de ses mouvements, capable de se rendre à Chicoutimi pour honorer son engagement, il ne serait plus possible d’invoquer la présomption d’innocence.

Le contexte changerait aussi parce que le débat, inévitable, ne serait plus l’apanage des « haters ». La notion d’acceptabilité sociale baliserait maintes interventions, parallèlement au droit des fans de revoir leur idole. Et si la controverse éclatait à la belle saison, une période de l’année où les chaînes d’information continue ont peu de nouvelles à jeter en pâture aux téléspectateurs, parions qu’elle déborderait de la région. C’est ainsi que SLAV est devenu une cause célèbre, hors de toute mesure.

Tout ça pour dire que Robert Hakim a pris une gageure en confiant l’une de ses trois soirées à Éric Lapointe. Soit le chanteur remplit le site, soit le promoteur doit dénicher un remplaçant au pied levé. Dans un cas comme dans l’autre, on aura eu le loisir de mesurer le degré de tolérance des Québécois. On saura s’il a bougé depuis 1982, l’année où Claude Dubois a rempli le Forum de Montréal après avoir purgé une peine de 22 mois de prison pour possession et trafic d’héroïne.