C’était avant la crise, quand des voitures comme celles-ci pouvaient rouler librement, partout au Québec. «Je vois ça comme un clin d’oeil au naïf», explique le peintre Daniel T. Tremblay. Cette section fut la première à laquelle il s’est attaqué, au moment de réaliser son tableau consacré à la pandémie.
C’était avant la crise, quand des voitures comme celles-ci pouvaient rouler librement, partout au Québec. «Je vois ça comme un clin d’oeil au naïf», explique le peintre Daniel T. Tremblay. Cette section fut la première à laquelle il s’est attaqué, au moment de réaliser son tableau consacré à la pandémie.

Une fresque qui raconte la COVID-19

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Comme la plupart des gens, Daniel T. Tremblay appréhende la COVID-19. Il se sait d’autant plus concerné que sa condition physique n’est pas idéale. Asthme. Emphysème. Autant de facteurs de risque qui auraient pu l’amener à se rouler en boule dans un coin de son appartement du centre-ville de Chicoutimi. L’artiste en lui a toutefois pris l’ascendant, si bien qu’il a réalisé l’une des oeuvres les plus ambitieuses de sa longue carrière.

Son sujet, c’est justement la pandémie, l’ennemi public numéro un. Pendant trois ans, une porte de garde-robe couverte d’un fond de peinture bleue attendait que le peintre s’intéresse à elle. C’est arrivé à la fin d’avril. Après avoir écrit « COVID-19 » en lettres rouges, au bas de la porte, il a réalisé une fresque truffée de symboles parfois évidents, parfois subtilement évoqués.

Elle a pris forme à petites touches, chaque intervention étant précédée d’une réflexion sur la crise. Comment aborder tel ou tel aspect ? Pourquoi ? Derrière l’apparent foisonnement, il existe une cohérence, en effet, laquelle correspond à sa vision de la pandémie. Sous « COVID-19 », par exemple, on remarque trois voitures faisant penser à un dessin d’enfant. Elles illustrent le monde d’hier, déjà lointain.

Daniel T. Tremblay est fier de cette oeuvre complétée il y a quelques jours, dans sa résidence de Chicoutimi. Peinte sur une porte de garde-robe, elle évoque la crise provoquée par l’éclosion du COVID-19 au Québec.

« Ça montre qu’avant, il n’y avait pas d’entraves, qu’on pouvait aller n’importe où. Je vois ça comme un clin d’oeil au naïf, tandis que les signes de piastres placés de chaque côté du COVID-19, tout comme la lettre M répétée trois fois en haut de la porte, réfèrent à la valse des milliards $. Plus tard, on va en payer, des impôts ! C’était la seule façon de sauver la société », a décrit Daniel T. Tremblay, au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Sur ce fragment du tableau de Daniel T. Tremblay, on remarque un pilulier dans lequel reposent quelques comprimés, ainsi que des têtes de mort enserrant un CHSLD. Les cadenas fixés sur les têtes rouges placées de chaque côté témoignent des contraintes à la liberté individuelle imposées par les mesures de confinement.

Le monde de la santé est fréquemment interpellé, comme on s’en doute. C’est ainsi qu’un bâtiment sinistre, identifié à un CHSLD, semble reposer sur un pilulier dans lequel dorment quelques comprimés. « Les pilules aident les gens à vivre, mais autour du CHSLD, j’ai mis des têtes de mort. Ce n’est pas lié aux décès survenus à celui de la Colline (à Chicoutimi-Nord). C’est parce que tous les jours, les médias parlaient de ça », précise l’artiste.

Une note d’espoir

Le virus est présent, lui aussi, qu’il ne faut pas confondre avec deux cercles un peu plus grands. L’un d’eux est orné d’une croix, tandis que l’autre fait cohabiter une tête de mort et des outils, de même qu’un signe de piastre. Ils représentent le dévouement du personnel soignant et les travailleurs en arrêt forcé, tandis que les cercles formés de lignes très fines, l’un orange et l’autre vert, témoignent du rayonnement qu’ont eu ces deux phénomènes.

On pourrait croire qu’un tableau d’une telle richesse a fait l’objet d’un plan, à tout le moins d’un croquis, avant de prendre forme sur la porte. Ce ne fut pas le cas, répond Daniel T. Tremblay. « Je n’ai eu aucun problème avec ça. C’était juste de savoir quelle histoire je voulais raconter et peindre jusqu’au moment où je considérais que le tableau était complet. En tout, ça m’a pris une grosse semaine », fait-il observer.

La note d’espoir, puisqu’il y en a une, réside dans les cases rouges où se dressent des silhouettes humaines. De bas en haut, il y en a six, puis huit, puis quatre, puis une seule. « C’est pour montrer la diffusion de la maladie. Ça augmente, puis ça diminue, et les gens peuvent recommencer à travailler », raconte le peintre.

La dernière fois qu’il s’était attelé à un projet de cette nature remonte à 2009, l’année de la grippe A (H1N1). Cette fois-ci, par contre, il porte un regard différent sur le fruit de son labeur. « J’ai rarement été satisfait comme ça par un tableau. C’est vraiment impressionnant », laisse échapper Daniel T. Tremblay.