Conservatoire de Musique Hélène Collerette

Une femme et son violon

Hélène Collerette le reconnaît. Elle travaille beaucoup, peut-être trop. Du même souffle, cependant, la violoniste originaire du Saguenay témoigne de son affection pour cet instrument qui est entré dans sa vie il y a 44 ans. C’est son gagne-pain, mais aussi son compagnon le plus fidèle, en même temps qu’un mystère. Même après tout ce temps, en effet, il n’a pas livré tous ses secrets.

«J’ai passé plus de temps avec mon violon qu’avec n’importe quelle personne. Il est rare que je passe un jour sans lui et j’espère demeurer active encore longtemps, parce que c’est angoissant de penser que ça pourrait s’arrêter. Ce serait le vide», a-t-elle confié il y a quelques jours, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès. Celle qui est premier violon de l’Orchestre philharmonique de Radio France depuis 1996 n’a pourtant pas à s’inquiéter. La retraite, ça reste dans l’horizon lointain.

Hélène Collerette donnera un concert au Camp musical du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le 30 juin. Depuis 1992, cette interprète originaire de Chicoutimi mène une brillante carrière en France, où elle est premier violon au sein de l’Orchestre Philharmonique de Radio France.

Le plaisir de découvrir, lui, est plus immédiat. Apprivoiser une oeuvre pour la première fois, voir comment travaillent des collègues, notamment ceux qui se joignent à l’orchestre, le temps d’un concert ou d’un enregistrement, garde l’esprit en alerte. C’est ainsi que l’Américaine Hilary Hahn est venue faire son tour à la mi-juin, dans le but de graver un album. «C’est le fun de recevoir de grands solistes. On apprend toute sa vie», souligne Hélène Collerette.

Très tôt, elle s’est distinguée par sa capacité d’apprentissage. Après de brillantes études au Conservatoire de musique du Saguenay–Lac-Saint-Jean, la musicienne a complété sa formation en Suisse, ce qui lui a permis de travailler à Mulhouse et Lyon avant de migrer définitivement à Paris. Comment devient-on premier violon au sein d’une institution aussi respectée que l’Orchestre philharmonique de Radio France? Le travail et le talent ont joué un rôle, évidemment, mais également ses affinités avec Mozart.

Elle a beau faire carrière depuis le début des années 1990, Hélène Collerette demeure passionnée par le violon. L’un de ses plaisirs consiste à élargir son répertoire, que ce soit en musique de chambre ou dans le cadre de ses fonctions au sein de l’Orchestre Philharmonique de Radio France.

«Son concerto revient souvent dans les concours d’orchestre. Plusieurs personnes ne sont pas confortables avec cette oeuvre, mais pas moi, note la violoniste. Je suis à l’aise avec la musique allemande, notamment le répertoire de Beethoven, Schubert et Brahms, en plus de Mozart. Je ne sais pas pourquoi ça me rejoint à ce point, toutefois. C’est comme si je parlais la même langue que ces compositeurs, alors que c’est moins évident avec les Russes, sauf Tchaïkovski.»

Une chambriste passionnée

Ce qui est bien avec l’Orchestre philharmonique de Radio France, ce sont ses dimensions. Quand on dispose de 132 musiciens, l’ensemble du répertoire est accessible. On ne fait pas l’impasse sur une oeuvre parce qu’elle requiert des effectifs pléthoriques. Il y a aussi le fait que certains jours, l’équipe peut présenter deux concerts en même temps. De la musique symphonique, parallèlement à du baroque exécuté par un petit orchestre de chambre.

«J’aime également le fait que nous sommes l’un des orchestres les plus actifs en matière de création. Nous en interprétons dans tous les programmes, ou presque, en plus d’intégrer des oeuvres méconnues», raconte Hélène Collerette. Le seul nuage qui traîne dans le paysage touche les rumeurs de coupures. Puisque l’État finance aussi les activités de l’Orchestre national de France, certains laissent entendre qu’une formation devrait être sacrifiée. Une affaire à suivre.

En attendant, la violoniste s’investit dans différents projets, parallèlement à son occupation principale. Elle fait partie de l’Ensemble Phileas, ainsi que du Trio à cordes de Paris, qui enregistrera tous les trios à cordes de Beethoven en décembre. «La musique de chambre permet de s’exprimer différemment, avance Hélène Collerette. C’est moins impersonnel que la musique d’orchestre. Il y a ce rapport d’écoute à l’autre, les moments de fusions qui arrivent lorsque tout se passe bien. C’est très fort, très puissant.»

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Une autre expérience gratifiante fut l’enregistrement de l’album solo Norigine en 2015. Les oeuvres interprétées ont pour trait commun d’avoir été créées par des compositeurs originaires de pays nordiques, dont le Québécois Jacques Hétu. Elles ont aidé l’interprète à traverser une période difficile au plan personnel. «Le contenu est austère, mais j’avais besoin de ça, de me retrouver moi-même en exprimant l’amour que j’ai pour le nord», explique-t-elle.

À propos de son jeu, enfin, il continue d’évoluer, d’autant que depuis quatre ans, la violoniste possède un instrument de choix, un Guarneri del Gesù. Elle se compte chanceuse d’avoir pu l’acquérir à un prix avantageux, son ancien propriétaire, qui était malade, souhaitant le confier à une personne pratiquant le même métier de lui. «Je l’adore. J’ai toujours été attirée par le son du Guarneri et comme moi, il est petit», lance Hélène Collerette d’un ton joyeux.