Guylaine Rivard a cofondé le Théâtre CRI avec Serge Potvin en 1997. Elle souhaitait mettre sur pied un théâtre de recherche.

Une exposition pour les vingt ans du Théâtre Cri

Vingt-quatre productions, des centaines de collaborateurs et tout autant de costumes. En 20 ans, le Théâtre CRI a marqué le paysage culturel régional par ses créations. Pour célébrer son anniversaire, la compagnie propose une exposition rétrospective présentée du 8 au 25 novembre au Centre culturel du Mont-Jacob de Jonquière.

« C’est gros 20 ans. C’est tellement de matériel. Ça ramène pleins de souvenirs », affirme Guylaine Rivard, cofondatrice ainsi que directrice générale et artistique du Théâtre CRI. 

L’équipe a sorti des placards des éléments de décors, des costumes, des accessoires, des maquettes, des vidéos d’archives, des articles de journaux et des photos pour reconstituer l’univers de certaines de leurs plus marquantes créations. 

Onze sections qui prennent la forme d’installations scénographies ont été constituées pour cette exposition. Certains éléments seront ensuite exposés à la Bibliothèque de Jonquière.

« On réussit à recréer des univers. Ce sont des installations qui vont rappeler aux spectateurs les pièces qu’ils ont vues et permettre aux créateurs de replonger dans leurs souvenirs », affirme Guylaine Rivard. 

Le vernissage de l’exposition, prévu le 8 novembre à compter de 19 h, dans le Hall du Centre culturel du Mont-Jacob, prendra la forme d’une activité-bénéfice avec vin d’honneur, bouchées, et la musique de Michel Otis. Quelques numéros ponctueront également la soirée. 

« Le vernissage-bénéfice vise à amasser des fonds pour la réalisation de projets de création », explique Guylaine Rivard.

Des projets, la directrice de la compagnie en a plusieurs. 

Elle travaille notamment à la mise sur pied d’une production de théâtre d’objet qui tient à l’intérieur d’un Westfalia. « C’est une création solo appelée à se déplacer. C’est tout petit. Je travaille actuellement sur l’adaptation des contes, avec un côté humoristique. Ça devrait être prêt en mars », affirme celle qui considère la production comme un premier projet solo, même si elle compte sur l’appui de Serge Potvin avec qui elle a cofondé la compagnie.

Elle caresse également un projet élaboré autour d’une chanson d’un auteur-compositeur-interprète connu qui mettrait en scène un itinérant. 

Elle attend aussi une réponse de subvention afin de lancer un projet d’opéra théâtre. « Ça représente un beau défi pour les comédiens de jouer et de chanter. On se croise les doigts. » 

Déjà, elle sait que le montant dont elle bénéficiera pour concrétiser le projet sera peu élevé. 

« On va devoir couper sur la scénographie et les costumes. On va travailler avec les acteurs. Notre mandat est axé sur le perfectionnement des acteurs », affirme celle qui travaille dans un souci de récupération. « Poupzée est la production qui a marché le plus et elle a été faite avec 300 $ », souligne-t-elle. 

« Nos défis pour le futur, c’est de perdurer et de trouver du financement. Les idées, elles, ne manquent pas. » 

Les billets pour le vernissage-bénéfice sont en vente au coût de 15 $ à la porte le soir de l’événement, au 418 542-1129 ainsi qu’au theatrecri@hotmail.com.


On réussit à recréer des univers. Ce sont des installations qui vont rappeler aux spectateurs les pièces qu’ils ont vues et permettre aux créateurs de replonger dans leurs souvenirs.
Guylaine Rivard

La surdouée de l’imaginaire

Guylaine Rivard est l’âme du théâtre CRI depuis deux décennies. Cofondatrice, directrice générale et artistique de la compagnie, elle a placé les mots au coeur de son travail. Pourtant, ils constituent aussi le handicap avec lequel elle se bat depuis toujours.

Guylaine Rivard n’aurait jamais pensé jouer avec les mots. Encore moins en faire son métier. En fait, rien ne la prédestinait à faire carrière en théâtre. 

«Le théâtre m’a sauvée», affirme-t-elle sans hésiter. 

Son parcours scolaire a été parsemé d’embûches qui pouvaient sembler insurmontables. «Je suis dyslexique. J’étais analphabète jusqu’à l’adolescence. J’écrivais aux sons. Je suis un peu handicapée. Pour moi, c’est une bête incroyable.»  

Le théâtre est apparu dans la vie de Guylaine Rivard au bon moment, complètement par hasard. «J’avais 16 ou 17 ans, j’étais déguisée avec mon neveu pour une parade. Je me suis mis à jouer le clown près d’un groupe de personnes qui faisaient la même chose. Après la parade, ils m’ont demandé de me joindre à eux. C’était Le grand bardas, une troupe amateure», raconte-t-elle. 

L’aventure aura duré quelques années. 

«Ça m’a sauvé la vie. J’étais anorexique, je consommais, je ne savais pas quoi faire de ma vie. La troupe m’a sortie de quelque chose, m’a permis de changer de monde», explique-t-elle. «Jouer avec eux, c’était valorisant. Avant ça, je ne savais pas que je pouvais faire quelque chose de bien.» 

Armée d’une confiance nouvelle, elle a réalisé un certificat en théâtre à l’Université du Québec à Chicoutimi. Puis elle a fait partie de ce qui allait plus tard devenir le Groupe sanguin, aux côtés des Marie-Lise Pilote, Dany Turcotte, Émile Gaudreault et Dominique Lévesque. «Quand je suis partie du groupe, on venait juste de trouver le nom.»

Elle a été membre du collectif Le lab, dont faisait notamment partie Larry Tremblay. Elle a d’ailleurs suivi la troupe à Montréal, où elle a joué pendant quelques années. «J’ai beaucoup acquis d’expérience. J’ai vraiment été gâtée et chanceuse», estime-t-elle.

Guylaine Rivard est revenue dans la région quelques années plus tard, avec l’idée de fonder un théâtre de recherche.

En plus de concrétiser son rêve, elle a aussi complété une maîtrise en théâtre. 

Aujourd’hui, elle réalise qu’elle a dompté son handicap pour en faire le coeur de ses créations. 

«L’écriture, le langage ou le handicap et ce qu’on peut faire avec une contrainte font toujours partie de mes projets», analyse-t-elle. «Les mots sont au centre de ma vie. Je me sers de mon handicap aussi. J’ai tellement eu honte longtemps. Plus jeune, en audition, j’étais toujours en position d’admiration suprême devant les autres. Je cachais qui je suis. Aujourd’hui, je me dis que les gens vont connaître qui je suis», explique-t-elle. «J’ai une autre forme d’intelligence. Je suis une surdouée de l’imaginaire. C’est ce que je me suis toujours dit pour m’encourager.»