L’une des oeuvres les plus impressionnantes de Germain Desbiens, parmi celles qui ont fait le voyage à Saint-Hyacinthe, est cette murale baptisée Montée de lait. Créée en 2010, elle est faite de ciment polymère acrylique.

Une exposition cruciale pour Germain Desbiens

Germain Desbiens est l’un des sculpteurs les plus réputés de la région. Il a créé plusieurs oeuvres du 1% et enseigné son art au sein de différentes institutions, ici comme à l’extérieur. Des revers de fortune ont toutefois frappé l’homme âgé de 70 ans, ce qui a eu pour conséquence, entre autres, de le priver de son atelier en 2016. C’est pour se donner les moyens d’en louer un autre qu’il passe la fin de semaine au Centre des congrès de Saint-Hyacinthe.

Ce n’est pas d’hier que l’organisateur du Salon de la sculpture, Emmanuel Descoutiéras, lui propose de participer à cet événement. Il s’agit d’un rassemblement uniquement consacré à la sculpture, le seul du genre au Québec. Le problème est que les frais sont importants, ce qui a fait hésiter l’artiste jusqu’à tout récemment. Il a finalement réservé un espace de dix pieds par dix et présentera près de 60 pièces jusqu’au 7 octobre, dans le cadre de la quatrième édition.

«Mon objectif consiste à en vendre suffisamment pour aménager un nouvel atelier. J’ai perdu le mien quand l’ancien propriétaire a augmenté le loyer de 300 $. À l’âge que j’ai, avec pour seul revenu mon chèque de pension, c’est le seul moyen dont je dispose afin de dénicher un espace où je pourrai utiliser mes outils et mes machines, l’équipement qui me permet de faire de la sculpture», a expliqué Germain Desbiens mardi, à la faveur d’une entrevue accordée au Progrès.

Marché plus vigoureux

Rien n’est acquis, cependant, eu égard aux dépenses de 3000 $ qu’entraîne sa participation au salon. Les frais d’inscription, l’emballage des sculptures, le transport et l’hébergement sont en effet assumés par l’artiste. Il devra donc couvrir cet investissement et générer un surplus substantiel pour justifier cet acte de foi dans le potentiel commercial de son art.

Germain Desbiens a apporté à Saint-Hyacinthe ces murales intitulées Ces eux-autres et Ces ceux-là. Faites en aluminium coulé, elles sont présentées jusqu’à dimanche, dans le cadre de la quatrième édition du Salon de la sculpture.

«Comme c’est le seul salon consacré à la sculpture, le marché est plus vigoureux qu’au Saguenay, où il se trouve au point mort. Je veux vendre assez de pièces pour refaire de la sculpture, le mode d’expression qui me comble le plus parce que c’est du 3D. La dimension supplémentaire rend la recherche plus excitante», énonce le Chicoutimien, qui a traversé un épisode dépressif lorsqu’on l’a privé du plaisir de modeler des blocs de styromousse à l’aide de ses outils.

Soucieux de se démarquer, parmi les 75 sculpteurs ayant convergé à Saint-Hyacinthe, Germain Desbiens a apporté une large sélection de murales. Il fait valoir que ce volet de la création est peu fréquenté par ses collègues.

Hormis le regretté Jordi Bonet, ils sont rares, ceux qui ont produit des oeuvres de cette nature. Pourtant, elles comportent de nombreux avantages, notamment le fait qu’on peut les accrocher comme s’il s’agissait de tableaux.

Sept murales faites de ciment polymère acrylique ont fait le voyage, dont Montée de lait qui, d’ordinaire, trône dans son salon. Elles s’ajoutent aux murales en aluminium coulé réalisées il y a dix ans, ainsi qu’à une nuée de miniatures en bronze et en aluminium qui, elles, se laissent admirer de tous les côtés.

Ajoutons ses sculptures honorifiques, lesquelles comportent une médaille pouvant être gravée, et ça donne assez de matériel pour meubler un kiosque et ranimer l’espoir d’un retour à la sculpture.

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DES TABLEAUX QUI DOIVENT BEAUCOUP À LA SCULPTURE

À défaut de produire des sculptures, Germain Desbiens s’est investi dans la peinture au cours des deux dernières années. Après une période d’exploration qui l’a laissé dubitatif, le Chicoutimien a développé une approche qui lui semble prometteuse, d’autant qu’elle le ramène à ses premières amours. Sur des toiles verticales retenues par des supports usagés, il peint des formes épurées qui sont moins abstraites qu’on pourrait l’imaginer.

«Il y a huit mois, j’ai entrepris de faire des photographies en ville, raconte l’artiste en donnant l’exemple du Palais de justice. À partir de ces images, je développe des volumes. Je décortique les formes jusqu’au moment où je suis satisfait. Le processus peut s’étirer sur deux ou trois semaines et je le trouve intéressant pour plusieurs raisons, notamment le fait que dans ma jeunesse, j’ai songé à devenir architecte.»


Dans cette pièce où il produit ses tableaux, Germain Desbiens développe une approche de la peinture qui s’inspire de la sculpture. Elle donne naissance à des oeuvres épurées, comme celle qui se trouve en face de lui, accrochée à un support.

L’oeuvre intitulée Justice donne une idée des possibilités offertes par cette approche. À première vue, on dirait une abstraction, mais derrière les formes tracées à l’acrylique se profilent le Palais de justice, ainsi que les bâtiments voisins. Autre clin d’oeil à la sculpture, Germain Desbiens prend plaisir à ajouter du relief à ses tableaux en collant des objets tels une baguette ou une mince plaque de ciment.

Ces juxtapositions font écho à ses sculptures les plus récentes, où des composantes en métal sont maillées à la structure faite de ciment polymère acrylique. On pense, entre autres, à Joue Guylaine, son hommage à la violoniste Guylaine Grégoire, fondatrice des Porteurs de musique. Sur ce haut-relief produit en 2015, on voit l’instrument, ainsi que les cordes, qui cohabitent harmonieusement.

Pour revenir à ses tableaux, ils ne sont pas encore sortis de chez lui. On lui a proposé de monter une exposition dans la région de Kamouraska, mais le Chicoutimien a refusé.

«Je ne me sens pas prêt à présenter mes tableaux, ce qui reflète l’insécurité que je ressens pendant le processus de création. C’est long avant que je sois à l’aise avec l’idée de montrer de nouvelles choses», explique Germain Desbiens.