Justine Valtier a conçu cette sculpture intitulée Le pont des identités, laquelle rassemble des plaques de métal disposées sur le plancher et d’autres qui sont accrochées au plafond du Centre des arts et de la culture de Chicoutimi. On y voit des photographies évoquant la vie de son père biologique, que l’artiste n’a pas eu l’occasion de connaître.

Une exposition centrée sur le père absent

Il reste un jour afin de découvrir une exposition qui explore avec finesse les méandres de la mémoire. Intitulé Surgissement de l’absence, ce projet conçu par une Saguenéenne originaire de la ville française de Caen, Justine Valtier, s’articule autour de deux installations regroupées au Centre des arts et de la culture de Chicoutimi.

Elles couronnent une maîtrise en art complétée à l’UQAC - la deuxième de l’artiste - en évoquant les recherches menées par la jeune femme dans les dernières années. L’élément déclencheur fut le décès de son père adoptif. Ce deuil a éveillé le désir de connaître son père biologique, lui aussi disparu. Qui était-il ? D’où venaient-ils, lui et les membres de sa famille ?

« Je me suis prise pour une archéologue afin de trouver des indices, constituer des archives. Je souhaitais créer une oeuvre à partir de cette identité formée de plusieurs blancs. Alors que ma première maîtrise était centrée sur le deuil, puisqu’elle découlait de la perte de mon père adoptif, cette fois, j’ai travaillé sur la notion de disparition. C’est plus lumineux », a décrit Justine Valtier à la faveur d’une entrevue accordée au Quotidien.

Cette luminosité, on en retrouve la trace sur un mur de la salle d’exposition, là où sont accrochés les tissus d’embaumement constituant Le palais de ma mémoire. En filigrane, on voit apparaître des bâtiments religieux, des résidences, des lieux de travail parfois réduits à l’état de ruines, de même qu’un visage coupé en deux, celui de la grand-mère maternelle de l’artiste, à l’âge de 13 ans.

La blancheur des tissus superposés est à peine perturbée par ces images captées par Justine Valtier dans différentes régions d’Europe. Elle a découvert, en effet, que son père biologique provenait d’une famille juive dont les racines plongent au coeur de la Russie. Elle a essaimé en Allemagne, en Pologne et en Italie, de même qu’en France, à une époque où il était dangereux d’être associé à cette communauté.

C’est pour cette raison que l’oeuvre émeut, les surfaces blanches se prêtant à toutes les interprétations. Le spectre des persécutions, de la déportation, vient spontanément à l’esprit, comme sur la deuxième installation, celle qui est accrochée au plafond. Baptisée Le pont des identités, cette sculpture rassemble des dizaines, voire des centaines, de plaques de métal poli sur lesquelles ont été sérigraphiées des photographies apparaissant en négatif.

Ces clichés sont difficiles à décoder, ce qui correspond au voeu de l’artiste. « Je voulais produire un effet tamisé, rendre les images un peu fantomatiques », souligne-t-elle. Il n’est pas innocent, non plus, son désir d’opposer au foisonnement légèrement chaotique de la structure verticale, fort jolie au demeurant, l’alignement symétrique des plaques posées sur le plancher. Dans son esprit, elles font penser aux allées dans un cimetière.

Maintenant chargée de cours à l’UQAC, elle laisse entendre que cette exposition ne constituera pas son dernier mot, du moins en ce qui touche la mémoire. D’autres pistes prometteuses pourraient la pousser sur les routes du pays, l’été prochain, jusqu’aux Territoires du Nord-Ouest. « J’ai l’intention de produire un film sur l’errance en l’abordant sous le prisme de l’enfance », laisse entendre Justine Valtier, en substance.