C’est en empruntant ce couloir qu’on entre dans l’exposition de Florence Defawes, Alma, Lac-Saint-Jean. L’artiste belge y sème de vrais-faux indices, dont plusieurs qui réfèrent à la religion. Il faut s’attarder aux objets, tenter d’en décoder le sens, puisque ça fait partie du plaisir généré par cette mise en scène qui se déploie jusqu’au 26 mai, à Langage Plus.

Une exposition à la fois mystérieuse et ludique

Que s’est-il passé cet hiver à Alma ? Peut-être pas grand-chose, mais qui sait ? Lorsqu’on visite l’exposition de Florence Defawes présentée jusqu’au 26 mai, au centre d’artistes Langage Plus, toutes sortes d’hypothèses macèrent quelque part entre le conscient et l’inconscient, des plus bénignes aux plus graves. Voyeurisme, vol, meurtre ou dévoiement de la religion : le choix est abondant, autant que les pistes vraies ou fausses semées au fil d’Alma, Lac-Saint-Jean.

Créée à l’occasion d’une résidence de deux mois, cette exposition témoigne de la volonté de l’artiste originaire de Liège, en Belgique, de s’imprégner du lieu où elle travaille. C’est ainsi qu’à son arrivée, dans la foulée d’un programme baptisé Pépinières européennes de création, elle a lancé un appel à tous. « Florence a demandé aux gens de l’aiguiller vers des lieux et des objets abandonnés. La réponse a été forte », souligne Mariane Tremblay, directrice artistique à Langage Plus.

Cette photographie montre à quel point l’artiste Florence Defawes aime créer des ambiances inquiétantes. C’est l’effet que produisent ces objets recueillis autour d’Alma, où elle a réalisé une exposition originale à l’invitation de Langage Plus.

La religion est devenue un thème en soi, puisqu’elle est souvent revenue dans les échanges avec les citoyens. Florence Defawes a aussi visité des chapelles, des églises et au moins un couvent, cette fois à Chicoutimi. Elle a pris des photographies, comme à son habitude, et a réuni des objets tels un crucifix, un chapelet, une bible, voire un banc d’église sur lequel on s’assied pour visionner un film tourné dans les environs.

L’idéal, cependant, consiste à pénétrer dans la salle d’exposition au préalable. Il faut prendre son temps pour examiner le décor, étudier les photographies, scruter chaque objet et, parfois, se laisser surprendre par des sons, des éclairages, trahissant le côté facétieux de l’artiste. Ça commence dans le petit corridor voisin de l’entrée, une mise en bouche avant de découvrir la salle où sont regroupés les principaux artefacts.

Si vous approchez de cette table, tendez l’oreille. Florence Defawes vous a peut-être tendu un piège.

« Elle aime créer des ambiances, se montrer inquiétante. On a vu des étudiantes du Collège d’Alma se sentir mal à l’aise à travers tous ces objets religieux. Pour elles, c’est mystérieux », indique la médiatrice culturelle Camille Brisson. Or, cette impression que quelque chose ne tourne pas rond est entretenue dans la salle où est projeté en boucle le film réalisé par Florence Defawes.

Au début, on pense qu’il s’agit de photographies, mais des détails apparaissent, parfois subtils. Le reflet d’un véhicule sur une fenêtre, un rideau qui bouge, la porte d’un bar de danseuses dont le reflet semble bouger, éveille la suspicion. « On est dans l’attente de quelque chose qui n’arrive jamais. Elle joue là-dessus », analyse Mariane Tremblay, qui elle-même en a fait l’expérience en maintes occasions. Chaque visite, chaque visionnement, révèle de nouveaux indices, mais de quoi, au juste ?

Les visiteurs peuvent écrire un message sur ce bureau placé dans la vitrine de Langage Plus.

Le parcours est ludique et pour y mettre le point final, les gens sont invités à se rendre dans la vitrine, où Florence Defawes a installé un bureau sur lequel est posée une vieille machine à écrire. Une photo du pape et divers documents sont soumis à l’attention de ceux qui prennent le temps de s’asseoir. Si le coeur leur en dit, ils peuvent coucher une idée sur le papier, puis déposer la feuille dans un tiroir. C’est à leur tour de surprendre l’artiste.

Un film tourné à Alma et dans les environs ajoute au mystère qui enveloppe l’exposition de Florence Defawes.