Marie-Ève Gravel et Frédérick Moreau, les artisans de la pièce Relie(r) les étoiles, entourent Christine Tremblay, directrice du département Art, lettres et communications du Cégep de Chicoutimi. Ensemble, ils ont monté un calendrier comprenant 16 représentations auxquelles ont assisté près de 500 étudiants, au total.

Une expérience réussie au Cégep de Chicoutimi

Vendredi avant-midi, derrière le Cégep de Chicoutimi. Une quarantaine d’étudiants sont regroupés sur un bout de pelouse. Derrière eux, un vent sec, annonciateur de l’hiver, balaie les feuilles qui sont restées accrochées aux arbres. Le bruit qu’elles génèrent occupe tout l’espace sonore, du moins jusqu’au moment où la jeune femme qui se trouve devant le groupe, dans une sorte de cavité, cesse de tracer des lignes sur l’asphalte afin de prendre la parole.

« Elle a un an aujourd’hui. Ma fille a un an de vie et je dois partir, le sac sur le dos, pour pouvoir vivre le deuil de ma mère », lance le personnage incarné par la comédienne Marie-Ève Gravel. Ainsi a débuté la pièce Relie (r) les étoiles, dont 16 représentations ont été données ce mois-ci, avec la collaboration du programme Art, lettres et communications du cégep.

Cette photographie captée vendredi, derrière le Cégep de Chicoutimi, donne un aperçu de la pièce Relie(r) les étoiles, de l’atmosphère qui régnait lors des représentations données dans les dernières semaines.

Pendant 70 minutes, les étudiants accompagnaient l’interprète au gré de ses déplacements dans le sentier Val-Lombrette. La mise en scène concoctée par l’auteur du texte, Frédérick Moreau, prévoyait en effet quelques stations pendant lesquelles le public a découvert ce qui a incité cette femme à entreprendre une marche de 600 kilomètres, du Saguenay jusqu’à la croix du mont Royal.

« Cette pièce déambulatoire parle du deuil, de la maternité. Mon personnage a perdu sa mère et regrette de ne pas avoir fait certaines choses avec elle », a décrit Marie-Ève Gravel au cours d’une entrevue accordée au Quotidien. « C’est l’occasion pour elle de retrouver ses souvenirs et d’assumer un regret », complète Frédérick Moreau.

C’est sa compagnie à lui, Néo-Trique, qui a porté ce projet au cours des deux dernières années. Son désir d’amener au théâtre des gens qui n’ont pas l’habitude de le fréquenter a constitué une puissante source de motivation. En prime, il y avait le plaisir de travailler avec son amie qui, dans la vraie vie, est technicienne en travaux pratiques au département de physiothérapie du Cégep de Chicoutimi.

Ils ont effectué leurs débuts sur les planches au secondaire et cherchaient un moyen de renouer leur partenariat en dépit du fait que Frédérick Moreau réside à Montréal. À partir d’un texte de son cru, l’affaire d’une dizaine de pages, la pièce a pris forme. C’est devenu un monologue dont les contours sont apparus au fil d’innombrables échanges entre les deux partenaires, via Skype.

« C’est l’hiver passé que nous avons approché la direction du programme Art, lettres et communications. Nous avons d’abord effectué une lecture en classe », relate Marie-Ève Gravel. La réaction des étudiants ayant été positive, un calendrier de représentations a été monté, celui qui s’est déployé en octobre. Au total, ils ont été 500 à apprivoiser l’univers de Relie (r) les étoiles.

Deux fois, il a plu pendant qu’elle recréait la longue marche de son personnage. C’était frisquet, mais l’interprète était bien vêtue, tandis que les spectateurs avaient été avisés de tenir compte des conditions climatiques. Si quelques-uns ont décroché, la majorité des jeunes âgées de 17 à 19 ans ont embarqué dans l’histoire. « En étant si proche, je pouvais sentir l’énergie du public. Il était à l’écoute », rapporte la comédienne.

Elle se sent privilégiée d’avoir pu jouer une pièce aussi fréquemment et croit que cette expérience de théâtre in situ mérite de se perpétuer, une opinion partagée par son camarade. « Nous voulons le refaire au Saguenay-Lac-Saint-Jean et aussi à l’extérieur, rejoindre d’autres institutions scolaires, de même que le grand public », confirme Frédérick Moreau.

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UN BON MOYEN D'ÉVEILLER LES JEUNES À LA CULTURE

Ce n’est pas d’hier que le département d’Art, lettres et communications du Cégep de Chicoutimi amène des étudiants au théâtre. On ne compte plus le nombre de fois où ils ont vu les Clown Noirs effectuer leurs facéties, le genre d’expérience qui sème des graines pour l’avenir. Il était donc naturel que les artisans de la pièce Relie (r) les étoiles y trouvent une oreille favorable.

La lecture publique réalisée l’hiver dernier a mené à un appel lancé aux professeurs, lesquels ont exprimé leur intérêt pour cette oeuvre. C’est ainsi qu’en août, 16 groupes ont été formés. On aurait pu croire que la tenue du spectacle à l’extérieur constituerait un frein au recrutement, mais ce fut tout le contraire. Le fait de jouer ailleurs que dans une salle a représenté un argument de vente, plutôt qu’un handicap.

« Nous voulions montrer quelque chose de différent et j’ai reçu de très bons commentaires de la part des jeunes. Eux-mêmes ont reconnu qu’ils avaient été surpris par leur réaction face à ce monologue qui dure 1 h 10. Ça les a intéressés », a mentionné la directrice du département, Christine Tremblay, à la faveur d’une entrevue accordée au Quotidien.

Elle précise qu’avant d’assister à la pièce interprétée par Marie-Ève Gravel, les cégépiens ont été interpellés par l’entremise d’un cahier pédagogique élaboré par le metteur en scène de Relie (r) les étoiles, Frédérick Moreau. Notons également qu’un certain nombre de professeurs ont complété l’exercice en demandant aux élèves de rédiger un compte-rendu.

Il est trop tôt pour annoncer quoi que ce soit, mais tout laisse croire que la série de représentations données ce mois-ci pourrait ne pas être la dernière. « Il serait possible de renouveler cette expérience l’année prochaine, en prenant soin de rejoindre une cohorte différente. Nous sommes emballés par ce projet. Il s’agit d’un bon outil pour éveiller les jeunes à la culture, en particulier les étudiants de la formation générale », fait observer Christine Tremblay.