Tout en assumant la direction artistique du Festival des Arts de Saint-Sauveur, Guillaume Côté (photo) présentera un numéro dont il a imaginé la chorégraphie, le tout en collaboration avec Yannick Nézet-Séguin, qui l’accompagnera au piano.
Tout en assumant la direction artistique du Festival des Arts de Saint-Sauveur, Guillaume Côté (photo) présentera un numéro dont il a imaginé la chorégraphie, le tout en collaboration avec Yannick Nézet-Séguin, qui l’accompagnera au piano.

Une édition numérique imaginée par Guillaume Côté

Guillaume Côté avait invité 11 compagnies de danse, dont une provenant d’aussi loin que l’Australie, afin de participer au 29e Festival des Arts de Saint-Sauveur (FASS). Assumant le rôle de directeur artistique, l’artiste originaire du Lac-Saint-Jean ne pouvait prévoir que cette grille prometteuse aboutirait dans la corbeille à papier à la suite de la pandémie. Déçu, mais nullement découragé par la tournure des événements, il a jeté les bases d’une édition numérique qui se déploiera du 5 juillet au 6 septembre.

Puisqu’il importait de réduire les effectifs, on a retenu la formule des duos. Une personne associée au monde de la danse a été jumelée à un – ou une – interprète, mais on pourrait parler de trios en raison de l’apport des compositeurs, porteurs de sonorités couvrant une large palette de sensibilités. C’est le fruit de ces collaborations qui sera livré, chaque semaine, grâce à des capsules tournées par le réalisateur Louis-Martin Charest. La version finale des créations mettra en valeur les paysages des Laurentides.

Marie Chouinard dansera sur une de ses chorégraphies, à Saint-Sauveur. Exécutée par le percussionniste Alexandre Lavoie, la musique sera signée Louis Dufort.

« Chacun peut parler de ce qu’il veut, à condition de le faire en solo, a énoncé Guillaume Côté à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès. Les danseurs et les musiciens respectent ainsi le thème de cette édition : une solitude partagée. »

Dans cet esprit, lui-même a été jumelé au maestro Yannick Nézet-Séguin. Au lieu de diriger l’Orchestre Métropolitain à Saint-Sauveur, comme le prévoyait le scénario initial, celui-ci interprétera au piano une composition signée Éric Champagne.

Parmi les autres invités, on remarque la danseuse et chorégraphe Marie Chouinard. Elle s’inspirera d’une oeuvre de Louis Dufort qu’exécutera le percussionniste Alexandre Lavoie. De son côté, Margie Gillis dansera sur une musique de Marie-Pierre Brasset à laquelle l’altiste Elvira Misbakhova prêtera vie, tandis qu’une danse imaginée par Eva Kolarova se moulera à une pièce de Maggie Ayotte, une compositrice originaire de Chambord, au Lac-Saint-Jean. C’est le corniste Louis-Philippe Marsolais qui aura pour mandat de l’interpréter.

« Nous aurons également un artiste associé au hip-hop, Crazy Smooth. Il sera jumelé à Marc Hyland, qui fait de la musique orientale », rapporte Guillaume Côté afin d’illustrer la diversité des approches.

Margie Gillis participera au Festival des Arts de Saint-Sauveur en tandem avec la compositrice Marie-Pierre Brasset.

Ce sont dix collaborations réunissant 20 oeuvres, offertes par 20 personnes, qui formeront la trame de l’édition 2020. Au-delà de leur caractère propre, elles auront en commun les circonstances ayant conduit à ces maillages. Danseurs et compositeurs ne se verront pas et échangeront peu, en effet, pendant le processus créatif.

« En cours de route, le compositeur envoie de la musique au chorégraphe, mais comme personne ne contrôle tous les éléments du projet, on se trouve dans l’incertain et c’est bien l’fun. On impose ainsi de petits défis aux participants. On les sort de leur zone de confort », affirme le directeur artistique du festival.

Originaire de Chambord, Maggie Ayotte a composé une pièce sur laquelle dansera Eva Kolarova.

En plus de travailler sur sa chorégraphie, lui et Yannick Nézet-Séguin réaliseront des entrevues, qui, tout comme les performances, pourront être visionnées en se rendant sur le site Internet du FASS.

« Yannick vient chaque été avec l’Orchestre Métropolitain. Nous avons développé une belle relation, mais c’est la première fois que nous avons l’occasion de travailler ensemble, souligne Guillaume Côté. C’est rare de le voir jouer du piano et notre numéro, qui durera six minutes, permettra de découvrir une composition d’Éric basée sur le travail du peintre Edward Hopper. Elle évoque la solitude qui émane de ses tableaux. Cette musique de facture contemporaine est chargée de mélancolie. »

Le cinéaste Louis-Martin Charest filmera les numéros réalisés cet été, dans les Laurentides.

« Grâce aux projets de cette année, nous aurons une présence en ligne plus affirmée. Nous disposerons d’une infrastructure qui nous servira à l’avenir, sans toutefois que le virtuel remplace le travail devant public. Je le vois plutôt comme un ajout. »
Guillaume Côté

Un nouvel outil

Si le comité organisateur a dû faire son deuil de la présence du public, cette édition atypique laissera au festival un précieux héritage, estime son directeur artistique. « Ça nous a forcés à ajouter une composante numérique. Puisque notre focus était sur le live, nous étions paresseux là-dessus, reconnaît-il. Grâce aux projets de cette année, nous aurons une présence en ligne plus affirmée. Nous disposerons d’une infrastructure qui nous servira à l’avenir, sans toutefois que le virtuel remplace le travail devant public. Je le vois plutôt comme un ajout. »

Au lieu de diriger l’Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin interprétera une composition au piano.

Guillaume Côté insiste aussi sur la façon de travailler avec les nouvelles technologies. Si on se contente de placer du film sur le Web, un peu mécaniquement, le jeu n’en vaudra pas la chandelle. « L’important, c’est d’avoir le bon contenu. On doit tenir compte du fait qu’il s’agit d’une nouvelle forme d’art, avance-t-il. C’est pour cette raison que je suis heureux de compter sur un cinéaste comme Louis-Martin Charest. Il va trouver une manière de faire bouger l’affaire. »

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LA PREMIÈRE DE CRYPTO À ALMA ?

« La première de Crypto devait se dérouler ce printemps, à Montréal. Comme tout a été bloqué en raison de la crise sanitaire, c’est peut-être à Alma qu’elle aura lieu, finalement. Ce serait spécial parce qu’il s’agit de ma maison, mon chez-nous », fait remarquer le danseur Guillaume Côté.

À l’origine, ce spectacle devait faire escale à la salle Michel-Côté avant la pause estivale. Là aussi, cependant, il a fallu se plier aux consignes des autorités, si bien que les nouvelles dates à cet endroit sont les 19 et 20 septembre 2020. Elles coïncident avec le début de la saison pour le diffuseur Ville d’Alma Spectacles.

Prudent, Guillaume Côté ne veut pas se réjouir trop vite à l’idée de revenir danser parmi les siens, près de son village natal de Lac-à-la-Croix. Tant de choses peuvent survenir en l’espace de trois mois. Néanmoins, l’idée de se rendre au Lac-Saint-Jean pour étrenner Crypto, le premier projet qu’il pilote en tant que producteur indépendant, lui sourit.

Il faut dire que c’est une grosse affaire, puisque l’histoire imaginée par l’écrivain Royce Vavrek, mise en musique par le compositeur suédois Mikael Karlsson et chorégraphiée par Guillaume Côté lui-même, intègre des créations multimédias élaborées par la firme montréalaise Hub Studio. Pendant 80 minutes, un étrange scénario se déploie sous les yeux du public.

« Il est basé sur un conte de fées, un thème récurrent au ballet. Puisque ce sont des contes moraux, comportant des leçons à retenir, je me suis dit qu’on pourrait en inventer à l’intention des adultes. Les personnages sont simples et, comme dans la mythologie grecque, ils nous amènent aux extrêmes de la vie humaine », énonce Guillaume Côté.

Lui et trois autres danseurs provenant du Ballet royal de Flandre, ainsi que du Ballet national du Canada, incarneront l’histoire d’un couple blasé. La dame n’est plus inspirée, ce qui pousse son conjoint à amener dans leur foyer une créature fantastique. C’est le moyen qu’il a trouvé pour la reconquérir et ça fonctionne, du moins au début.

« Les deux tombent en amour avec cet être qu’on pourrait comparer au Sasquatch, décrit Guillaume Côté. Ils doivent ensuite recourir aux services d’un chirurgien esthétique dont la mission consiste à le métamorphoser en humain. Ça le rend moins intéressant, toutefois, ce qui fait que la relation entre l’homme et la femme tombe à l’eau. »

Il ajoute que Crypto remet en question le concept de la monogamie, de même que la pertinence de dénaturer un être afin de le rendre semblable à nous. Le propos est appuyé par des projections, bien que les danseurs constituent le coeur du spectacle. L’avant-première a eu lieu à Saint-Sauveur, dans le cadre du Festival des Arts. Reste à découvrir la version définitive.

« De plus en plus, je veux produire des spectacles comme celui-ci. J’aime qu’on puisse les montrer dans des salles qui ne peuvent pas accueillir les grandes compagnies de danse », explique Guillaume Côté.

Guillaume Côté croit que l’accent sur les nouvelles technologies, cette année, constitue un précieux ajout pour le Festival des Arts de Saint-Sauveur.

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ACTIF MÊME DANS LE CONFINEMENT

Une solitude partagée.

C’est le thème du Festival des Arts de Saint-Sauveur et il décrit bien la manière dont son directeur artistique, Guillaume Côté, vit le confinement à l’intérieur de sa résidence de Toronto. Ce moment d’exception se déroule aux côtés de son épouse, Heather Ogden, membre comme lui du Ballet national du Canada, ainsi que de leurs enfants, encore tout jeunes.

« Nous possédons un tapis et nous avons installé une barre d’entraînement. En même temps, il y a des classes Zoom qui nous aident à maintenir la discipline. Elles ont aussi l’avantage d’entretenir le sens de la communauté, même si nous ne pouvons pas travailler avec le groupe », raconte le danseur originaire du Lac-Saint-Jean.

Il complète son programme en faisant du vélo et du cross-training, ce qui lui laisse du temps pour plancher sur des créations. Notons, parmi elles, une série de portraits, des vignettes filmées à l’aide d’un iPhone. Sur l’une d’elles, sortie en mai, lui et deux consoeurs, Sara Kearns et Greta Hodgkinson, exécutent une succession de solos sur une musique de Haydn.

« C’est une expérience s’appuyant sur la danse, un projet amusant », résume Guillaume Côté, dont une autre production maison, réalisée cette fois avec sa conjointe et les enfants, de même que cinq membres de l’Orchestre symphonique de Toronto habillés en mou, est devenue l’un des hits de la saison. Elle a pour titre Bach to Barre.

On voit le couple exécuter une chorégraphie sur son divan, histoire de tromper l’ennui que la télévision ne parvient pas à dissiper. Il y a également une scène cocasse, où la danseuse étoile s’entraîne à la barre pendant que son conjoint passe la balayeuse autour d’elle. Ce joli clip s’est même retrouvé au Newshour, le bulletin de nouvelles du réseau américain PBS.

Puisqu’on parle de la télévision, Guillaume Côté aimerait qu’Ici Radio-Canada et la CBC, son pendant anglophone, assument pleinement leur mandat, qui ne consiste pas uniquement à offrir du divertissement. Pourquoi ne pas profiter de la crise, qui a tellement pénalisé les créateurs, pour leur procurer davantage de visibilité ?

« C’est difficile parce qu’on ne met plus d’arts à la télévision. Or, je crois qu’avec les impôts canalisés vers ces réseaux, les subventions qu’ils reçoivent, ça fait partie de leurs responsabilités. Il s’agit d’un bon moment pour qu’ils se remettent en question », estime le danseur.

Reprise graduelle

Quant à la reprise des activités au sein du Ballet national du Canada, tout laisse croire qu’elle se fera graduellement. Les artistes répéteront ensemble à compter de la mi-septembre, tandis que les spectacles ne reprendront pas avant janvier. En parallèle, cependant, Guillaume Côté renouvellera sa collaboration avec l’homme de théâtre Robert Lepage.

En 2018, ils ont créé Frame by Frame, un ballet rendant hommage au cinéaste Norman McLaren. Cette oeuvre produite par le Ballet national du Canada sera présentée à Londres, au célèbre Sadler’s Wells, ainsi qu’au Théâtre des Champs-Élysées de Paris, où elle tiendra l’affiche du 15 au 17 avril.

« J’espère que ça va rester en place », laisse échapper Guillaume Côté, qui a aussi très hâte de plancher sur une nouvelle création avec le patron d’Ex Machina. 

Pour les détails, cependant, il faudra patienter. Ce projet commence seulement à prendre forme.