Le trip à trois, qui met en vedette Mélissa Désormeaux-Poulin et Martin Matte, représente une comédie bien faite et plutôt sage, contrairement à ce que laisse croire le titre, qui a toutes les chances de plaire à un large public.

Une comédie bien faite et efficace

CRITIQUE / Les comédies, c’est comme les films de filles. L’offre est abondante, mais la qualité se fait rarissime, même en incluant les productions françaises et américaines. Combien de fois a-t-on regardé des histoires de ce genre en souriant, tout au plus ? C’est arrivé trop souvent pour ne pas apprécier ce que le réalisateur Nicolas Monette a accompli dans Le trip à trois.

Le scénario est maintenant familier. Une femme rendue à la mi-trentaine, Estelle, constate qu’elle est trop plate pour son propre bien. Unie depuis dix ans à un gars qui semble correct, malgré une incartade réparée à grands coups de consultations, elle se met en tête de faire une partie de jambes en l’air qui la changera de la position du missionnaire.

On ne sait pas pourquoi cette option lui sourit plus que les autres. Pourquoi pas une affaire à deux ? On se dit que le recrutement serait moins compliqué, tout en comprenant qu’à trois, le potentiel comique est plus grand. Deux femmes ou deux hommes ? Intégrer le conjoint ou le laisser en plan ? Autant de variantes qui nourrissent la réflexion menée par une analyste financière dont c’est la seconde nature de peser le pour et le contre.

Ce rôle campé par Mélissa Désormeaux-Poulin possède des accents de vérité en raison de ses qualités d’interprète. Sachant doser ses effets, elle avance à petites touches sur la voie de l’encanaillement. Chaque pas en avant est suivi d’un pas de côté, chaque audace est balisée par des regards chargés de doute. C’est ce qui rend sa quête intéressante, un brin touchante, en dépit de son côté fantaisiste.

Matte, comme dans les beaux malaises

Son vis-à-vis, Martin Matte, joue le même genre de partition que dans la série télévisée Les beaux malaises. Il multiplie les remarques ironiques, l’air au-dessus de ses affaires, et le fait toujours aussi bien. On pourrait parler d’un copier-coller, sauf dans la deuxième partie du film, lorsque son personnage réalise qu’Estelle traverse une crise existentielle qui va au-delà des frottements équivoques censés illuminer sa vie.

Entre deux facéties, on le sent troublé, voire abattu, et il n’est pas le seul à se faire du souci. La sœur d’Estelle, tellement plus délurée, est confrontée au vide provoqué par un surcroît de promiscuité, tandis que l’amie célibataire pétrie de psycho-pop se sent plus seule que jamais. On n’est pas dans un drame à la Bergman, cependant, et Le trip à trois déroge rarement de son mandat premier qui consiste à amuser.

On rit beaucoup, en effet. La maladresse d’Estelle est bien exploitée, surtout dans les situations corsées, de même que la stupidité de sa patronne, un dictateur en jupon qui se lève en pleine nuit pour parler à ses vis-à-vis japonais. Et que dire du groupe d’amies, sinon qu’elles correspondent au nouveau stéréotype féminin porté par une émission comme Les Simone ? La différence est que dans le film, elles sont plus comiques.

En somme, Le trip à trois représente une comédie bien faite et plutôt sage, contrairement à ce que laisse croire le titre. Ce film qui arrive sur nos écrans à la veille des Fêtes, moment où la télévision produit encore plus de calories vides que d’habitude, a toutes les chances de rejoindre un large public et celui-ci ne sera pas déçu. Il passera un bon moment, entre la dinde et la tourtière.