Denise Cloutier, une employée à temps partiel, accompagnée d’une participante.

Une céramique à la fois

La Mosaïque sociale de Roberval souligne cette année son dixième anniversaire. L’organisme est peut-être peu connu du public, mais il a permis à des centaines de personnes, au fil des ans, d’utiliser l’art pour briser l’isolement et passer à travers des épreuves difficiles.

Sa mission se divise en deux volets : la Mosaïque offre un atelier de création tout équipé à ses membres ouvert deux soirs par semaine. 

« Ce n’est pas du tout rentable la partie porte ouverte. C’est une nécessité sociale, il n’y a plus beaucoup d’espace comme le nôtre où les gens peuvent socialiser », explique Lionel Barbot, qui travaille à contrat pour la Mosaïque.

Avec une carte de membre annuelle au coût de 20 $, ce n’est pas ce qui garde l’organisme en vie, et ce, même si les artistes doivent débourser pour le matériel utilisé. 

Des petites mains habiles

L’association se rend aussi dans les écoles primaires pour divers projets de création auprès des enfants et c’est ce qui lui permet de survivre. Lorsque le ministère de l’Éducation approuve une demande, il subventionne 80 % du coût total du projet et l’école défraie le reste. 

Cette année, la Mosaïque sociale a réussi à décrocher quatre contrats dans des institutions différentes, notamment aux écoles des Quatre-Vents de Chicoutimi et Benoît-Duhamel de Roberval. Les municipalités de Lac-Bouchette, Saint-André et Saint-François-de-Salles se sont aussi regroupées pour que certains de leurs élèves puissent participer à ce programme. 

Durant 10 jours, les artistes amateurs travaillent ensemble sur une œuvre de 30 mètres carrés. Ils décident notamment de la forme et des couleurs. 

« On arrive à faire dessiner et coller tous les enfants. Ce sont eux qui taillent et qui cassent la tuile. Il y en a beaucoup qui, pour la première fois, utilisent un marteau. C’est donc en même temps une initiation au bricolage », exprime Lionel Barbot.

Un dernier adieu

En marge de ces programmes scolaires, la Mosaïque sociale offre à un organisme à but non lucratif l’occasion de participer au processus de création d’une œuvre géante qu’elle pourra par la suite conserver. 

Cette année, les bénévoles et pensionnaires de la maison de soins palliatifs Le Havre du Lac-Saint-Jean ont accepté de relever le défi. Ce sont eux qui décideront de la thématique. 

« On part toujours de l’envie des gens. On propose des idées pour stimuler leur imaginaire. Par la suite, on affine la proposition sur un dessin et un crée un gabarit en bois avec le relief souhaité », fait valoir M. Barbot. 

Une dizaine d’œuvres collectives du genre sont exposées un peu partout à Roberval et ailleurs en région.

Jacinthe Lavoie est membre du conseil d’administration de la Mosaïque sociale.

Peu de moyens financiers pour briser l’isolement

Environ 15 % de la clientèle de la Mosaïque sociale lui est référée par d’autres organismes d’aide comme le Centre de prévention du suicide. Ces derniers ont d’ailleurs commencé à collaborer en novembre lors de la création d’une grande mosaïque maintenant exposée au deuxième étage de la Plaza Roberval. 

« On a constaté qu’ils avaient des ressources qualifiées et que nous pouvions leur référer de la clientèle. Ça aide certaines personnes à diminuer, voire même cesser leurs idées suicidaires », avance André Houle, le directeur général du Centre de prévention du suicide du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les deux associations sont toutes les deux situées dans l’Espace Sainte-Angèle, une ancienne école transformée en pavillon communautaire par la municipalité.

Le centre offre des formations de sept heures à ses partenaires d’affaires pour détecter des signes avant-coureurs du suicide.

« Nous essayons différentes méthodes. Pour certains, ce qui fonctionne, ce sont les arts. Pour d’autres, ce sont les sports. Il faut trouver l’approche alternative qui convient le mieux à la personne et qui peut être prometteuse », explique M. Houde. 

Le nerf de la guerre

Avec un budget annuel d’environ 15 000 $, la Mosaïque sociale peut ouvrir ses portes au public deux soirs par semaine seulement puisqu’elle doit payer le salaire d’une employée. 

Sur place, les membres ont accès à plusieurs équipements et outils qui les aident à réaliser leurs travaux d’artisanat, notamment de menuiserie, de vitrail ou de mosaïque. 

« On est sûr qu’on sauve des gens et qu’au final, il y a moins de médicaments nécessaires. 

Il y a une nécessité de prendre soin des gens de notre communauté », souligne Jacinthe Lavoie, membre du conseil d’administration de la Mosaïque sociale. André Houle déplore que les organismes d’aide soient sans cesse en quête d’appuis financiers.

« C’est quelque chose de peu coûteux, mais on a tellement besoin. Malgré tout ce qu’on pourra en dire, les organismes sociaux manquent clairement de reconnaissance », estime M. Houle. 

Il ajoute que « la mobilisation citoyenne a perdu du cachet » et qu’il « faut mettre beaucoup plus d’efforts pour attirer des bénévoles », de nos jours. 

« Ça devient alarmant, de là l’importance de voir comment on pourrait mettre en commun des services pour baisser nos coûts fixes. On atteindra une limite un moment donné. Si les sous ne sont pas là, on devra prendre des décisions », croit-il. 

Quelques artistes travaillent sur un projet collectif de mosaïque pour l’Unité postale du Lac.