L'extravagance affichée par Odette et Coco, incarnés par Guylaine Rivard et Pierre Tremblay, agace Violette, leur hôtesse à laquelle Andrée-Anne Giguère prête ses traits dans la pièce Directement du propriétaire.

Une célébration du théâtre et de l'été

Une talle de muguet fleurissait le long de l'entrée, près de la résidence de Guylaine Rivard et Serge Potvin. Il faisait encore clair et le temps était clément, mercredi, alors que le Théâtre CRI donnait la première représentation de la pièce Directement du propriétaire. Tenue jusqu'à dimanche, à 20 h, cette production est la quatrième et dernière de la série Entre 4 murs, lancée l'automne dernier afin de célébrer les 20 ans de la compagnie jonquiéroise.
La présence de fleurs à l'extérieur est annonciatrice de plein de belles choses sous nos latitudes, dont la remise en marche du poêle barbecue. Il était donc approprié que l'auteure et metteure en scène de ce spectacle, la comédienne Guylaine Rivard, place ce rituel estival au coeur de l'histoire relatée par un groupe de comédiens plus imposant que lors des trois rendez-vous précédents.
Ils sont quatre à camper les rôles principaux, en effet, soit deux autres partenaires réguliers, Éric Chalifour et Andrée-Anne Giguère, ainsi que Pierre Tremblay. Des personnages secondaires sont aussi incarnés par sept interprètes dont l'apparition ajoute du piquant à un party réunissant les hôtes, Étienne et Violette (Éric Chalifour et Andrée-Anne Giguère), ainsi que leurs voisins Coco et Odette (Pierre Tremblay et Guylaine Rivard).
Dès l'après-midi déjà, l'heure est à la fête, alors que l'homme caresse le poêle sous prétexte de le nettoyer. Son bonheur est communicatif puisque le public, qui occupait tous les sièges disponibles, a ri de bon coeur en l'entendant fredonner ces mots magiques : « Pris en flagrant délit de tendresse ». Pas étonnant qu'un peu plus tard, sa compagne lâchera, d'un ton acide, qu'elle se sent négligée.
Elle-même affiche quelques lézardes dans son édifice mental, ce qu'illustre son obsession pour le rangement et sa hantise du vieillissement. C'est pour cette raison qu'elle déteste Odette, qui a osé évoquer son problème de ballonnement. À l'opposé, les trois autres profitent du moment, de jour comme de soir. Ils multiplient les farces, les commentaires absurdes, vides de sens, dont l'unique fonction consiste à exprimer leur contentement.
Dans ce registre, il faut signaler le jeu de Pierre Tremblay. Il semble tout droit sorti de la pièce Les voisins, dont Guylaine Rivard a voulu faire un pastiche. Dénué de malice, son personnage multiplie les remarques sans queue ni tête, du genre : « Y fait son poêle ! » Et malgré tout, on comprend Étienne d'apprécier sa compagnie, au point de l'étreindre en riant, tout en entonnant pour la nième fois : « Pris en flagrant désir de tendresse ».
Plus tard, des enfants apparaissent, puis d'autres convives. Et comme dans Les bijoux de la Castafiore, il ne se passe rien, mais c'est plaisant à regarder. On rit, tout en se demandant comment sera introduit le fait divers qui, depuis le début de la série Entre 4 murs, est imbriqué dans les histoires relatées par ses artisans. L'heure file rapidement, jusqu'au moment où le public devient lui-même partie prenante du barbecue. Et à partir de là, on ne peut rien écrire. Ou presque.
Contentons-nous de signaler que mercredi, il s'est passé des choses qu'on ne voit jamais au théâtre. La frontière entre la réalité et la fiction a été malmenée avec, il ne faut pas craindre de l'affirmer, une étincelle de génie. C'est bien la preuve qu'en dépit de ses 20 ans au compteur, le Théâtre CRI a maintenu intactes son audace et son inventivité, autant que son sens du merveilleux.