Voici quelques protagonistes du Procès à l’ancienne, version 2019. Ils ont livré la première d’une série de deux représentations de ce spectacle, vendredi soir, à la Salle François-Brassard de Jonquière.

Une belle cuvée du Procès à l’ancienne

C’est devenu l’un des rendez-vous du printemps, une jolie tradition qui a pris un coup de jeune depuis sa renaissance, il y a trois ans. Le Procès à l’ancienne, une activité ayant pour but de soutenir la mission de la Société historique du Saguenay, a repris du service vendredi, à la Salle François-Brassard de Jonquière. Centrée sur l’année 1919, la nouvelle mouture, écrite par le camarade Roger Blackburn, mise en scène par Dario Larouche, a répondu à toutes les attentes qu’on pouvait entretenir.

Le texte intitulé À l’ombre de la cathédrale permet au public de baigner dans l’atmosphère de l’époque. Des personnages réels sont mis à contribution, le plus illustre étant Monseigneur Eugène Lapointe, le père du syndicalisme québécois. Ils tiennent compagnie à des colons qui en ont assez de vivoter sur des terres de misère, des représentants du milieu juridique au langage ampoulé, une femme forte, un soldat qu’on croyait mort et une livreuse du Progrès du Saguenay vive d’esprit comme deux Fridolins.

Signe que ce spectacle était attendu, tout le parterre était rempli, à quelques sièges près. Il est vrai qu’à 20$, le coût des billets était raisonnable. Or, ceux qui l’ont déboursé se sont accordé un double plaisir. Tout en servant une bonne cause, ils ont passé une soirée agréable pendant laquelle les occasions de rire furent aussi nombreuses que les références historiques.

Pour lancer l’affaire, les comédiens ont recréé le congrès national de l’Association catholique de la jeunesse canadienne-française, tenu au Saguenay il y a 100 ans. Les responsables de cet événement souhaitaient tracer un bilan à l’eau de rose, mais l’apparition d’un groupe de colons a offert un point de vue plus cru et aussi plus honnête. Chaque fois qu’ils se manifestaient, une pluie de sacres enveloppait leurs récriminations tournant autour de la dureté du labeur.

L’un des beaux moments du premier acte surfait justement sur ce thème. Il a pris la forme d’une tirade livrée par six ou sept personnes, un choeur comme on en voit dans les pièces de Michel Tremblay. Ce cri du coeur à propos de la vie abrutissante de nos aïeux a été salué par des applaudissements mérités. Amateurs ou non, les comédiens ont fait de la belle ouvrage.

Un autre qui s’est vite signalé, peut-être malgré lui, est le journaliste Denis Villeneuve, du Quotidien et du Progrès. Bien qu’il ait passé des semaines à polir ses répliques, y compris au journal, ses interventions au nom de Monseigneur Lapointe laissaient voir un zeste de fragilité, du moins en ce qui touche la mémoire. Des blancs, des sourires trahissant la recherche effrénée de la bonne phrase, ont eu pour effet de mettre le public de son bord. Jamais le latin n’a été aussi divertissant, sauf dans Astérix.

Au retour de la pause, c’est au tribunal que l’action s’est déplacée. Puisque la cathédrale de Chicoutimi avait été détruite par un incendie, on cherchait un coupable. L’homme tout désigné, le colon Basile Brassard, avait eu des mots avec Monseigneur Lapointe, ce qui a pu l’inciter à allumer un feu d’abatis pour se venger. De surcroît, son épouse, la vigoureuse Azéline (Jennifer Paré), demande le divorce parce que son premier mari, qu’on croyait mort à la guerre, a été libéré d’un camp allemand.

C’est là que l’histoire tourne au burlesque. Incarnés par des artisans de KYK, Martin-Thomas Côté et Richard Courchesne, le juge et l’avocat de la Couronne alternent entre l’exercice de leurs fonctions et des apartés laissant voir leurs accointances dans le privé. Très drôle, ce jeu de contrastes fait écho à l’opposition du premier et du second mari. D’un côté, un gringalet un brin efféminé (Guillaume Desautels). De l’autre, un colosse au langage plus vert que le vert qui figure sur le drapeau de la région (Frédéric Michel).

On rit de voir le premier mari porté par sa tendre et corporante épouse, sans effort apparent, et on a bien du plaisir quand les protagonistes se demandent que faire du terrain sur lequel reposait la cathédrale. «C’est le meilleur spot pour un aréna. Le problème, c’est le stationnement», affirme le maire de Chicoutimi par la bouche du conseiller municipal de Saguenay, Simon-Olivier Côté. Ça aussi, c’était savoureux.

Le plus beau est que cette pièce sera jouée une nouvelle fois, samedi à 19h 30. Et qu’ils collent au texte ou naviguent quelques part entre les lignes, les comédiens feront de ce voyage dans le temps une expérience agréable.