Un véritable moment de grâce

L’église Saint-Dominique de Jonquière a été le théâtre d’une belle et grande première, mardi soir. Elle a eu lieu dans le cadre des Mardis de la Saint-Do, la série consacrée à l’orgue tenue en août, dont c’était le deuxième rendez-vous cette année. La mezzo-soprano Claudine Ledoux et l’organiste Julien Girard, qui possède également une belle voix, ont étrenné un programme sur lequel ils planchaient depuis plusieurs mois.

« Pour Julien et moi, c’est le début d’une belle aventure », a d’ailleurs souligné la chanteuse à la fin du concert, devant quelques centaines de mélomanes qui n’ont pas regretté de s’être déplacés malgré la chaleur extrême. Ils ont eu raison parce qu’à l’intérieur de l’église, c’était confortable, du moins pour le public. À la tribune, où les artistes ont œuvré pendant la première partie du programme, intitulée Beau jour, ce fut si torride qu’on a dû ouvrir les ventilateurs.

Si les partitions de Claudine Ledoux ne s’étaient pas envolées, cependant, on ne l’aurait jamais su. Le concert s’est ouvert sur une séquence envoûtante, en effet, grâce à quatre airs composés en Angleterre au temps du baroque. Le tout premier, Music For A While de Purcell, a montré le Casavant sous son jour le plus cotonneux. Par bouts, on avait l’impression que l’instrument engageait un dialogue avec la mezzo-soprano dont la voix profonde, très douce, exprimait la joie que procure la musique.

L’effet produit par cette interprétation a été magnifié par les reflets dorés qui enveloppaient l’église, ceux générés par les éclairages et ceux, plus romantiques, émanant du soleil couchant. Or, ce sentiment de félicité n’a plus quitté les spectateurs. Il a été perpétué par des pièces comme Sweet Nymph de Morley, chantée a cappella, en duo, et par Caressing Butterfly de Barthelemy, une œuvre pour orgue dont certains passages auraient pu constituer la bande sonore d’un joli rêve.

Julien Girard et Claudine Ledoux ont présenté un concert fort séduisant, Pax Luminosa, devant quelques centaines de personnes rassemblées à l’église Saint-Dominique de Jonquière.

Toujours à la frontière du conscient et de l’inconscient, le duo a livré une version remarquable de London, une composition de Vaughan Williams. C’est le genre de pièce qui prend son temps, qui tisse lentement sa toile un brin mystérieuse, furieusement romantique. Et sans le savoir, les artistes ont adressé un clin d’œil à l’ancien organiste de la paroisse Saint-Dominique, François Brassard, qui a étudié aux côtés du maître anglais dans la première moitié du 20e siècle.

La deuxième partie du concert, À la brunante, a permis aux interprètes de se rapprocher du public, alors qu’ils se sont déplacés vers le chœur. Une pointe d’émotion est survenue lorsque Julien Girard a présenté une pièce de Fauré, Après un rêve, où il devait accompagner sa partenaire au piano. Elle a éveillé le souvenir de sa rencontre avec l’organiste Michael Stairs à Philadelphie, où celui-ci avait le privilège de jouer sur l’orgue Wanamaker du magasin Macy’s.

« Cette mélodie de Fauré, je l’ai chantée là-bas, grâce à cet homme qui nous a quittés il y a trois jours à la suite d’un cancer », a confié l’artiste. On peut donc présumer qu’il y avait un supplément d’âme dans la version offerte à Saint-Dominique. Parfois réduite à un souffle, spectrale à la toute fin, la voix de Claudine Ledoux a recréé cet instant magique, tellement fragile, qui sépare le rêve du retour à la réalité.

C’est aussi elle qui est allée à la rencontre du public par le truchement de Jocelyn, une berceuse de Benjamin Godard popularisée par Tino Rossi. L’orgue grondait doucement, lointain, lorsque la mezzo-soprano est descendue jusqu’aux premiers bancs, puis dans une allée. Pendant que son corps entrait dans la pénombre, sa voix a occupé tout l’espace, une voix si souple, si maîtrisée, qu’elle se moulait à chaque mot, à chaque note.

Les spectateurs ont manifesté leur appréciation avec vigueur, mais déjà, la fin approchait. Il restait l’Ave Maria de Verdi, autre prouesse sur fond dramatique, puis un rappel à deux voix, la Barcarolle d’Offenbach. Fait à noter, ceux qui ont raté cet excellent concert, baptisé Pax Luminosa, pourront se reprendre vendredi à 19 h 30. Claudine Ledoux et Julien Girard se produiront en effet à la chapelle mariale de l’Ermitage Saint-Antoine, à Lac-Bouchette.