Marraine d’honneur du Symposium international de peinture et sculpture du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Danielle Ouimet n’en fera pas un drame si elle n’a pas terminé son ciel avant dimanche. L’essentiel, à ses yeux, ce sont les rencontres avec les visiteurs et les artistes qui, depuis jeudi, animent le hangar de la Zone portuaire de Chicoutimi.

Un symposium aux couleurs de l’ailleurs

Une jeune Russe inspirée par les motifs islamiques de sa ville natale, Tachkent, en Ouzbékistan. Un Niçois qui aime les scènes marines, sans toutefois oublier ses racines ukrainiennes. Une Marocaine installée en Espagne, devenue célèbre en quelques heures, à Chicoutimi, après avoir emprunté un taxi à l’aéroport de Montréal afin d’arriver plus tôt à destination. Et devant l’entrée, une actrice devenue animatrice, auteure et peintre, une dame tellement sollicitée qu’elle peine à finir un ciel.

Ce sont les histoires qui se cachent derrière les stands où, depuis jeudi, on peut rencontrer les artistes participant au huitième Symposium international de peinture et sculpture du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Plusieurs viennent de la région et d’ailleurs au Québec, alors que d’autres sont partis de loin pour faire connaître leurs créations. C’est le cas d’Elena Soroka qui, depuis l’âge de 16 ans, réside à Moscou.

« J’ai découvert l’existence de ce symposium sur Internet. J’ai soumis une demande, présenté quelques-uns de mes tableaux, et on m’a acceptée. La semaine dernière, je me trouvais à un autre symposium, à Pristina (au Kosovo). C’est là que j’ai produit cette toile », a raconté la jeune femme, jeudi, au cours d’une entrevue réalisée dans le hangar de la Zone portuaire de Chicoutimi.

Cette œuvre, comme celles qui l’accompagnent, témoigne de son goût pour les figures géométriques. Tel que mentionné tantôt, elles trouvent leur origine dans les motifs islamiques qui caractérisent l’art ouzbek. Son approche est moderne, évidemment. On n’est plus au temps de Tamerlan, dont l’empire s’étendait de l’Europe jusqu’aux confins de l’Inde.

Elena Soroka est partie de la lointaine Russie pour présenter ses tableaux qui, pour une large part, sont influencés par les motifs islamiques qui caractérisent l’art traditionnel de l’Oubézkistan, le pays où elle a vécu jusqu’à l’âge de 16 ans.

« J’intègre des visages à l’intérieur des arabesques », décrit-elle, dans un anglais aux jolis accents slaves. Un diptyque apparaît aussitôt sur l’écran de son téléphone, deux œuvres qui la remplissent de fierté. Son art requiert une précision d’orfèvre, mais au milieu de l’après-midi, il était trop tôt pour le constater en direct. La couche de peinture acrylique appliquée sur la toile n’avait pas fini de sécher.

Taxi pas payant

Tout aussi slave, tant par son apparence que son héritage culturel, Stanislav Dyshlov pourrait passer pour le frère d’Elena Soroka. Derrière lui, on voit des marines, ce qui est normal de la part d’un Niçois. C’est la ville où ses parents ont immigré, où est né cet adepte de la peinture à l’huile. « La Côte d’Azur, les marines, les rochers, ça représente 90 % de ma production. Le bon côté est que ça change tout le temps. Le matin, par exemple, les couleurs sont plus vives. Il y a plus de nuances », fait-il observer.

C’est sa troisième présence au symposium qui, précisons-le, se déroulera jusqu’à dimanche, à 19 h. Le grand bonhomme dit qu’il apporte le soleil et prend plaisir à échanger avec les artistes, de même que les visiteurs. Et quand c’est tranquille, il planche sur un petit tableau placé à côté de son portable, où se déploie une image ancienne. « Elle représente une noce ukrainienne, une fête à la campagne. Je viens de commencer la maison », signale Stanislav Dyshlov, visiblement attaché à la mère patrie.

Il était heureux de revoir des visages familiers, tandis que sa consœur de Tolède, en Espagne, était contente juste à l’idée d’être arrivée à Chicoutimi. L’aventure vécue par la peintre Raja Azaroual n’est pas banale, en effet. Sitôt arrivée à Montréal, mercredi, elle a réalisé que l’autobus qui devait la mener au Saguenay était parti et qu’il n’y en aurait pas d’autre avant le lendemain. « Puisque je ne connaissais personne à Montréal, je ne voulais pas coucher là. J’ai donc pris un taxi », relate la jeune femme, d’un air enjoué. En passant, la facture se serait élevée à 500 $.

Il suffit de jeter un oeil sur cette photographie captée jeudi, au hangar de la Zone portuaire de Chicoutimi, pour réaliser à quel point Stanislav Sushlov aime peindre la Méditerranée. Néanmoins, une partie de son oeuvre fait écho à ses racines familiales, plantées dans la terre ukrainienne.

Il pleuvait, malheureusement, ce qui a rendu cette expérience un peu moins magique que ses tableaux. Certains trahissent un penchant pour l’abstraction, même s’ils comportent des éléments figuratifs. D’autres, très texturés, montrent des personnages aux contours flous, dont une femme qui constitue son alter ego. « C’est moi, confirme l’artiste. J’étais perdue à ce moment-là. Je cherchais à cerner mon avenir. »

Il y a également une représentation de New York où on reconnaît un bout de Times Square. En l’examinant de près, on réalise que certaines composantes ont été conçues séparément, puis collées sur la toile. « Je fais une recherche sur la matière, sur les couleurs », affirme l’Espagnole originaire du Maroc. Signe qu’elle a le sens de l’humour, deux manchots portant des mallettes déambulent sur la rue. À ses yeux, ils symbolisent la politique.

Marraine comblée

Placée au bout des deux corridors, lieu stratégique s’il en est, la marraine d’honneur du symposium, Danielle Ouimet, sera une femme occupée pendant son séjour au Saguenay. Même dans la journée de jeudi, moment où le nombre de visiteurs est plus modeste, il y avait toujours des gens qui souhaitaient lui parler de ses tableaux, sans doute aussi de sa carrière au cinéma et au petit écran.

« Je ne finirai jamais cette toile-là, et ce n’est pas grave, lance-t-elle en riant. Comme il vient toujours du monde, chaque fois que j’y retourne, je ne me souviens plus de la sorte de bleu que j’ai utilisée pour faire le ciel. C’est la première et la dernière fois que je peins en public. »

Raja Azaroual voulait tellement venir au Symposium international de peinture et sculpture du Saguenay–Lac-Saint-Jean qu’elle est partie de l’aéroport de Montréal en taxi, mercredi, après avoir raté le dernier autobus de la journée. Parmi ses créations qui ont fait le voyage, on note ce tableau représentant New York.

Si, par miracle, son projet progresse d’ici à dimanche, on verra apparaître une vague semblable à celle qui occupe une partie de son stand.

Bien plus importantes que son rythme de production, les rencontres que favorise le symposium lui donnent raison d’avoir accepté l’invitation lancée par la présidente du comité organisateur, Gisèle Gravel. « Les artistes viennent de plusieurs pays et font des choses incroyables. En plus, j’ai toujours aimé cette région. Ça faisait longtemps que je ne l’avais pas visitée », fait remarquer Danielle Ouimet.