Alexander Mood prend la pose devant des montages photographiques représentant le cerveau de son père, jumelé au paysage qui se déploie en face de sa résidence située à Stockholm.

Un Suédois expose à Chicoutimi

Pendant une semaine, l’artiste suédois Alexander Mood a séjourné au Saguenay afin de monter une exposition de photographies baptisée La forêt qui unit. Présentée jusqu’au 12 janvier, au Centre des arts et de la culture de Chicoutimi, elle réunit des oeuvres dont la nature fait ressortir les points de convergence qui existent entre sa patrie et le Québec.

L’un d’eux est justement la forêt, ainsi qu’il l’a souligné lors d’une entrevue accordée au Quotidien. «Ici comme chez nous, elle est immense et la plupart des gens ont développé un lien étroit qui se manifeste de toutes sortes de manières. Certains y voient une source de frayeur, alors que d’autres s’y rendent afin de réparer leur âme», énonce le représentant de la galerie ID: I, une institution basée à Stockholm.

Son séjour dans la région lui a permis de mesurer la place qu’occupe la forêt au Québec. Dans la même foulée, Alexander Mood a réalisé que notre rapport à l’espace ressemble à celui des Suédois, dont la population est relativement faible, au égard au nombre de kilomètres carrés qui leur est imparti. C’est aussi un territoire soumis aux rigueurs de l’hiver, aux journées courtes et souvent froides.

«Ici, j’ai retrouvé une lumière semblable à la nôtre», donne l’artiste en exemple. Il invoque également les rapports noués avec les membres du collectif AMV, Mathieu Valade, Julien Boily et Cindy Dumais, depuis leur première rencontre à Athènes en 2014. S’ils ont donné naissance à un échange avec le Saguenay, dont le deuxième volet amènera le trio à exposer à la galerie ID: I, c’est parce que ces gens nés aux antipodes se sont vite appréciés.

«C’est fabuleux, ce qui se passe autour de cette exposition. Depuis nos premiers échanges à Athènes, nous percevons les liens très forts qui unissent les régions nordiques. Nous avons aussi en commun le fait de vivre dans de grands pays pacifiques qui constituent des démocraties libérales», met en relief Alexander Mood.

Tout comme lui, Mathieu Valade se sent proche de la philosophie qui anime la galerie ID: I, dont les 23 membres assument la direction en collégialité. «La présente exposition est la conséquence directe des liens qui se sont développés entre nous. Nos modes de fonctionnement sont similaires et dans les deux cas, nous avons le souci de nous inscrire dans la durée», avance l’artiste saguenéen.

L’artiste suédoise Annelie Walin a réalisé ces photographies à son domicile. Elles représentent des plantes d’origine bactérienne qui illustrent les dégâts provoqués par les humains, obnubilés qu’ils sont par leur désir de dominer la nature.

Au nom du père

Fait à noter, plusieurs des oeuvres rassemblées au Centre des arts et de la culture ont été créées dans les derniers mois, avec l’idée qu’on les verrait à l’autre bout de la planète. Elles sont le fait de 14 artistes dont les préoccupations sont de tous ordres, parfois sociales ou historiques, parfois aussi personnelles.

Ainsi en est-il d’Alexander Mood, qui a soumis deux montages photographiques où sont superposés un paysage, ainsi qu’une image aux rayons X du cerveau de son défunt père. Les arbres qui étendent leurs branches à l’intérieur du cadre délimité par le crâne font penser aux ramifications du cerveau. «C’est une façon de ramener mon père à la vie. Aujourd’hui, j’ai fait la paix avec lui», laisse échapper le Suédois.

Longtemps, il en a voulu à cet homme qui a abandonné les siens pour se consacrer à la peinture. La rupture fut si brutale que le parcours artistique du fils a emprunté d’autres voies, notamment les arts graphiques, la photographie et la vidéo. 

Parmi ses sources d’inspiration, on remarque l’Institut d’études sur la race, dont les recherches aux relents sulfureux ont servi de prétexte au vol de crânes provenant des communautés amérindiennes du Canada.

Tout aussi engagée, sa consoeur Annelie Walin a photographié des plantes d’origine bactérienne qui se sont développées sur ses fenêtres. «Elle mène des recherches sur la façon dont nous dominons la nature, au lieu d’être soumis à ses règles. Nous la changeons et ça provoque des dégâts, comme le montre ce qui a poussé sur la vitre. C’est à la fois beau et inquiétant», estime Alexander Mood.

Plus près de l’entrée, Johanna Schartan présente une carrière de granit rose qui semble inoffensive, jusqu’au moment où on apprend qu’Hitler l’a exploitée en vue des projets de construction qui devaient couronner sa victoire sur les Alliés. Des pierres taillées reposent sur le sol, vestiges dérisoires du Reich de 1000 ans que le dictateur voyait dans ses rêves.