Avant même l’annonce officielle de la nomination de Marie Bégin en tant que membre du Quatuor Saguenay, la violoniste a participé à une séance d’enregistrement avec ses camarades David Ellis, Luc Beauchemin et Nathalie Camus, jeudi, à la Salle Jacques-Clément du Conservatoire de musique de Saguenay.

« Un son riche »

« Outre ses activités de soliste, Marie est une chambriste passionnée », est-il mentionné sur le site Internet de la violoniste Marie Bégin. Preuve que cette affirmation ne repose pas sur du vent, la musicienne originaire de Québec vient de grossir les rangs du Quatuor Saguenay. Elle remplace Laura Andriani, qui faisait partie de cette formation depuis 2003.

Sa nomination a été confirmée vendredi avant-midi, lors d’une rencontre de presse tenue au Conservatoire de musique de Saguenay. La veille, cependant, il était possible de l’entendre en compagnie de ses nouveaux partenaires, la violoniste Nathalie Camus, l’altiste Luc Beauchemin et le violoncelliste David Ellis. Réunis à la Salle Jacques-Clément, ils ont participé à l’enregistrement de trois pièces sous la direction du jazzman Gabriel Genest.

« Le choix a été effectué à la mi-décembre parmi quatre excellents musiciens. Marie possède un son riche, un peu russe. Il se rapproche de ce que nous recherchions », a fait valoir Nathalie Camus au cours d’une entrevue accordée au Progrès. 

La nouvelle venue héritera du poste de premier violon au sein du quatuor, lequel était assumé par Laura Andriani.

Fait à noter, elle sera aussi premier violon à l’Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, puisque Nathalie Camus a elle-même proposé de prendre la chaise du deuxième violon. « Je cède ma place et d’une certaine manière, c’est plus logique. Sur scène, désormais, nous serons positionnés dans le même ordre que lorsque nous jouons avec le Quatuor Saguenay », explique la musicienne.

Marie Bégin s’est produite une fois avec le quatuor, le 7 novembre, dans le cadre de la programmation de musique de chambre proposée par l’Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Elle avait participé à l’interprétation du Quintette à corde numéro 2 de Brahms aux côtés de l’altiste Isaac Chalk. Sa performance, lors des deux représentations données ce jour-là, n’était pas passée inaperçue.

« Je l’avais déjà entendue à l’occasion du Festival de musique du Royaume, où j’avais remarqué le son riche qu’elle produisait avec son violon. C’est moi qui ai proposé de l’inviter au concert du 7 novembre, après avoir appris que Marie était revenue d’Europe. C’est à cette occasion qu’elle a su que le poste de Laura était affiché », relate Nathalie Camus.

La violoniste faisait partie du groupe de 12 personnes ayant soumis leur candidature. Une présélection a réduit le nombre de candidats à quatre, ce qui a mené à la tenue de mini-concerts le midi. Au cours de ces auditions devant public, précédées de deux ou trois jours de répétition, le programme comportait des oeuvres choisies par les membres du quatuor, ainsi qu’une autre correspondant aux préférences de l’invité du moment.

« J’ai vraiment apprécié de travailler avec eux dans ce contexte, puisqu’il y a eu une connexion à la fois humaine et musicale. Or, je trouve ça important, les échanges d’idées. C’est de cette manière qu’on bâtit quelque chose », avance Marie Bégin, dont la nomination a été confirmée à la mi-décembre, à la suite d’une décision prise par David Ellis, Nathalie Camus et Luc Beauchemin.

Ses qualités artistiques ont été prises en considération, mais aussi d’autres facteurs, dont sa capacité de participer à des projets au sein de la communauté. « Nous sommes de plus en plus présents et dans cette perspective, l’expérience que Marie a acquise au Camp musical de Québec est importante », affirme Nathalie Camus. Quant à la première présence officielle de la violoniste en concert, en tant que membre du Quatuor Saguenay, elle aura lieu le 3 avril, à la Salle Jacques-Clément.

Le programme a pour titre Beethoven en visite et comprend le Septuor pour cordes et vent créé par ce compositeur. « On aura besoin d’un violon seulement, et c’est Marie qui jouera », précise Nathalie Camus. Pour voir le Quatuor Saguenay au complet, sur une même scène, il faudra donc attendre jusqu’au concert tenu le premier mai, toujours au même endroit. Des oeuvres de Schubert et Philip Glass seront alors interprétées.

Une vocation née à trois ans, confirmée à 14 ans

Fille de deux violonistes faisant partie de l’Orchestre symphonique de Québec, Marie Bégin n’a pas mis de temps avant de faire connaissance avec cet instrument. Dès l’âge de trois ans, elle a amorcé son apprentissage, mais le moment décisif est survenu à l’adolescence, en voyant jouer le musicien canadien Corey Cerevsek.

« Je l’ai entendu avec l’orchestre et j’ai eu un coup de foudre. À partir de ce moment, je me suis vraiment mise au violon. J’ai commencé à avoir le rêve d’en vivre », a relaté Marie Bégin à la faveur d’une entrevue accordée au Progrès. Après avoir complété sa maîtrise au Conservatoire de musique de Québec, elle a poursuivi sa formation auprès de maîtres de grande réputation.

« À Québec, j’ai fait une "master class " avec Maxim Vengerov, mon idole de jeunesse. J’ai eu de nouveau l’occasion de travailler avec lui à Gdansk, en Pologne, puis avec un homme qui a été son professeur et celui de plein d’autres stars du violon, Zakhar Bron. Je l’ai d’abord rencontré à l’Université Mozarteum de Salzbourg, avant de le revoir à Berne, à l’occasion d’un concours. Depuis deux ans, je fréquente son académie établie en Suisse », précise le nouveau membre du Quatuor Saguenay.

Elle continue de bénéficier des conseils du maître, son objectif étant de mener de front des carrières de soliste et de chambriste, tout en faisant de la musique d’orchestre. C’est dans cette optique que son arrivée au sein du quatuor tombe à pic. Faire partie d’une formation aussi réputée enrichira sa pratique, sans toutefois l’empêcher de travailler en solo. « J’ai fait beaucoup de musique de chambre avec mon collègue Samuel Blanchette-Gagnon, qui est originaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Nous avons souvent joué en duo, ainsi qu’avec d’autres personnes. Ce que j’apprécie dans un tel contexte, c’est de voir des gens s’unir pour faire de la bonne musique, pour présenter quelque chose de cohérent », confie Marie Bégin.

Quant à ses préférences, elles embrassent plusieurs époques et une large palette de goûts. « J’aime les derniers quatuors de Beethoven et dans mon esprit, rien ne bat ceux de Brahms. En même temps, j’apprécie le répertoire du 20e siècle, notamment les oeuvres de Ravel, de Bartok et de Chostakovitch », mentionne la jeune femme.