Jean-François Lapointe renoue avec plaisir avec l’Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, à la faveur de deux concerts intitulés Sortie à l’opéra. Le baryton originaire du Saguenay chantera aujourd’hui à 19h 30, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, puis dimanche à 14h, à la Salle Michel-Côté d’Alma.

Un retour dans ses terres pour Jean-François Lapointe

Après avoir assumé avec succès le rôle de Golaud à Strasbourg et Mulhouse, dans Pelléas et Mélisande, le baryton Jean-François Lapointe pose ses valises dans la région de tous ses commencements. En compagnie du Choeur symphonique et de l’Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, il participera au concert Sortie à l’opéra présenté aujourd’hui à 19 h 30, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, puis dimanche à 14 h, à la Salle Michel-Côté d’Alma.

Il s’agira de sa deuxième collaboration avec le chef Jean-Michel Malouf. La première fois, celui-ci n’occupait pas cette fonction. Il avait été invité à diriger des concerts à Ottawa et Montréal, lesquels avaient pour objet de souligner la fin de la Guerre de Corée. « Nous avions eu un coup de foudre artistique. Nous voulions travailler ensemble une nouvelle fois, mais c’était compliqué parce que Jean-Michel n’avait pas d’orchestre », a raconté le chanteur jeudi, lors d’une entrevue accordée au Progrès.

Après sa nomination à Chicoutimi, le maestro a relancé le projet. ll fallait juste que les agendas concordent pour monter un programme avec la complicité de son invité. Les Français Gounod, Massenet, Thomas, Bizet et Offenbach en feront partie par l’entremise de Faust, Thaïs, Hamlet, Carmen et Orphée aux enfers, clin d’oeil aux nombreuses opérettes interprétées par Jean-François Lapointe dans la région qui l’a vu naître. S’y ajoutera Verdi, le seul Italien, grâce à des airs de Nabucco et La Traviata.

« Ce sont tous des opéras que j’ai eu l’occasion de chanter, des personnages que j’incarne encore aujourd’hui. J’ai participé à une production de Hamlet récemment, à Marseille, et je reprendrai La Traviata en septembre, à l’Opéra Bastille de Paris. De revenir ici me rappelle plein de choses, comme ma première présence à l’âge de 17 ans, dans l’opérette La Grande-Duchesse de Géroldstein », confie le baryton.

Toujours en 1983, il avait chanté avec l’orchestre alors dirigé par Jacques Clément, notamment à l’Auditorium Dufour. « C’est un souvenir fort. Le fait d’avoir un orchestre derrière soi, c’est puissant, porteur. On sent le plancher qui vibre », décrit Jean-François Lapointe. Puisqu’un soliste, si puissant soit-il, ne pourra jamais enterrer une formation comprenant des dizaines de musiciens, il importe que le chef module ses efforts à la recherche d’une forme d’équilibre. C’est le rôle assumé par Jean-Michel Malouf.

Parmi les airs qu’affectionne le baryton, mentionnons Être ou ne pas être. Il l’interprétera en gardant en mémoire que l’opéra dont il est tiré lui a permis de bâtir sa réputation en Europe, en 1999, à la suite d’un contrat décroché à Copenhague. « C’est là que Hamlet s’interroge sur le sens de la vie. De son point de vue, elle est pleine de malheurs et il est tenté de rejoindre son père dans l’autre monde, relate Jean-François Lapointe. On ne peut donc pas aborder cette pièce en criant. Ça doit se faire dans la finesse. »

Il a été associé à cinq productions de Hamlet, toujours en Europe, mais c’est la première fois qu’on l’entendra chanter un extrait de cet opéra au Québec. C’est l’oeuvre qui figure au deuxième rang dans son panthéon personnel, la première étant Pelléas et Mélisande. Il a fait Pelléas dans 75 productions différentes et vient de camper son troisième Golaud, mais comme la création de Debussy ne se prête guère au contexte d’un concert, elle n’a pas été insérée dans le programme.

Il faut dire que le choix était abondant, eu égard aux 80 rôles interprétés par le Saguenéen depuis ses débuts sur la scène professionnelle, en 1982. Maintenant âgé de 53 ans, il se sent en pleine possession de ses capacités, tant au plan vocal qu’à titre de comédien, mais réalise que tout peut s’écrouler en moins de temps qu’il n’en faut pour dire Faust. Tant de collègues ont perdu leur voix, leur santé, avant d’arriver à cet âge.

C’est l’une des raisons qui le poussent à réduire le nombre de productions, l’autre étant les cours de chants donnés à l’Université Laval. Huit opéras en un an, ça n’arrivera plus. Cette année, il y en a eu deux. En 2019, ce sera quatre, ce qui lui semble un peu élevé. « Je veux ralentir. On ne peut pas toujours être parti quand on enseigne », fait-il remarquer.

L’autre virage qu’il faudra négocier, tôt ou tard, découlera de l’inévitable usure de ses capacités. Le moment n’est pas arrivé, mais dans sa tête, les balises sont bien établies. « Avant d’arrêter, je n’attendrai pas de ne plus être capable, ce qui ne tient pas à une question d’orgueil. J’agirai ainsi parce que j’ai trop de respect pour ce métier, pour le public et pour les oeuvres. Je trouve important d’être crédible, d’être compétent », énonce Jean-François Lapointe.