Denis Bouchard a écrit et joue le rôle principal de la pièce Le dernier sacrement, où un homme en fin de vie s’exprime sur différents sujets, dont la religion. Il précise que cette pièce de théâtre est une comédie, malgré le contexte dans lequel elle se déploie.

Un regard humoristique sur la mort

Un homme s’apprête à passer de vie à trépas. Confié aux soins palliatifs, qui l’aident à franchir cette ultime étape sans trop de douleur, cet ancien professeur de sciences politiques n’est pas un oiseau comme les autres. Aussi lucide qu’à ses meilleurs jours, il affronte son destin en affichant un mélange d’humour et de sérénité que Denis Bouchard, celui qui l’incarne sur scène et qui a écrit le texte de la pièce Le dernier sacrement, aimerait avoir lorsque sa dernière heure sera venue.

« C’est un bon vivant, un homme qui fait des jokes jusqu’à la fin de sa vie. Il n’est pas croyant, mais il doute et pendant ses derniers moments, on le voit échanger avec une infirmière qui, elle, est pratiquante. Et comme la fille de cette femme intervient également, ça donne trois points de vue sur la religion qui, même s’ils sont différents, cohabitent harmonieusement », a raconté l’homme de théâtre, au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Créée en 2017, la pièce Le dernier sacrement sera présentée le 31 octobre, à 20 h, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, de même que le lendemain à la même heure, à l’auditorium Fernand-Bilodeau de Roberval. Preuve que ce n’est pas une pièce comme les autres, il faudra arriver plus tôt, aux alentours de 19 h 30, pour assister à des sketches auxquels participeront deux figurants. « Il est question des soins palliatifs. Ça donne un ton comique à la soirée », souligne Denis Bouchard.

Ce qui l’étonne encore, deux ans après la création de cette production où il donne la réplique à Marylou Belugou et à Ayana O’Shun, c’est l’intérêt qu’elle suscite. Alors que les premières représentations ont été données au CHUM, à l’intérieur d’une salle qui ne pouvait accueillir que 60 personnes, la tournée amène les interprètes à jouer devant plus de 1000 spectateurs. On commence aussi à noircir des dates pour 2020.

« C’est plein presque partout, ce que je trouve incroyable, vu le contexte de départ, mentionne Denis Bouchard. Il faut dire que l’aide à mourir est dans l’air du temps et que toute une génération s’apprête à partir. Enfin, on commence à parler des gens en fin de vie et dans cette perspective, je me suis imposé comme mandat de nouer des collaborations avec les centres qui oeuvrent dans ce domaine. Certains achètent des billets et pour les aider, il m’arrive de laisser aller ma part liée aux droits d’auteur. »

Il y a aussi les rencontres, les témoignages, qui pèsent lourd dans le bilan. « L’autre jour, un homme en phase terminale m’a dit que la pièce l’avait apaisé. Moi-même, par contre, je n’ai jamais eu peur de mourir. C’est parce que je ne pensais pas vivre plus de 30 ans, puisque mes héros étaient morts avant. La seule chose que je trouverai insupportable, ce sera de ne pas voir un bout de la vie de mon fils », confie le comédien.

Quant à son point de vue sur les religions, il ressemble à celui de son personnage. On devine que la question le taraude depuis longtemps, en effet, une réflexion nourrie par des lectures et quelques statistiques. « Le Québec compte 1634 religions reconnues. Or, ça prend juste un fidèle pour en fonder une et moi qui suis non croyant. Je paie pour ces exonérations d’impôt. C’est une pratique qui remonte au temps de Duplessis, quand les communautés géraient les écoles et les hôpitaux », énonce Denis Bouchard.

Il aime relever de telles incongruités, tout en le faisant calmement, dans le respect des convictions de tout un chacun. Dans le même esprit, la magnificence de la basilique Saint-Pierre lui inspire quelques saillies sur fond d’absurdité, tout comme le boom religieux que connaît Montréal ces temps-ci. Mais toujours, on revient à la mort, cet immense mystère qui échappe à toute analyse, aux conclusions définitives. La mort et toute la vie qu’elle recèle, ainsi qu’en témoigne Le dernier sacrement.