Deux ans après la fête qui lui a donné naissance, Les décalages contraires a fait son entrée en librairie. Son auteure, Mylène Bouchard, est à la fois étonnée et ravie d’avoir été inspirée de manière aussi imprévue, à l’occasion d’un séjour à Genève.

Un recueil de poèmes né à Genève, un soir de fête, pour Mylène Bouchard

Ce qui se passe à Genève ne reste pas toujours à Genève. Ainsi en est-il de la fête à laquelle a participé l’écrivaine Mylène Bouchard en 2017, en compagnie de quelques collègues. On y avait célébré les 70 ans de Joséphine Bacon et quelque chose dans l’air a touché l’esprit de la Saguenéenne. Un titre est apparu spontanément, Les décalages contraires. Puis, la forme qu’allait prendre l’ouvrage publié récemment chez Mémoire d’encrier.

« Des images fulgurantes me sont venues et la forme s’est imposée d’elle-même. Je me suis laissé la liberté d’écrire de façon poétique et j’ai voulu faire ça court. C’est arrivé comme une suite de petits tableaux et je me suis prise au jeu, ce qui me fait dire que ce livre, c’est comme un cadeau », a-t-elle raconté il y a quelques jours, lors d’une entrevue accordée au Progrès.

Après le roman et l’essai, la voici qui aborde une forme d’écriture différente et vu les circonstances dans lesquelles a jailli l’étincelle, un thème s’est imposé. « J’ai joué sur la notion des décalages. Je me suis aussi amusée avec la distance, ainsi que les figures du vide et du plein. C’est un livre sur l’ivresse de la vie qui mène à des dérapages. Sur la présence réelle des gens, en même temps que sur leur absence », fait observer Mylène Bouchard.

Au lendemain de la fête, elle s’est dirigée vers la Savoie, histoire de retrouver un village découvert il y a plusieurs années. Le moment était bien choisi pour donner du corps à l’impulsion initiale. Quelques jours entre parenthèses. Une relative solitude. Un projet qui n’existait qu’à l’intérieur de sa tête et de son coeur. L’occasion était si belle que la fatigue qui aurait pu freiner son élan s’est évaporée.

« Je suis inspirée par les voyages. Puisque j’en fais souvent au nom de La Peuplade, je me place en position de cueillir des choses. Dans ce contexte, on est plus sensible », affirme celle qui est éditrice, parallèlement à son métier d’écrivaine. C’est après avoir effectué le travail d’écriture, justement, que le plaisir que lui procure la mise en forme d’un livre s’est installé à l’avant-plan. Il fallait déterminer quelle serait l’architecture de cette oeuvre improbable, ce qui tombe dans ses cordes.

« J’ai une facilité pour faire bouger les choses. Ça fait partie de la fonction d’éditrice et dans ce cas-ci, j’ai créé six parties qui forment des suites poétiques, qui obéissent à leur propre logique. Et comme j’apprécie l’équipe de Mémoire d’encrier, notamment la place qu’elle accorde aux voix d’ailleurs, je lui ai confié ce livre qui, de surcroît, a vu le jour à la suite d’une fête qu’elle avait organisée. C’est bien d’aller voir ailleurs », avance Mylène Bouchard.

Bien sûr, elle sait que la poésie reste un genre mal aimé, tout en constatant un regain d’intérêt chez les jeunes. « Je fais confiance à mon lectorat. Je me dis qu’il sera curieux et je suis contente d’avoir suivi le conseil que m’a donné mon éditeur, Rodney Saint-Éloi. Il voulait que je garde ce que j’avais écrit le plus intact possible, d’éviter d’intellectualiser ce que j’avais fait. C’est pourquoi mon livre n’est ni codé ni hermétique », se réjouit l’auteure des Décalages contraires.