Laurance Ouellet Tremblay a fait une infidélité à la poésie en produisant un récit intitulé Henri de ses décors. Ce livre publié aux éditions La Peuplade ouvre un triptyque qui mobilisera l’auteure dans les prochaines années.

Un récit pour entendre la voix d’Henri

Comment naît un personnage comme celui qui se trouve au coeur du nouveau livre de Laurance Ouellet Tremblay, Henri de ses décors? Cet homme singulier, ayant pour vocation de créer des décors de théâtre avec du papier journal, a vu le jour à la suite d’un accouchement long, difficile et ultimement gratifiant, répond l’auteure de ce récit publié aux éditions La Peuplade.

Avant même d’imaginer la trame de sa vie, celle qui, jusqu’alors, était connue en tant que poète, a souhaité entendre une voix. «J’ai voulu développer une voix autre, celle d’un personnage fictif, un homme terrifié par le regard des gens. Ce n’est pas venu spontanément, toutefois. J’ai beaucoup travaillé sur le texte. J’ai coupé des mots pour trouver son ton à lui, ce qui a été long. J’ai écrit chaque page 20 fois», a-t-elle raconté au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Ce projet amorcé il y a six ans est donc parti d’une poignée de mots à partir desquels un homme a pris forme. Relatée au je, son histoire est celle d’un anxieux, un type qui se sait marginal, en même temps que revêche, ce qui ne l’empêche pas d’évoluer dans un milieu - celui du théâtre - où le collectif l’emporte sur l’individu. Un rien peut le faire basculer dans l’abîme, ainsi que le démontre son comportement à la suite d’une simple remarque émanant d’une comédienne, Catherine, qu’il affectionne.

«Henri est un être de contradictions. Il veut l’attention de l’autre et la refuse. Il est paranoïaque, tout en souhaitant prouver sa valeur. Sa manière d’être reflète la nature humaine, mais j’en ai fait un personnage éthéré, sans visage. Mon objectif consistait à faire entendre la singularité d’une voix», énonce Laurance Ouellet Tremblay.

Les chapitres, qui tiennent fréquemment sur une page, décrivent les péripéties qui ont balisé l’existence du personnage. Ses débuts au théâtre, de même que la fois où, pour faire différent, le directeur tout puissant a eu recours à un autre scénographe, figurent en bonne place dans cette quête improbable d’un reste de bonheur. «On se fait des projections mentales qui sont souvent décevantes», philosophe l’auteure originaire du Saguenay, qui dit avoir abordé le récit en poète.

Cette expérience ne lui a pas enlevé le goût de faire de la poésie. Dans le futur immédiat, cependant, son attention sera tournée vers la rédaction de deux autres livres s’inscrivant dans la foulée de celui consacré à Henri. Elle parle d’un triptyque, en effet, et le prochain ouvrage devrait être centré sur le personnage de Catherine évoqué plus haut.

Cette femme est proche de Henri, mais il se pourrait que celui-ci n’apparaisse pas dans le récit, qui ne sera pas la suite du premier. «Je veux explorer ce personnage. On sait qu’elle boit, mais il y a toujours des raisons pour lesquelles les gens le font, certains pour l’exaltation, d’autres pour sortir de soi. Ma poésie a témoigné de mon expérience du monde et là, avec Henri et Catherine, je peux élargir mon regard», constate Laurance Ouellet Tremblay.