Francis Bouchard, originaire de Saguenay et qui réside maintenant à Montréal, a participé au projet de Simon Émond.

Un projet photo hors norme

Après avoir mis en valeur les beautés singulières grâce à sa lentille, le photographe Simon Émond s’attaque à un autre aspect qui correspond moins à la conformité attendue dans notre société, soit les orientations sexuelles minoritaires.

Le projet artistique, qui n’a pas encore de titre, vise à démystifier l’orientation sexuelle non-standard en région. 

« Je côtoie beaucoup ce milieu. Je me rendais compte que lorsqu’on parlait de coming out, il y avait souvent une déception. Les homosexuels banalisaient ce qu’ils vivaient. J’ai eu l’envie de créer un modèle pour tous ceux qui ne sont pas encore sortis du placard », explique l’homme qui ne cache pas être homosexuel. 

Le photographe autodidacte se considère chanceux. « Dans mon travail, qui est dans le milieu des communications, l’ouverture d’esprit est plus présente. Je peux choisir mes clients et avec qui je travaille. Au plan familial, je n’ai jamais eu à faire de coming out. Je présentais mes amoureux à mes parents, sans devoir expliquer que j’aimais les garçons », ajoute-t-il.

Le projet artistique comprend un essai photographique et le résumé des différentes rencontres réalisées avec ces personnes dont l’orientation sexuelle diffère de la majorité. Jusqu’à maintenant, Simon Émond a discuté avec une vingtaine de personnes, dont une qui se définit comme demisexuelle. 

« Une personne que je connais bien m’a contacté. Elle m’a annoncé être lesbienne et qu’elle voulait en parler. À 57 ans, elle est maintenant prête à vivre une relation avec une femme. Toute sa vie, elle l’aura renié », raconte l’artiste.

La plume de Michel Lemelin s’ajoute à ce projet. L’un des gagnants du dernier Prix littéraire Damase-Potvin met de l’ordre dans les témoignages récoltés. Les confidences sont nombreuses et pas toujours faciles à gérer pour l’artiste, « ce qui m’affecte, c’est que ces gens ont accepté d’être rabaissés pour pouvoir mieux vivre ».

Le photographe de Métabetchouan-Lac-à-la-Croix compte distribuer le fruit de son travail sous forme de journal dans des lieux publics tels que les écoles, bibliothèques, CLSC et cafés. Il a mis en place une campagne de sociofinancement afin d’être en mesure de le faire gratuitement. Jusqu’à présent, 1375 $ ont été amassés grâce à la campagne en cours sur la plateforme Indigogo. Des pourparlers sont en cours avec une commission scolaire afin de présenter le projet qui devrait être dévoilé en septembre dans les écoles. 

Le travail de Simon Émond et de Michel Lemelin devait être lancé mardi dans le cadre de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie. Toutefois, le potentiel de rencontres est encore énorme. Simon Émond poursuit les discussions. Des visites sont, entre autres, prévues en Gaspésie et à Chapais.

Témoignage de Francis Bouchard, sous la plume de Michel Lemelin

« Tsé là, comme dans le film The Devil Wears Prada quand, un moment donné là là, le gars là qui a pas de cheveux y dit à fille – « c’est pas juste un magazine pour quelqu’un qui est dans le fin fond d’une p’tite ville pis qui rêve de t’ça » pis qui dit que là y vit ça pis… Man ! Qu’est-ce que tu penses que je fais ? Chu en train de vivre la vie que j’ai toujours rêvé de vivre quand j’étais dans le fin fond de mon sous-sol sur la Côte de Réserve pis que j’dansais, pis que j’espérais donc, je dansais sur la pointe des pieds, pis je rêvais d’avoir une belle paire de Louboutin pis là, j’ai une collection de paires de talons hauts ! Man ! Comment tu penses que je me sens, tsé, aujourd’hui ? Je suis comme, je me sens Fierce, man ! Chu comme genre Yassssss, tsé… Fait que je suis comme : j’ai réussi tsé ! Mais en même temps je pense aux autres pis j’me dis qui faut un peu aussi, qui faut se botter un peu les fesses ! J’comprends qu’il y a de l’homophobie pis j’comprends que y a des choses qui se passent, mais faut être plus fort que eux parce que eux sont, sont, sont ignorants, pis faut être encore plus empathique envers eux qui sont ignorants, parce que c’est eux, ils savent pas, ils savent pas, pis c’est pas nécessairement de leur faute non plus parce qu’eux autres aussi y viennent p’t’être d’un milieu que personne leur a ouvert l’esprit pis que leur famille eux-autres, c’est leurs parents qui eux autres étaient comme ça, pis leurs parents étaient comme ça avec leurs parents, c’est de génération en génération, tsé, pis faut être encore plus fort que tous ce monde là. »