«Cette artiste possède un rythme incroyable», affirme le pianiste Dominic Boulianne en parlant de la soprano Caroline Bleau. Dans le spectacle Libertango, c’est elle qui chante les textes d’Horacio Ferrer mis en musique par Astor Piazzolla.
«Cette artiste possède un rythme incroyable», affirme le pianiste Dominic Boulianne en parlant de la soprano Caroline Bleau. Dans le spectacle Libertango, c’est elle qui chante les textes d’Horacio Ferrer mis en musique par Astor Piazzolla.

Un petit miracle pour célébrer Astor Piazzolla

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
La dernière fois que les artisans du spectacle Libertango l’ont présenté devant public remonte à novembre. Presque le temps d’une grossesse. Dans l’intervalle, il y a eu vous savez quoi, ce qui a donné lieu à des annulations et, dans la moins pire des éventualités, à des reports. C’est ce qui confère aux rendez-vous qui se dérouleront du 5 au 9 août, dans cinq municipalités du Saguenay–Lac-Saint-Jean, un caractère d’exception.

Ce sont des ajouts, en effet. Ils tiennent à la volonté de la Société d’art lyrique du Royaume d’enrichir l’offre culturelle, une ambition concrétisée grâce à l’aide financière émanant du Conseil des arts et des lettres du Québec. Elle permettra à Dominic Boulianne (piano), à Dominic Painchaud (violoncelle) et à la soprano Caroline Bleau de célébrer avec un peu d’avance le 100e anniversaire du compositeur Astor Piazzolla, né en 1921.

« C’est un petit miracle. Nous sommes contents, parce que ça fait longtemps que nous avons présenté Libertango. Ce spectacle a beaucoup roulé dans les derniers mois de 2019. Nous avions des concerts jusqu’à l’an prochain, mais là, c’est un vrai bordel. C’est d’autant plus difficile pour nous que dans bien des salles, on reprogramme les artistes plus connus », a expliqué Dominic Boulianne au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Créé en 2018, Libertango met en lumière les oeuvres chantées de l’Argentin. Après Nathalie Choquette, première à assumer ce mandat, c’est la soprano Caroline Bleau qui pose sa voix sur ces compositions où fleure la poésie d’Horacio Ferrer. Elle le fait avec aplomb depuis sa toute première séance avec les deux Dominic, il y a un an. Ce sont eux qui ont fondé le collectif OPUS D2, à l’origine de cette production.

« Ç’a fonctionné tout de suite avec Caroline. Elle a l’oreille absolue, ce qui l’aide à aller chercher la bonne note. En plus, cette artiste possède un rythme incroyable, ce qui n’est pas le cas de tous les chanteurs d’opéra. Après avoir interprété deux pièces avec nous, il est devenu évident que c’était la personne dont nous avions besoin. Elle a ça dans le sang », fait observer Dominic Boulianne.

La soprano l’a également impressionné au début de 2020, quand elle a campé trois rôles exigeants lors des représentations de l’opéra Les contes d’Hoffmann données au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. Lui qui est directeur artistique de la Société d’art lyrique du Royaume, l’organisme qui présentait ce spectacle, ne croyait pas qu’elle pourrait porter cette charge trois fois en quatre soirs sans que sa voix ne défaille. Elle l’a brillamment détrompé.

Pour revenir à Libertango, le public aura droit à une version condensée, puisqu’elle a été ramenée à une heure. Les spectacles seront accessibles gratuitement et un maximum de 250 personnes pourront y assister, un plafond justifié par les mesures sanitaires. La série débutera le 4 août, à 18 h 30, à la Place du Citoyen de Chicoutimi. Le trio est ensuite attendu à Roberval, plus précisément sur le boulevard Saint-Joseph, où il se pointera le 5 août, à 18 h. Le lendemain, on laissera la soprano reposer sa voix, afin qu’elle soit d’attaque pour le sprint final. L’action reprendra le 7 août, à L’Anse-Saint-Jean – l’heure et le lieu restent à déterminer. Puis, les airs de Piazzolla migreront au parc Mars de Bagotville (8 août), de même qu’au parc Ball de Kénogami (9 août). Dans les deux cas, les amateurs de tango sont conviés à 13 h.

« Même s’il pleut, on joue pareil », assure Dominic Boulianne.

Dominic Boulianne, Caroline Bleau et Dominic Painchaud ont hâte de présenter le spectacle Libertango au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Ils se produiront dans cinq municipalités, entre le 5 et le 9 août.

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FACILE À ÉCOUTER, PA SIMPLE À JOUER

Ce qui est remarquable avec les oeuvres d’Astor Piazzolla, c’est le contraste entre les défis posés au compositeur, puis aux interprètes, et le plaisir que ressent l’auditeur. Juste pour qu’elles naissent, il a fallu que l’Argentin résiste aux commentaires assassins formulés à son endroit, ainsi que le raconte Dominic Boulianne.

« Piazzolla a étudié à Paris avec Nadia Boulanger, qui encourageait ses élèves à intégrer d’autres musiques dans leurs compositions de facture classique. Il a suivi ce conseil, mais le retour au pays a été dur parce qu’il faisait éclater la tradition du tango. On l’a menacé de mort, ce qui l’a poussé à déménager à New York », mentionne l’artisan du spectacle Libertango.

Astor Piazzolla est quand même devenu une figure légendaire, y compris en Argentine, et sa musique est jouée partout sur la planète. C’est ce qu’illustrent les deux premières productions du collectif OPUS D2, soit Astoria, qui s’appuie sur un duo piano-violoncelle (Dominic Boulianne et Dominic Painchaud), de même que Libertango, dont la distribution est complétée par la soprano Caroline Bleau.

Or, chacun de ces spectacles a nécessité de longs préparatifs, avant même le début des répétitions. Juste pour concevoir les arrangements de Libertango, par exemple, Dominic Boulianne a eu besoin de 18 mois, ce qui ne fut pas un luxe. « Quand Piazzolla donnait des concerts, c’était à cinq musiciens. Nous, on est deux, comme on tenait à garder le côté virtuose. Ça fait beaucoup de choses à jouer », décrit-il.

L’interprétation, justement, requiert une attention de tous les instants. « Le plus difficile, c’est au niveau de la rythmique. Vu que les pièces renferment des éléments de musique moderne, il y a des trucs surprenants », indique le pianiste originaire du Saguenay.

Loin d’être découragé, le trio planche sur un opéra de Piazzolla, Maria de Buenos Aires. La première canadienne de cette oeuvre créée en 1968 aura lieu le 14 février, au Centre culturel Desjardins de Joliette. Cette version concert nécessitera la participation d’un orchestre de chambre et d’un joueur de bandonéon, ainsi que d’un narrateur, une fonction qu’assumera le comédien Manuel Tadros.