Homme profondément enraciné dans la terre bagotvilloise, Roméo Boivin est heureux d'assister à la renaissance de la maison d'Agésilas Lepage. Elle éveille plein de souvenirs en lui, dont celui des promenades qu'effectuait l'homme d'affaires sur la rue Victoria, au soir de sa vie.

Un pan de l'histoire de Bagotville reprend vie

Quand Roméo Boivin voit un chantier comme celui de la maison Agésilas Lepage, ce ne sont pas des fenêtres et des planches qui occupent ses pensées. Ce qui remonte à la surface chez cet amateur d'histoire, grand collectionneur d'antiquités devant l'Éternel, c'est le passé de son cher Bagotville tel qu'incarné par l'homme d'affaires disparu en 1954, à l'âge canonique de 96 ans.
Voici la «Maison Blanche» de Bagotville, telle qu'elle apparaissait dans les années 1920.
Voici la «Maison Blanche» de Bagotville, telle qu'elle apparaissait dans les années 1920.
«Quand j'étais "flo", je le voyais prendre sa marche dans le quartier. Il portait une grande barbe et était vêtu comme Dubuc. C'est un type qui avait de la prestance, l'un des principaux hommes d'affaires de Bagotville. J'aurais pu aller lui parler, mais je n'ai jamais osé le faire», a raconté le Baieriverain mardi, lors d'une entrevue accordée au Quotidien.
Fidèle à ses souvenirs, il a déniché une facture du Marchand général Agésilas Lepage, signée de la main même du propriétaire. La transaction conclue le 13 octobre 1906 avec Ernest Gravel totalisait $ 112,64, une somme importante pour l'époque. Un autre document, une carte montrant la maison Lepage dans les années 1920, offre un aperçu de ce que produiront les travaux menés depuis quelques mois, par Sciage de béton Saguenay, qui a acheté le terrain et le bâtiment à la Ville de Saguenay.
C'est un chantier majeur, dont le coût a été évalué à 870 000 $ par la firme Luc Fortin architectes. Après avoir craint qu'on ne démolisse ce bâtiment patrimonial, Roméo Boivin se félicite d'avoir contacté le conseiller municipal Luc Boivin afin de le sensibiliser à ce dossier. «Ma peur, c'était qu'on rase la maison pour faire un stationnement. Je remercie donc Luc d'avoir travaillé pour la conserver», mentionne-t-il.
La maison aurait été construite en 1886 et ce qu'on remarque en comparant son look actuel aux vieilles photographies, c'est du fait qu'elle a été rehaussée. Néanmoins, Roméo Boivin a confiance que la cure de jeunesse imposée par la Ville rendra justice à cette belle d'autrefois. «Ils lui donnent le meilleur cachet possible», croit-il.
Cet effort collectif est à la hauteur des réalisations d'Agésilas Lepage dont l'un des amis, l'auteur Damase Potvin, s'est fait l'écho dans le livre Histoire de la baie des HaHas, publié en 1957. Il a opéré son magasin général, en plus de promouvoir la construction d'une centrale hydroélectrique sur la rivière Ha! Ha!. C'est aussi à lui qu'on doit le quai de Bagotville et, pour une bonne part, le tronçon Chicoutimi-La Baie de la ligne de chemin de fer Roberval-Saguenay.
Damase Potvin souligne également que la résidence de l'homme d'affaires était connue sous le nom de la Maison Blanche. Prenant la balle au bond, à 60 ans de distance, Roméo Boivin demande que sur la plaque qui sera posée devant le bâtiment, à la conclusion du chantier, on privilégie cette appellation héritée du parler populaire.
Lui qui vit tout près, sur la rue Albert, aura alors le sentiment d'avoir fait sa petite part afin de perpétuer la mémoire d'un grand Baieriverain. Il aura sans doute un élan de fierté à chaque fois que son regard se posera sur l'un des objets les plus chers à ses yeux, une lampe à l'huile qu'on retrouvait dans les salons des familles opulentes. «Agésilas Lepage l'avait donnée à mon grand-père en 1902. C'était son cadeau de noces», confie-t-il.