Très en verve, Harry Manx a fait passer de beaux moments à ses fans, vendredi soir, à l’occasion du Festival jazz et blues de Saguenay.

Un moment d’intense complicité avec Harry Manx

Chanteur enjoué. Public festif, genre 5 à 7 prolongé. Des musiques familières au parfum indien et, pour piquer la curiosité, un quatuor à cordes. Tous les ingrédients étaient réunis, vendredi soir, pour faire du spectacle de Harry Manx une source de plaisir suffisamment grande pour effacer le souvenir de ce printemps qui annonce tout, sauf l’été.

Dès son arrivée sur la scène du Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, flanqué de l’excellent Steve Marriner, le public a affiché d’excellentes dispositions. Des cris fusaient du parterre rempli aux trois quarts, et ce, avant même que la guitare posée sur les genoux de grand barbu ne laisse échapper ses premières notes chargées d’écho. Le temps de reconnaître l’air de Tijuana, de savourer un solo tout en retenue de l’harmoniciste, et la cause était entendue. Ce serait une belle sortie.

Invité par le Festival jazz et blues de Saguenay, de même que Diffusion Saguenay, Harry Manx savait que ses camarades du Quatuor Esca étaient attendues. Il les a donc accueillies dès la deuxième pièce où, malheureusement, elles sont restées perdues dans le «mix». Les deux gars les ont enterrées, mais ce n’était que partie remise, ainsi que l’a démontré le titre suivant, Working on a Railroad. Leurs instruments se sont bien mariés à la voix rocailleuse du vétéran.

Ce fut encore mieux sur Sometimes, une ballade où le frémissement des cordes, qui avait quelque chose d’oriental, a conféré un surcroît d’élégance à la finale traînante. Très en verve, un brin facétieux, Harry Manx a ensuite amusé l’assistance en posant une couple de questions: «Vous avez un «summertime»? Quel jour? C’est joli, ici, mais un peu froid.» Les gens ont ri parce que c’était drôle et, sans doute, parce qu’ils avaient hâte de goûter à l’autre Summertime, celui de Gershwin, rehaussé d’un soupçon de cari.

Cette fois, le quatuor a ajouté de la rondeur aux arrangements, en plus de conclure avec panache. Tout aussi appréciée fut la dernière pièce avant la pause, Baby Please Don’t Go, que chacun connaissait. Steve Marriner a alterné entre l’harmonica et la guitare électrique pendant que son camarade, très animé, amenait ce train à la gare à la vitesse grand V. La foule était chauffée à blanc. Dommage que les lumières se soient rallumées.

Le spectacle de Harry Manx a été rehaussé par la présence du Quatuor Esca (photo), ainsi que de l’harmoniciste Steve Marriner.

La musique a vite repris ses droits, cependant, et d’une manière étonnante. Ça s’est passé pendant l’interprétation de Coat of Mail, une chanson triste offerte à cinq, Steve Marriner ayant retraité dans les coulisses. Les cordes étaient beatlesques, mélancoliques comme dans un air de John Ireland, ce qui a produit un effet quasi hypnotique à la faveur d’un long passage instrumental. Des cris d’appréciation se sont élevés, même s’il n’y avait pas matière à taper du pied.

La même magie s’est exercée sur Crazy Love, l’immortelle de Van Morrison. À la douceur des cordes répondait la Mohan Veena de Harry Manx, cet instrument fabriqué en Inde, dont les 20 cordes reproduisent les sons du sitar et de la guitare. Un simple mouvement suffit pour libérer un nuage de notes chargées de résonnance. L’ensemble était envoûtant, enveloppant.

Puisque dans le mot festival, il y a festif, le fait saillant des rappels fut Can’t Be Satisfied, que Harry Manx a exécuté en duo avec Steve Marriner. Harmonica. Guitare nerveuse. Des cris de plus en plus forts. Un peu plus tôt, une spectatrice avait lancé: «On t’aime, Harry!» L’homme avait attendu quelques secondes avant de répondre: «C’est ma femme», puis il a donné la vraie réponse avec ce blues de Muddy Waters mené au pas de charge, irrésistible. L’été avant l’été, en quelque sorte.

Pendant que Harry Manx se produisait au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, vendredi soir, le trompettiste Wallace Roney faisait ses débuts au Festival jazz et blues de Saguenay. Il était l’un des invités de marque de la 24e édition, qui prendra fin samedi soir.