Dans le documentaire La magie de Daniel T., on voit à quel point l’artiste Daniel T. Tremblay aime peindre sur toutes sortes de surfaces, un compris un pot de fleurs.

Un joyau méconnu: La magie de Daniel T.

L’un des plus beaux films tournés en 2019 est un long métrage documentaire intitulé La magie de Daniel T.. Il n’a été projeté qu’une fois, le 4 octobre, alors que 200 personnes l’ont vu à la Salle François-Brassard de Jonquière. Ce portrait du peintre chicoutimien Daniel T. Tremblay, réalisé par Nicolas de la Sablonnière, alias Delasablo, mériterait toutefois une plus large diffusion. C’est ce qu’on lui souhaite pour 2020.

Pendant deux ans, le cinéaste a filmé des scènes de la vie de Daniel T. Tremblay afin de montrer pourquoi il continue de se vouer à son art, envers et contre tout. Ni les ennuis de santé qui l’ont amené en cour au début du millénaire, ni ses revenus plus que modestes, n’ont eu raison de sa volonté. L’homme persiste et le plus remarquable, peut-être, tient à la manière dont il compose avec la réalité qui est la sienne.

« Je suis bipolaire et je me soigne. Depuis 2003, je suis réglé. J’ai pas fait de folies et pas fait de dépression », confie-t-il lors du passage le plus délicat du documentaire. Pour illustrer comment l’artiste a trouvé un nouveau point d’équilibre, un drone le montre au cours de séances de yoga et de tai-chi. Et lui-même présente l’une de ses oeuvres les plus touchantes, son Autoportrait aux pilules. Appelée à témoigner, celle qui fut sa conjointe brosse le portrait d’un artiste qui était obsédé par son travail. « Ça a été son coup de grâce », exprime-t-elle avec douceur, en parlant des trois journées où il a planché sur un tableau destiné à un rassemblement de jeunes catholiques tenu à Toronto. « J’ai dérapé ben raide », confirme le principal intéressé. Il a alors posé un geste violent qui l’a conduit en prison, puis en institution.

De très belles images, dont celle-ci, montrant de quelle manière Daniel T. Tremblay travaille sur ses tableaux, ponctuent le film La magie de Daniel T.. Le réalisateur Nicolas de la Sablonnière a brossé un portrait d’une grande justesse, qui fait ressortir l’humanité du personnage.

La reconstruction a duré quatre ans, couronnée par un nouveau chapitre symbolisé par son appartement de la rue Price. Après avoir relaté avec sensibilité l’épreuve vécue par Daniel T. Tremblay, sans toutefois édulcorer les faits, Nicolas de la Sablonnière aborde ce lieu comme s’il s’agissait d’un personnage. Il y a le logis lui-même, truffé de toiles et d’objets de toutes sortes, porteurs de l’imaginaire du peintre, de même que l’atelier construit dans la cour arrière, éminemment photogénique.

Plusieurs fois, on voit l’artiste y manipuler ses canettes de peinture en aérosol, son médium de prédilection. Il suffit d’une légère pression pour que la couleur se pose sur la surface exploitée ce jour-là, balisée par une grille provenant de son impressionnante collection. Se prêtant au jeu, Daniel T. Tremblay ouvre une fenêtre sur son processus créatif. Le voici qui examine une oeuvre inachevée, l’air perplexe : « Des fois, il y a tellement de possibles ».

On le voit également se diriger vers l’Atelier de récupération Saint-Joseph, à la recherche d’objets sur lesquels se déploiera sa créativité. Des cadres. Des chaises. Des pots de fleurs en plastique. Des tables rondes. Ils servent de supports à son art du pauvre, qu’on ne saurait confondre avec un pauvre art. Chaque déplacement offre au cinéaste l’occasion de montrer le bas de la ville sous un jour différent, plus humain et souvent séduisant. Elles sont rares, les fois où Chicoutimi aura été aussi belle.

Très productif, rarement en panne d’inspiration, Daniel T. Tremblay ne sait plus où mettre ses oeuvres, dont plusieurs sont entreposées dans un sous-sol aux airs de catacombes. Qu’adviendra-t-il de ces 400 tableaux, le jour où il ne sera plus là ? « C’est pas moi qui vais avoir le problème. Moi, je les fais. Le trip, c’est de les faire », répond l’artiste âgé de 63 ans.

La postérité, justement, est évoquée par ses proches, parmi lesquels on retrouve quelques artistes. Ceux-ci chérissent son travail et l’enveloppent de leur affection, ce qui est aussi le cas de Nicolas de la Sablonnière. Le soin avec lequel il a tourné La magie de Daniel T., en dépit de moyens aussi réduits que ceux de son collègue et ami, témoigne de son talent, jumelé à une rare qualité d’engagement. Son film démontre, si besoin était, que les plus jolies fleurs poussent dans la marge.