Sara Létourneau, Martin Giguère, Bruno Paradis, Josée Gagnon, Monique Gauvin et Christian Ouellet font partie de la distribution.

Un homme bon confronté au mal

Drôle d’animal que la nouvelle production du Théâtre La Rubrique, Moule Robert ou l’Éducation comique. Même le metteur en scène, Christian Fortin, n’a pas compris à quoi rimait ce texte de Martin Bellemare lorsqu’il l’a lu pour la première fois. Pourquoi y avait-il toutes ces phrases décrivant les gestes et les pensées du personnage central, un homme tranquille plongé subitement dans une situation impossible ?

Il a vite compris, cependant, que ces mots devaient être prononcés par les comédiens qui entoureront Bruno Paradis, chargé de camper l’infortuné éducateur œuvrant dans une école primaire. Formant une sorte de chœur, jouant aussi d’autres personnages, ils rythment la narration en faisant écho à la confrontation qui se trouve au cœur de cette histoire qu’on pourra découvrir le 4 octobre à 19 h 30, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière.

Le point de départ remonte au moment où Robert Moule (c’est son vrai nom, plutôt que Moule Robert) serre le bras de Justine, une fillette âgée de 13 ans. Son père étant un homme puissant, devenu riche à force de vendre des spectacles d’humour (oui, l’auteur a pensé à la même personne que vous lorsqu’il l’a imaginé), elle se sent investie d’un pouvoir suffisant pour obtenir une condamnation qui tiendra lieu de vengeance.

« Robert perd ses illusions en se retrouvant au cœur du Procès de Kafka. C’est un homme bon qui ne dispose d’aucune arme pour se défendre face à des gens qui ont une morale élastique. On se demande ce qu’on ferait à sa place et quand différentes personnes apparaissent pour lui offrir des solutions, ça nous met dans un drôle d’état », raconte Christian Fortin.

Pour comprendre ce sentiment, il faut savoir que Napoléon, Pablo Escobar et la papesse des libertariens, l’auteure Ayn Rand, défilent sur la scène afin de prodiguer leurs perles de sagesse. « Napoléon, qui est incarné par Martin Giguère, lui dit de se battre s’il a le goût de la conquête. Pablo Escobar explique que lorsqu’un individu lui fait du trouble, soit il le fait tuer, soit il lui donne de l’argent », précise le metteur en scène.

Il présente la pièce comme une réflexion sur les valeurs, du théâtre d’idées à l’intérieur duquel ont été intégrés des moments très drôles. C’est une approche que peu de dramaturges québécois préconisent, mais qui caractérise le travail de Martin Bellemare, dont La Rubrique a créé une œuvre portant sur le suicide assisté, La liberté, il y a quelques années.

C’est Christian Fortin qui avait mis en scène La liberté et lui-même reconnaît, avec le recul, que l’écriture n’était pas aussi maîtrisée que celle de Moule Robert ou l’Éducation comique. Il affirme que le ton est beaucoup mieux calibré, le spectacle plus plaisant à regarder. « C’est dur d’incarner du théâtre d’idées, et cette fois, Martin y est parvenu », assure le metteur en scène.