Après une longue absence, Plume Latraverse a repris ses fréquentations avec ses fans du Saguenay-Lac-Saint-Jean, vendredi soir, dans un Théâtre Banque Nationale plein comme un oeuf.

Un grand cru signé Plume Latraverse

Une intro à la guitare acoustique, enlevée comme de raison. Puis, l’homme pousse un « Ouaaah » d’outre-tombe et se met à chanter : « L’soleil se lève tant bien que mal, tant sur le bien que sur le mal. » La voix est graveleuse, mais ce n’est pas l’âge. Il en a toujours été ainsi. Quant aux 800 personnes rassemblées vendredi soir, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, d’humeur joyeuse avant même de pénétrer dans la salle, regroupant un fort contingent de têtes grises, elles ont tout de suite été confortées dans leur choix, sur l’air de Monde fatal. Normal, puisqu’il en a toujours été ainsi (ou presque) avec Plume Latraverse.

Dire que l’homme était attendu constitue un euphémisme. Sa dernière présence au Saguenay-Lac-Saint-Jean remontait à sept ans. Une anomalie. Et même si les premiers titres ont été livrés au pas de charge avec la complicité du bassiste Grégoire Morency, du guitariste Jean-Claude Marsan et d’un petit nouveau, Donald Meunier, appelé en renfort parce que Marsan est blessé au haut du corps (un doigt cassé), tous ont senti la magie opérer. Les mimiques. L’ironie finement calibrée. Le groove reconnaissable entre tous. Cette sortie n’était pas celle d’un roi en hiver. Il s’agissait d’un grand cru et tant mieux pour les plus jeunes. Ils auront vu la vraie affaire.

Le public a été impeccable, en ce sens qu’il affichait une qualité d’écoute remarquable, tout en manifestant son enthousiasme au moment opportun. C’est ainsi que des sifflets et des cris très forts ont salué l’interprétation de Survivre, puis de Marie-Lou, dont les premières notes distillées avec une infinie délicatesse, par Plume lui-même en solo, avaient de quoi donner le frisson. Une voix, six cordes. Des fois, c’est tout ce que ça prend et même l’invité de Diffusion Saguenay a semblé touché, comme on a pu le constater un peu plus tard. « Un public attentif, qui écoute les paroles ! Ça a pris 50 ans pour arriver là », a-t-il lancé sous les rires et les applaudissements.

Comme de raison, des pièces comme La ballade des caisses de 24 et El Nino sollicitent une autre partie du cerveau, celle qui procure une gratification instantanée. Notons tout de même que les versions offertes à Chicoutimi étaient impeccables, tout comme celle de New-Orleans où la pulsion nerveuse émanant des trois guitares faisait penser à celle du jazz ancien associé à cette ville. Néanmoins, le moment fort de la première partie du spectacle, la seule qu’a pu voir l’auteur de ces lignes, à son grand regret, fut Les pauvres.

Le texte est dur, mais juste en apparence, comme dans les monologues où Yvon Deschamps faisait l’épais pour défendre un point de vue complètement différent. Un brin spectrale, la guitare de Donald Meunier ponctuait les phrases égrenées par Plume avec juste ce qu’il fallait de gravité. Une grande bouffée d’humanité avant de fermer la boucle avec un joli bougonnage sur le dos des pistes cyclables, puis Cahin-Caha et Ainsi soit-il, prétexte à faire résonner de joyeux alleluias. Il manquait juste les clochettes pour se croire rendu à la communion.