Un film dans lequel on se reconnaît

CHRONIQUE / L’un des plaisirs que procure le nouveau film de Sébastien Pilote, La disparition des lucioles, consiste à identifier des lieux et des individus familiers. Mis au service de cette oeuvre de fiction tournée à Saguenay, laquelle raconte une tranche de la vie d’une adolescente incarnée par Karelle Tremblay, leur présence est d’autant plus appréciée qu’elles sont rares, les occasions de se voir au grand écran et encore plus à la télévision, entièrement tournée vers le nombril montréalais.

L’action se déroulant à La Baie, on voit plusieurs facettes de cette communauté, la belle vue sur la baie, autant que l’ancien site de l’usine de la Consol et les installations portuaires de Rio Tinto, d’une laideur presque brutale. La polyvalente figure également en bonne place, puisque c’est là qu’étudie le personnage principal, dont l’avenir est semé de points d’interrogation.

Plusieurs institutions chicoutimiennes ont aussi trouvé leur chemin sur l’écran, notamment le restaurant Chez Georges. On revoit avec plaisir la vieille salle à manger, de même que la section où se trouvaient des juke-box. Également source de nostalgie, la séquence mettant en vedette le groupe WD-40 réveille le souvenir du Sous-Bois, dont les portes ont fermé il y a quelques mois.

Chaque film de Sébastien Pilote donne également lieu à des apparitions fugitives. Cette fois, on retrouve l’ancien directeur général et artistique du Côté-Cour, Réjean Bouchard, responsable d’une boutique d’objets usagés. Il y a aussi le chroniqueur de ce journal, Joël Martel, dans un rôle de composition. Il montre à l’adolescente l’abc de la gestion d’un terrain de balle.

Ce ne sont que quelques exemples qui, au-delà de leur caractère anecdotique, témoignent de l’attachement du cinéaste envers sa région. Ses films ne sont pas désincarnés. Ils trouvent leurs racines dans ce coin de Terre qui ne ressemble à aucun autre, une petite société devant laquelle Sébastien Pilote tend un miroir qui est tout, sauf déformant. Raison de plus pour voir La disparition des lucioles, à l’affiche dans plusieurs salles de cinéma.