Charles Richard-Hamelin et le Quatuor Saguenay ont unis leurs efforts pour interpréter le Quintette pour piano et cordes en fa mineur opus 34 de Johannes Brahms, ce qui a constitué l'un des nombreux motifs de satisfaction procurés par le concert qu'ils ont livré vendredi soir, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

Un envoûtement signé Charles Richard-Hamelin

Dans la petite histoire de la musique classique au Saguenay-Lac-Saint-Jean, il faudra réserver un espace au concert tenu vendredi soir, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. Devant un parterre si rempli que des gens ont migré vers le palier supérieur, le Quatuor Alcan s'est métamorphosé en Quatuor Saguenay, tandis que l'autre complice de cette belle aventure, le pianiste Charles Richard-Hamelin, a profité de ses sorties en solo pour démontrer, si besoin était, que le meilleur des disques ne vaudra jamais une interprétation livrée en direct.
Dans la petite histoire de la musique classique au Saguenay-Lac-Saint-Jean, il faudra réserver un espace au concert tenu vendredi soir, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. Devant un parterre si rempli que des gens ont migré vers le palier supérieur, le Quatuor Alcan s'est métamorphosé en Quatuor Saguenay, tandis que l'autre complice de cette belle aventure, le pianiste Charles Richard-Hamelin, a profité de ses sorties en solo pour démontrer, si besoin était, que le meilleur des disques ne vaudra jamais une interprétation livrée en direct.
Invité à participer à la Série musique de chambre proposée par l'Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le récipiendaire de la médaille d'argent à Varsovie, au Concours international de piano Frederic-Chopin, ne se distingue guère par son sens du théâtre. Penché sur son clavier, son corps ne laisse rien voir des méandres de la partition, si ce n'est lorsqu'il se rapproche un peu des touches pour négocier un passage plein d'intériorité, comme ce fut le cas sur la première pièce au programme, la Grande Sonate no. 1 en fa dièse mineur opus 11 de Robert Schumann.
Le plus souvent, ce sont ses mains qui parlent pour lui et Dieu qu'elles sont éloquentes! Dans le Schumann, toujours, il a suffi de quelques secondes pour que la salle tombe sous l'empire de la mélancolie. Le jeu de Charles Richard-Hamelin était si délicat, et en même temps si expressif, qu'à un moment donné, on a eu l'impression que des notes livrées juste avant une pause minuscule, genre trois secondes, étaient demeurées suspendues dans l'air. Tout aussi remarquable, la qualité d'écoute affichée par les spectateurs témoignait de l'effet que le pianiste produisait sur eux.
Sa magie fut encore plus évidente sur la Polonaise en la bémol majeur opus 53, dite Héroïque, l'une des compositions les plus familières de Frederic Chopin. Tous l'ont entendue un jour, même sans faire exprès, mais jamais comme vendredi. Plutôt qu'une version «cute», adéquatement romantique, les mélomanes ont eu droit à une interprétation habitée, pleine de relief. On percevait à quel degré Charles Richard-Hamelin maîtrise son sujet, tant son jeu était délié. Pas étonnant que des cris et de vigoureux applaudissements aient salué ce tour de force.
Signe que l'aura du pianiste remplissait toujours la salle, même après qu'il ait quitté la scène, un murmure très particulier s'est élevé au début de la pause. Nourri par des centaines de conversations engagées dans une sorte d'urgence, parce qu'il était nécessaire d'exprimer son contentement avant de passer à d'autres sujets comme l'hiver, les enfants ou les projets de voyages, il laissait filtrer une allégresse qui a enveloppé le second versant du programme: le Quintette pour piano et cordes en fa mineur opus 34 de Johannes Brahms.
Cette fois, le piano s'est fondu dans l'ensemble pendant que le Quatuor Saguenay se moulait aux changements d'humeur du compositeur, trahis par de constants allers et retours entre les passages doux et emportés. D'un côté, les pizzicati du violoncelle, les violons et l'alto qui prennent leur temps tout en créant de jolies textures. De l'autre, les brusques montées en intensité, le quatuor qui s'engage dans des séquences presque rock dans l'esprit, sinon la forme. Bref, un beau voyage dans les montagnes russes du romantisme.
La bonne nouvelle est que les personnes qui souhaiteraient assister à ce concert exceptionnel pourront le faire samedi à 14h, à la Salle Desjardins-Maria-Chapdelaine de Dolbeau-Mistassini, ou encore dimanche à 14h, à la Salle Michel-Côté d'Alma, sous le patronage du Groupe Concerto. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, la directrice générale de l'orchestre, Christine Boily, a profité de son mot de bienvenue pour annoncer que d'autres programmes de ce calibre seront proposés dans les prochaines saisons. «Si ce plaisir croît avec l'usage, nous verrons à le répéter», a-t-elle promis.