Auteure de jolies chansons, mais aussi grande interprète, Alejandra Ribera a séduit le public rassemblé vendredi soir, au Côté-Cour de Jonquière.

Un envoûtement baptisé Alejandra Ribera

Ils sont rares, les artistes qui habitent une scène comme le fait Alejandra Ribera. De passage au Côté-Cour de Jonquière vendredi soir, devant près de 70 fans dont l'enthousiasme était aussi impressionnant que la qualité d'écoute, la chanteuse originaire de Toronto a montré comment, à travers sa voix et son corps, les mots peuvent devenir autre chose que des mots.
Plusieurs titres de son nouvel album, This Island, figuraient au programme et dès le premier offert aux spectateurs, Higher, on a senti que cette rencontre ne laisserait personne indemne. Même si la musique avait des accents pop, ce qui n'est pas fréquent chez cette artiste, c'est sa capacité d'expression qui en a fait quelque chose d'épique, alors que ça aurait pu être seulement «cute».
Empruntant un ton très bas, un ton de confessionnal, tout en dessinant d'étranges formes avec ses mains, Alejandra Ribera a amené vers elle toute l'énergie contenue dans la salle. Chaque mot, chaque note, semblaient posséder un grain particulier pendant que le contrebassiste se faisait le plus discret possible, jusqu'au moment où le refrain décollait. Contagieux, plein de swing, il a témoigné du goût de la chanteuse pour les atmosphères contrastées.
Sur un registre similaire, Will Not Drown a mis en relief le caractère affirmatif de plusieurs des pièces écrites récemment. Cette fois, la voix s'est faite plus insistante, au même titre que la gestuelle, ce qui a conduit au premier moment de complicité de la soirée. «Je suis heureuse de revenir ici. Je me souviens que la dernière fois, c'était magique», a confié l'invitée du Côté-Cour dans un français étonnant, eu égard au fait qu'elle ne l'apprend que depuis quatre ans.
Cet intermède fut bref, puisqu'il fallait entrer dans une bulle de mélancolie baptisée Blood Moon Rising. Un homme est parti, laissant derrière lui une femme brisée, mais aussi une interprétation émouvante en raison de son extrême sobriété. Chez d'autres, tant de dépouillement laisserait perplexe, alors qu'ici, même les respirations sont porteuses d'une couche de sens.
Il y a aussi eu l'hommage au père dans Undeclared War, annoncé avec humour en raison du fait que la moitié du texte est en français. «Je me suis dit qu'en procédant ainsi, il ne comprendrait jamais», a souligné Alejandra Ribera avant de se glisser tout doucement dans cette pièce aussi diaphane qu'un flocon de neige pris dans une fenêtre.
Ce fut sa dernière chanson avant la pause et à son retour sur la scène, ceux qui croyaient avoir fait le tour de son jardin ont eu la surprise d'entendre une version d'anthologie de Mommy, le classique de Pauline Julien évoquant le thème de l'assimilation. Parfois, sa voix était à peine audible, comme pour symboliser le sort de tant de communautés francophones sur ce continent. Et son accent anglais, si naturel, a rendu encore plus réel le destin de la narratrice.
C'est ainsi qu'en plus de l'auteure et compositrice, on a découvert une interprète de haut vol, du genre qui ne remplira jamais le Centre Bell, mais dont chaque apparition constitue un moment privilégié.