Depuis quelques semaines, l’église Saint-Dominique abrite une oeuvre d’art à la fois émouvante et mystérieuse. Il s’agit d’un crucifix donné par les Soeurs du Bon-Pasteur, mais dont l’auteur demeure inconnu. L’abbé Louis-Marie Beaumont, ainsi que l’un des membres du comité chargé de préparer les fêtes du 150e de la paroisse, Luc Lessard, lui tiennent compagnie.

Un crucifix chargé de mystère

Les fêtes qui souligneront le 150e anniversaire de la paroisse Saint-Dominique, à Jonquière, seront rehaussées par la présence d’un objet d’art sur lequel plane un doux mystère. Il s’agit d’un crucifix d’une hauteur de huit pieds, une représentation du Christ sculptée dans le bois avec tant de finesse qu’on y reconnaît la marque d’un maître.

C’est en 2020 que les activités seront lancées par le comité organisateur, mais déjà, il est possible d’admirer le crucifix en se rendant dans le jubé situé du côté de la rue de la Fabrique. Il se dresse au bout de l’escalier, tout près de l’espace qui aura pour nom Le Jubé de l’Histoire. Regroupant des caissons et des présentoirs vitrés, il abritera une exposition comprenant des vêtements liturgiques et maints souvenirs du passé.

Cette photographie permet d’apprécier le travail de l’artiste qui a réalisé ce crucifix, une oeuvre qui, pendant plusieurs années, se trouvait au Pensionnat Saint-Dominique de Jonquière.

Quelques bancs ont été sacrifiés à cette fin et s’il faut en juger par la réaction des fidèles, ce lieu qui offre un point de vue exceptionnel sur l’intérieur de l’église suscitera un bel achalandage. Il faut savoir que le crucifix qui, longtemps, a veillé sur les personnes fréquentant le Pensionnat Saint-Dominique de Jonquière, a passé deux ou trois semaines dans la nef avant de migrer au jubé. « Nous avons été le chercher en novembre, moi et l’abbé Louis-Marie Beaumont. Il appartenait aux Soeurs du Bon-Pasteur, à Chicoutimi, mais elles n’avaient plus d’espace pour le garder et Soeur Huguette Tremblay m’a proposé de le récupérer. Elle souhaitait que cette oeuvre revienne à Saint-Dominique », raconte l’un des membres du comité du 150e, Luc Lessard.

Lui-même a été impressionné en voyant l’oeuvre. Or, sa présence temporaire dans la nef, alors que le Christ reposait sur quelques bancs, n’est pas passée inaperçue. « Des gens y touchaient, l’embrassaient. C’était émouvant », rapporte Luc Lessard. C’était d’autant plus étonnant que plusieurs, parmi ces personnes, n’avaient pas fréquenté le Pensionnat.

Ces manifestations de piété témoignent de la qualité de l’oeuvre, de son caractère évocateur. Le problème est qu’il existe des zones d’ombre à son sujet. Un examen minutieux n’a pas permis d’identifier son auteur, ni sa provenance. Tout ce qu’on sait pour le moment, c’est que le crucifix se trouvait dans la chapelle du Pensionnat, lequel a ouvert ses portes en 1939, au centre-ville de Jonquière.

« Le visage, les détails, montrent que cet artiste n’était pas un amateur. L’oeuvre est en parfaite condition et nous profiterons des prochains mois pour recueillir plus de renseignements à son sujet. Sans doute que les Soeurs du Bon-Pasteur en ont gardé une trace dans leurs archives. Ça rappellera des souvenirs à bien des gens », anticipe Luc Lessard.

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UNE PROGRAMMATION RICHE POUR UNE RICHE HISTOIRE

Célébrés tout au long de l’année 2020, les 150 ans de l’érection canonique de la paroisse Saint-Dominique permettront d’aborder plusieurs dimensions de la vie jonquiéroise. Il sera question de ses bâtiments patrimoniaux, de l’évolution des activités liées au culte, de personnalités phares de la scène culturelle, mais surtout, du sentiment d’appartenance qui demeure très fort au sein de la population.

«Je suis au service de cette paroisse depuis 2007, ce qui m’a donné l’occasion de mesurer le degré d’attachement que les gens ont pour Saint-Dominique. Ils apprécient les efforts consentis afin de préserver l’église et réalisent que de cette manière, on perpétue la mémoire de leurs parents, de leurs grands-parents, de ce qu’ils ont accompli. Après tout, il ne faut jamais oublier d’où on vient», fait observer l’abbé Louis-Marie Beaumont, modérateur de l’Unité pastorale des Deux Rives.

Rencontré mardi, en compagnie de quelques membres du comité des fêtes, il était heureux de dévoiler une partie des activités qui se dérouleront en 2020. 

Dans l’exposition présentée au jubé, par exemple, on évoquera les cérémonies qui balisaient jadis l’année religieuse, notamment la procession de la Fête-Dieu. On mentionnera également le congrès des Ligues du Sacré-Coeur qui, du 3 au 6 juin 1937, avait attiré 50 000 fidèles à Jonquière.

«Nous montrerons aussi comment se déroulaient les funérailles», ajoute l’abbé Beaumont. Il y aura des photographies, ainsi que des documents que les visiteurs pourront consulter au moyen d’un ordinateur. L’apport des communautés religieuses fera partie de l’exposition, une façon d’évoquer la contribution des Soeurs du Bon-Conseil, des Frères des Écoles chrétiennes, ainsi que des Soeurs du Bon-Pasteur, dont l’école Notre-Dame-du-Carmel se dressait à un jet de pierre de l’église.

«Un hommage sera rendu aux bedeaux qui ont servi ici, qu’on pense à Léon Caron, qui a occupé cette fonction pendant 39 ans, ou à Vallier Lavoie, qui lui a succédé en 1973. Nous partagerons des souvenirs agréables», laisse entrevoir Marthe Simard, coordonnatrice des activités découlant du 150e. Elle invite d’ailleurs les citoyens à prêter des objets et des photographies susceptibles d’enrichir le contenu de l’exposition.

Histoire et culture

Une autre personnalité fera l’objet d’un hommage bien senti, le musicien François Brassard. Cet homme qui avait étudié en Angleterre au début du 20e siècle, aux côtés du compositeur Ralph Vaughan Williams, fut titulaire de l’orgue de Saint-Dominique de 1940 à 1971. Il faut également un folkloriste renommé, comme en font foi ses innombrables enregistrements de chansons traditionnelles réalisés dans les communautés francophones du Canada.

Il aura droit à un espace dans le Jubé de l’Histoire, tandis que son oeuvre en tant que compositeur sera évoquée pendant un concert d’orgue donné dans le cadre des Mardis de la Saint-Do. Un programme spécial préparera le terrain à l’été 2019, annonce un autre membre du comité, Luc Lessard. «J’ai invité Robert Girard à présenter des oeuvres de Félix Leclerc et Gilles Vigneault à cette occasion», confie-t-il.

Dans la même foulée, ce mélomane qui, lui-même, touche l’orgue à Saint-Dominique, souhaite organiser un concert-bénéfice avec la collaboration de l’Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, de même qu’un événement mettant à contribution une chorale d’enfants, ce qu’on appelle une manécanterie. Dans ce dernier cas, c’est en 2020 que la chose se concrétiserait.

Toutes les activités ne seront pas centrées sur l’église, cependant. À l’intérieur du volet historique, en effet, des visites guidées sont prévues au Cimetière des Saints Anges, là où ont été transférés les restes des défunts qui avaient été enterrés sur l’emplacement du parc des Pionniers, puis dans le voisinage du Patro. Un autre circuit permettra de jeter un regard différent sur le quartier Saint-Dominique, alors que des lieux significatifs livreront leurs secrets.

De son côté, le Club de photo JAK proposera une exposition sur la passerelle de la Rivière-aux-Sables, laquelle jumellera des photos anciennes avec des vues prises aujourd’hui, sous le même angle. Quant à l’historien Éric Tremblay, il donnera des conférences consacrées aux fêtes qui balisaient les saisons, ainsi qu’aux paroisses voisines de Saint-Dominque, soit Saint-Raphaël, Saint-Cyriac, Saint-Albert-le-Grand et Saint-Georges.

«L’idée derrière tous ces projets, c’est de faire connaître l’histoire de la paroisse, que les gens puissent se l’approprier», fait observer Marthe Simard, qui entend aussi rendre hommage au peintre Angémil Ouellet, auteur d’une toile représentant Saint-Dominique au début des années 1950. Pour admirer cette oeuvre de jeunesse, il suffit de se rendre au presbytère.