Germain Desbiens a complété la restauration de ce bas-relief consacré aux pionniers de Jonquière, mardi avant-midi. Il a appliqué un scellant au latex afin de protéger la surface en aluminium de cette oeuvre créée par un dénommé Sorbonne.

Un coup de jeune pour deux oeuvres d'art

Deux oeuvres d'art faisant partie du paysage jonquiérois depuis plusieurs décennies viennent de subir un coup de jeune. Nichées dans le parc voisin de la bibliothèque municipale, à l'angle des rues Saint-Dominique et du Vieux-Pont, elles ont été restaurées par le sculpteur Germain Desbiens, qui a complété ce chantier mardi avant-midi.
La pièce la plus ancienne, sans doute la plus connue, avait été créée dans la foulée du centenaire de la ville. Pour souligner cet événement, on avait érigé un monolithe de granit noir posé sur une base en granit rose. Deux bas-reliefs en aluminium rendant hommage aux pionniers, notamment à celle qu'on a identifiée comme la fondatrice de Jonquière, Marguerite Belley, avaient été fixés de chaque côté.
Ces oeuvres réalisées par un dénommé Sorbonne ne sont pas sorties indemnes de leur séjour prolongé à l'extérieur. C'est ainsi que la plus grande, de forme rectangulaire, avait subi quelques avaries lorsque Germain Desbiens l'a détachée du monument pour lui refaire une beauté. « Il y avait de la peinture et aussi des égratignures. Pour les faire partir sans altérer la surface, je l'ai frottée délicatement pendant une trentaine d'heures », fait-il observer.
Le sculpteur a profité de l'occasion pour remplacer le mortier qui, à l'origine, fixait le bas-relief à la surface de granit. Il y en avait sous la plaque d'aluminium et même autour, alors que de nos jours, on obtient de meilleurs résultats - plus durables et plus esthétiques - grâce à une colle industrielle comportant une base de caoutchouc
Un médaillon volé, refait, puis nettoyé
La seconde image soulignant l'apport des pionniers prend la forme d'un médaillon. Elle porte aussi la signature de Sorbonne, mais ne doit pas être confondue avec la pièce originale. Quelqu'un l'ayant volée, la ville de Jonquière avait demandé à Germain Desbiens de produire un nouveau bas-relief en 1985, un projet qu'il a mené de concert avec son ancien professeur d'art, le frère Jérôme Légaré.
« Nous avons reproduit la même image sur un croquis avant de travailler ensemble sur une base en argile. Nous avions eu du plaisir à faire ça parce que sous des dehors sérieux, le frère Jérôme avait le sens de l'humour. Il aimait me taquiner et je faisais pareil », raconte le sculpteur, qui avait supervisé la confection de l'oeuvre dans une fonderie.
Sur le médaillon, on voit Marguerite Belley en compagnie de ses deux garçons. Ils tiennent des haches et sont représentés dans un environnement presque vierge, à une époque où Jonquière n'était rien d'autre qu'une vaste forêt se déployant de part et d'autre d'une rivière. La nouvelle version, très proche de celle qui a été réalisée il y a plus de 60 ans, donne la mesure du courage qui animait les pionniers.
Elle avait traversé ses 32 premières années sans coup férir, mais a quand même fait l'objet d'une intervention destinée à assurer sa pérennité. Tout comme le monument, en effet, ce bas-relief a été nettoyé au moyen d'un jet d'eau. « Ensuite, j'ai appliqué un scellant de latex sur le médaillon, ainsi que la plaque rectangulaire. Désormais, il sera plus facile de nettoyer la surface », assure Germain Desbiens, dont le projet de restauration a été financé par la ville de Saguenay.
Voici le médaillon sur lequel on voit Marguerite Belley en compagnie de ses deux fils, une scène évoquant la rude vie des colons qui ont donné naissance à Jonquière.
Germain Desbiens et Yves Morin ont uni leurs efforts pour protéger cette sculpture de béton des outrages que le temps pourrait lui faire subir. Intitulée Visions cachées, elle se déploie au centre-ville de Jonquière, à l'angle des rues Saint-Dominique et du Vieux-Pont.
La nouvelle vie de Visions cachées
La deuxième sculpture restaurée par Germain Desbiens, au centre-ville de Jonquière, est une oeuvre portant sa signature. Intitulée Visions cachées, elle a vu le jour en 1985, à la suite d'une recherche portant sur l'utilisation du béton dans le cadre de projets artistiques. Elle l'avait conduit à visiter plusieurs entreprises faisant commerce de ce matériau afin d'identifier quelle variété serait la plus facile à travailler.
« Je venais de produire le rapport qu'on m'avait commandé et comme il restait un petit montant, j'ai été rencontrer le maire Francis Dufour dans son bureau. Je lui ai montré une maquette et 30 minutes plus tard, c'était réglé. Il a demandé à des employés de creuser un trou et d'y poser la base sur laquelle l'oeuvre allait être installée », rapporte le Chicoutimien.
Visions cachées témoigne de ses recherches personnelles, centrées sur l'utilisation d'un matériau qui n'avait pas la réputation d'être malléable. Elle laisse voir deux sections qui ont été creusées à même un bloc de béton, lesquelles sont truffées de formes géométriques. « Ces interventions humaines symbolisent le jardin secret que chacun porte en soi », énonce Germain Desbiens.
Le problème est que la ville de Jonquière n'a pas respecté le devis d'entretien soumis par le sculpteur. Elle devait appliquer un scellant et procéder à un nettoyage au jet d'eau tous les trois ans, ce qui n'a pas été fait avant cet été. Le travail a été accompli par son vieux complice, Yves Morin, sous sa supervision.
« Le scellant pénètre dans le béton jusqu'à une profondeur de deux pouces. Il le protège, mais ne l'empêche pas de respirer », fait valoir Germain Desbiens, qui est fier de constater que son oeuvre pourra s'inscrire dans la durée sans se dénaturer. Il apprécie également le fait qu'elle se trouve à un jet de pierre de la bibliothèque municipale, dans un petit parc où des jeunes l'ont d'ailleurs abordé, mardi, à la fin du processus de restauration.
« Ils avaient une allure punk et ont eu les yeux grand ouverts quand je leur ai expliqué comment j'avais réussi à sculpter ce bloc de béton. C'était plaisant de répondre à leurs questions », a confié l'artiste d'un ton amusé. Signalons que ce projet, tout comme la remise en état du monument aux pionniers, a été financé par la ville de Saguenay.