Les manipulateurs de marionnettes sont des adultes qui connaissent des difficultés en santé mentale et qui suivent un programme d’intégration sociale par les arts.

Un cadeau théâtral de l'ÉNAM

L’École nationale d’apprentissage par la marionnette (ÉNAM) offre un touchant cadeau de Noël à tous les intéressés, le mercredi 6 décembre, à 13 h 30 ou à 19 h, à ses locaux du 870, rue Boily à Chicoutimi, en présentant le spectacle Au-delà des apparences, apprivoise-moi !

Une trentaine d’adultes qui connaissent des difficultés en santé mentale ont monté quatre saynètes, en plus d’un intermède, dans le cadre d’un programme d’intégration sociale par les arts. Ils ont participé à toutes les étapes de création pendant huit mois, de l’écriture à la manipulation, en passant par la fabrication des marionnettes et des décors, avec un encadrement professionnel. 

Des univers variés sont proposés aux spectateurs. La première équipe revisite l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry, en mettant en scène le Petit Prince qui comprend qu’on peut être unique dans la multitude alors qu’il apprivoise un renard. On reconnaît ici l’inspiration pour une partie du titre. Les voix des personnages sont préenregistrées pour alléger un peu les manipulateurs, mais cela n’enlève rien à la spontanéité et au réalisme de leurs gestes.

Il y a beaucoup de créativité dans le spectacle. Différentes techniques sont explorées et surprennent l’assistance. Dans Intro spectro de l’aigle et du serpent, on suit les deux animaux entre les saynètes, ce qui offre une agréable transition. L’oiseau est de taille impressionnante, comparé aux petites marionnettes à tige. Plus tard, un manipulateur s’intègre à moitié dans son personnage. Une jeune femme se transforme complètement en vieille grand-mère pour narrer son histoire, avant de tirer les fils de sa marionnette.

Thèmes révélateurs

Les thèmes choisis par les participants en révèlent beaucoup sur leur réalité, de quoi faire réfléchir ceux qui y prêtent attention. Leurs mots sont parfois drôles, parfois sérieux, mais toujours empreints d’émotions. Par exemple, dans La folie du psy, un psychologue donne des pilules à ses patients hors du commun, tout droit sortis de dessins animés populaires. « Avec le programme de l’ÉNAM, on réussit à accomplir des choses qu’on ne peut pas faire avec des médicaments », confie le directeur général et artistique, Richard Bouchard, après la représentation de mardi. Celui-ci monte aussi sur scène, une présence rassurante pour les artistes amateurs.

Ou encore, une bande de résidants dans un centre d’hébergement de soins longue durée (CHSLD) essaie d’organiser une grande fête, mais ce n’est pas facile pour un certain homme qui regrette sa vie sur le marché du travail.

« La vieillesse, ça concerne tout le monde, souligne M. Bouchard. En santé mentale, il arrive souvent qu’on ait des idées noires, alors le programme permet d’adopter un comportement positif. Les gens peuvent reproduire ces attitudes dans leur vie de tous les jours. Ils développent des compétences, et certains trouvent même un emploi ensuite. »

La légende du diable rappellera sûrement des souvenirs du bal musette à plusieurs, dans une tournure plus tragique cette fois, par contre. Tout le long d’un spectacle, la trame musicale complète bien les histoires, mais elle a une importance encore plus grande dans cette saynète.

« Avec la marionnette, on touche vraiment à tout. Le théâtre, les arts visuels, la musique, la publicité pour le spectacle, la psychologie des personnages... » mentionne Richard Bouchard.

Les représentations sont gratuites pour les groupes scolaires, autrement l’entrée est à 5 $. L’ÉNAM présente aussi le spectacle Chorale et marionnettes, le 20 décembre, au même endroit, à 10 h et à 13 h 30. Il est possible de réserver au 418 549-6262, poste 3189.