Grâce à la caméra qui filme leurs mains sur le clavier, Amélie Fortin et Marie-Christine Poirier, du Duo Fortin-Poirier, ajoutent une dimension intéressante au programme baptisé Mémoires. Elles le proposeront pour la première fois au Saguenay, dimanche à 14h, dans le cadre des Concerts de la chapelle Saint-Cyriac.

Un ballet à quatre mains

Le titre du concert est Mémoires et justement, les gens qui y assisteront, dimanche à 14h, en chériront longtemps le souvenir. Présenté à la chapelle Saint-Cyriac, ce programme marquera le retour du Duo Fortin-Poirier dans la région, après une absence de deux ans. Chaque visite constitue une occasion spéciale pour Amélie Fortin, qui est née au Lac-Saint-Jean. De surcroît, elle et Marie-Christine Poirier auront l’honneur de clôturer la dixième saison proposée dans le bâtiment plus que centenaire.

Les pièces ont été sélectionnées en fonction d’un thème, celui qu’évoque le titre. Dans certains cas, le lien est évident. Les six danses représentées dans Souvenirs, de Samuel Barber, ont été inspirées par les nombreuses fois où sa mère l’a emmenée dans une salle où, tout en prenant le thé, elle assistait aux spectacles donnés par des orchestres de danse.

Plus subtile, la filiation avec la pièce Légendes, de Dvorak, sollicite l’imagination des mélomanes. «Il a créé cette oeuvre pour que le public crée ses propres histoires à partir d’une musique très imagée», a expliqué Amélie Fortin mardi, au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès. Bien sûr, l’ensemble du programme amène les interprètes à jouer du piano à quatre mains, une spécialité qu’elles ont commencé à apprivoiser il y a 14 ans.

À la chapelle Saint-Cyriac, le duo apportera l’équipement nécessaire pour filmer son travail sur le clavier. C’est un ajout que le public trouve pertinent, puisqu’il lui permet d’apprécier la dextérité, autant que l’étroite complicité, que nécessite la présence d’autant de mains dans un espace aussi réduit. «Le jeu des mains s’apparente à un ballet et comme on joue ensemble depuis longtemps, ça paraît. La confiance aidant, nous prenons plus de libertés», note la Jeannoise.

C’est sur la Vocalise en mi mineur de Rachmaninov que les pianistes s’imposent le coefficient de difficulté le plus élevé. Ce sera le moment idéal pour jeter un oeil sur l’écran, laisse entendre Amélie Fortin. «Nous travaillons à partir d’un arrangement acrobatique, avec beaucoup de croisements de mains. Il faut être précis au quart de millimètre, au quart de seconde. Le résultat est vraiment beau», souligne-t-elle.

Précisons que ce programme roule depuis quatre ans et qu’une représentation donnée aux îles du Bic, en août 2017, a résulté en deux mises en nomination au gala des Prix Opus. Un album témoigne également du travail accompli sur Mémoires. On y retrouve l’essentiel du contenu qui, pour la première fois au Saguenay, sera livré dimanche après-midi. L’équipe des Concerts de la chapelle Saint-Cyriac rappelle que les billets sont vendus au coût de 20 $ l’unité et qu’on peut réserver au numéro 418 542-0186.

Le Duo Fortin-Poirier.

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UN ENGAGEMENT QUI DÉPASSE LES ARTS

« Il ne faut pas attendre que les autres fassent le travail à notre place. C’est pour ça que nous veillons à nos affaires », énonce Amélie Fortin. Elle et sa consoeur Marie-Christine Fortin, du Duo Fortin-Poirier, savent qu’il ne suffit pas de maîtriser son art pour faire carrière. Si douées soient-elles, les spécialistes du piano à quatre mains n’ont pas eu le choix d’assimiler d’autres compétences, que ce soit pour monter des projets, joindre les diffuseurs ou gérer les communications.

Ce mode de fonctionnement leur sourit, à en juger par le succès du concert intitulé Mémoires. Après quatre ans, la demande demeure vigoureuse, et ce, même à l’extérieur du Québec. C’est ce qu’a démontré la tournée effectuée en Californie et dans l’Utah, une virée de trois semaines complétée il y a quelques jours. À part le fait que le retour dans la neige a été brutal, cette expérience n’a laissé que de bons souvenirs.

« Grâce aux contacts noués lors d’un premier voyage, il y a deux ans, nous avons joué dans de nouvelles places, en plus de donner des concerts privés », souligne Amélie Fortin. Un bonheur n’arrivant jamais seul, un festival tenu au Mexique souhaite les accueillir en juin. Si ce projet se concrétise, il s’agira de la première incursion des musiciennes dans ce pays.

« Nous avons aussi été abordées par des Chinois, en prévision d’une tournée qui doit se dérouler en 2020. Là encore, ce serait une première », note la Jeannoise. Ce qui est confirmé, en revanche, c’est leur présence à la chapelle de Vauvert à la fin de juin. Elles ouvriront la saison de l’Apéro à Vauvert, une série de concerts tenus à un jet de pierre du lac Saint-Jean. Ce jour-là, Marie-Christine Poirier jouera au sein du Duo Fortin-Poirier, mais également du Duo Cordélia, aux côtés de Vanessa Marcoux.

À la fin de l’été, un autre projet mobilisera les artistes, soit la création du prochain spectacle. Sans remiser Mémoires, en effet, le Duo Fortin-Poirier prépare la suite des choses. Quelques pièces ont été identifiées, celles qu’elles auraient le goût d’interpréter. Un arrangement a aussi été commandé. « C’est ensuite qu’on trouve le fil conducteur », explique Amélie Fortin.

Dubeau, Lapointe et la photo

En plus de s’investir dans le duo, elle s’apprête à reprendre du service au sein de La Pietà, la formation qui accompagne la violoniste Angèle Dubeau depuis tant d’années. Il est question de l’enregistrement d’un album en mai, ainsi que de tournées au Mexique (automne) et en Europe (mars 2020). « Elle ne fait plus de tournées au Québec, mais demeure active à l’international », indique la pianiste.

Parlant de tournées, elle vient de compléter celle de La science du coeur, sa première avec Pierre Lapointe. « Nous restons en contact », fait observer Amélie Fortin, qui a aimé cette première incursion dans le monde de la chanson. Et pour mettre la touche finale au portrait de ses activités, signalons l’ouverture de son studio de photographie, un lieu où elle répète également au piano.

« La photo, c’est ma passion numéro un. Je suis installée à Villeray depuis juillet et je réalise des contrats pour d’autres musiciens, souvent des gens associés au classique. J’aime aussi faire des portraits dans la rue, mais en sollicitant l’accord des personnes, puisque je tiens à créer un lien avec elles. Je trouve fascinant que sur un visage humain, il y ait tant de facettes différentes », confie Amélie Fortin.