Catherine Brunet et Xavier Dolan ont monté les marches avant la projection de «Matthias & Maxime», le nouveau long métrage du réalisateur québécois.

Un autre triomphe pour Xavier Dolan à Cannes

CANNES — Le Festival de Cannes a toujours été bon pour Xavier Dolan et il ne fera pas exception pour «Matthias & Maxime», chaleureusement applaudi pendant huit minutes après sa première mondiale mercredi : un autre triomphe. Le cinéaste québécois livre un drame intime sur l’identité et l’amitié, tout en retenu (pour lui), superbement réalisé et interprété.

«Ça fait 10 ans que je suis débarqué à Cannes avec J’ai tué ma mère. Depuis, ç’a été tellement enrichissant, tellement de rencontres, tellement de moments comme ceux-ci. Merci, c’est tout», a-t-il bafouillé à la fin de la projection.

Dolan, en sombre costume noir, avait hérité d’un créneau ingrat pour sa montée des marches, à 16h. Moins d’agitation que d’habitude, donc, et un peu moins de «vedettes».

Marion Cotillard et Gaspard Ulliel, qui jouaient dans Juste la fin du monde, Grand prix ici en 2016, étaient présents, tout comme un contingent québécois comprenant la productrice Denise Robert, le parolier Luc Plamondon ainsi que Monia Chokri et Anne-Élisabeth Bossé, venues présenter La femme de mon frère il y a une semaine.

Mais une fois dans la salle, les festivaliers qui emplissaient le Grand Théâtre Lumière lui ont réservé une ovation qui l’a ému aux larmes. Et ça, c’était avant le début de la projection.

Après ses films «français» (Juste la fin du monde) et «américain» (Ma vie avec John F. Donovan), Xavier Dolan a retrouvé ses marques en tournant au Québec et en reprenant les thèmes qui lui sont familiers. Ce film épuré, malgré ici et là ses petits tics habituels concernant les cris et la musique trop appuyée, charme aussi par ses dialogues incisifs (une de ses principales forces).

Matthias & Maxime se situe dans la lignée des deux premiers films de Dolan. Il y aborde à nouveau l’amitié, l’identité sexuelle, le désir, l’incommunicabilité, l’incompatibilité, le rapport à la mère… Anne Dorval reprend ce rôle, dans un tout autre registre cette fois, mais avec encore un gouffre qui la sépare de son fils, Maxime (Dolan).

Cette fois, le sujet principal est plutôt la relation trouble qui lie ce dernier à Matthias (Gabriel D’Almeida Freitas), un ami de longue date. À une soirée au chalet avec la gang de chums, tissée serré, le duo participe à un court métrage où ils doivent s’embrasser. Un simple baiser qui va changer la dynamique du groupe et bouleverser leurs vies, à la veille du départ de Maxime pour l’Australie…

Bien sûr, on pourra reprocher à l’homme de 30 ans (seulement, faut-il le rappeler) de ne pas avoir cherché à élargir ses horizons et pris grands risques avec ce drame sentimental — ceux qui le détestent, c’est le mot juste, ne changeront pas d’idée. Après la réception tiède, pour utiliser un euphémisme, de Donovan (toujours inédit au Québec), on peut comprendre ce retour aux sources.

Ce serait toutefois passer à côté d’une plus grande assurance stylistique, moins exacerbée. Il y a tout de même quelques morceaux de bravoure. Les allusions au cinéma pullulent, de Boulevard du crépuscule de Wilder aux films d’Arcand et d’Almodóvar.

Depuis 10 ans, on insiste beaucoup, avec raison, sur la maîtrise de la réalisation, son ingéniosité. On en oublie presque deux choses importantes : Xavier Dolan joue et dirige très bien ses acteurs.

Il assure dans la peau de Maxime, épaulé par des performances impeccables et impressionnantes d’Anne Dorval, bien sûr, mais aussi de Pierre-Luc Funk, dans le rôle de son ami Rivette, et de Micheline Bernard, la mère de ce dernier.

Après un Prix du jury et un Grand prix, l’étape logique serait la Palme d’or. Mais ce drame intimiste peut-il séduire à ce point un jury composé majoritairement des remarquables cinéastes? Pas sûr. Ça manque un peu d’intensité et de résonance, malgré une bonne montée dramatique.

Reste qu’il s’agit bel et bien d’un long métrage qui porte la signature Xavier Dolan, pleinement assumée. Et pour utiliser un cliché usé à la corde, on a bien affaire à une œuvre de «maturité».

* * *

S’il y a un film sud-coréen auquel les Québécois peuvent s’identifier, c’est Parasite (Gisaenhchung), comme le brillant long métrage de Bong Joon-ho met en scène une famille de bougons. À la différence près qu’ils ne sont pas au chômage par choix, à commencer par le patriarche.

Les choses vont changer lorsque le fils aîné commence à donner des cours d’anglais chez les richissimes Park. «Kevin» va se débrouiller pour y faire embaucher sa sœur, puis ses parents en piégeant le chauffeur et la gouvernante. Ils mettent ainsi en branle un engrenage qui n’épargnera personne.

À l’instar d’Une histoire de famille, Palme d’or 2018 pour Hirokazu Kore-eda, Parasite débute sur le ton léger de la comédie, avec beaucoup de mordant et du rythme. Peu à peu les choses vont s’envenimer et prendre une tournure dramatique, pour ne pas dire horrifique. Avec une finale à fendre le cœur.

Le réalisateur du Transperceneige (2013) illustre avec sa virtuosité coutumière l’écart grandissant entre les riches et les pauvres. Sous le couvert d’un récit domestique, Parasite, dans la violence même du titre, dénonce implicitement les inégalités sociales, la précarisation des emplois, l’exploitation des uns par les autres et le tumulte qui finit par en découler (voir les gilets jaunes).

Pour sa deuxième présence en compétition, après Okja en 2017, pris au cœur de la polémique Netflix, Bong Joon-ho pourrait bien s’immiscer dans le palmarès cette fois...

+

LU

Dans le Film français que Suzanne Clément a réalisé son premier film, un court métrage intitulé Relais. C’est Gaël Cabouat, le producteur du Jeu (2018), dans laquelle elle joue, qui a convaincu l’actrice québécoise de passe derrière la caméra. «J’ai adoré le faire, mais je n’ai jamais été aussi angoissée. J’ai compris beaucoup de choses sur le travail de metteur en scène», a dit celle qu’on a pu voir chez Xavier Dolan et dans Unité 9. La femme de 50 ans vient de compléter deux séries télé et a aussi tourné dans Death of a Ladies Man de Matthew Bissonnette avec Gabriel Byrne dans la peau de Leonard Cohen.

VU

Que les travaux des dernières années sur la promenade Boccacabana ont donné de beaux résultats. Il y a deux fronts de mer à Cannes. Une plage qui longe le fameux boulevard de la Croisette et dont de très grandes portions sont réservées aux clients des hôtels de luxe. Et une autre, de l’autre côté du port de plaisance, surtout fréquentée par les locaux. C’est là qu’on a refait le pavé, ajouté une large bande cyclable (en empiétant sur la rue), installé des modules d’exercice et des bancs publics… connectés grâce à des panneaux solaires sur leur surface. Probablement difficilement applicable au Québec, mais quand même...

ENTENDU

«Non, il n’y a pas de recyclage. Peut-être l’an prochain. Dites-le.» Je vais faire mieux que ça, je vais l’écrire. C’est tout de même incroyable que, sur le site du festival, fréquenté par plus de 25 000 personnes, il n’y ait presque rien pour recycler! Il y a au moins deux immenses bac pour le papier à proximité de nos casiers. Et le volume de la paperasse qu’on nous remet à beaucoup diminué, heureusement. Même chose à mon hôtel, remarquez. Y a rien… J’emporte papier, plastique et cie dans mon sac à dos jusqu’à un bac de recyclage municipal. Pas l’idéal.

On a vu

Matthias & Maxime

Xavier Dolan

*** 1/2

Parasite

Bong Joon-ho

*** 1/2

Les frais de ce reportage sont payés en partie par le Festival de Cannes.