Luc Gauthier présente une porte de verre créée il y a trois mois, laquelle se trouve dans son atelier aménagé à Chicoutimi, à l’intérieur de l’ancien pavillon Murdock. Elle donne la mesure des défis que l’artiste prend plaisir à s’imposer.

Un artiste qui aime se compliquer la vie

Luc Gauthier aime se compliquer la vie, du moment que c’est pour servir l’art. Après s’être adonné à la peinture, il a eu le goût de produire des oeuvres en verre thermoformé, une démarche amorcée il y a cinq ans. L’expérience aidant, les projets sont devenus de plus en plus ambitieux, si bien que ses créations atteignent désormais la taille d’une porte de douche. Il reste à ajouter de la couleur, ce qui constitue le nouveau défi auquel s’attaque le Chicoutimien.

La solution facile aurait été de recourir à la technique de la grisaille, puisqu’elle présente un coefficient de réussite élevé. Le revers de la médaille est que le produit fini ne réagit pas aussi bien à la lumière, en ce sens qu’elle ne le fait pas briller autant que du verre thermoformé sur lequel ont été déposés des pigments de peinture. C’est pourquoi l’homme persiste, envers et contre tout.

« Ce qui est difficile avec la couleur, c’est la formation de fissures à la fin du processus, a décrit Luc Gauthier, jeudi, lors d’une entrevue accordée au Progrès. Sur cinq pièces, trois présentent des défauts assez importants pour que je renonce à les vendre, un phénomène accentué par l’usage du bleu. Une fois que j’aurai trouvé la solution, cependant, j’obtiendrai des créations qui se détacheront davantage lorsqu’elles seront posées sur un mur. Je disposerai d’une nouvelle palette d’expression. »

Retraité de l’enseignement après une brillante carrière au Séminaire de Chicoutimi, laquelle a été ponctuée par de nombreux prix découlant de ses projets menés avec les étudiants, l’artiste sait qu’il a le temps pour lui.

Sur sa table de travail, Luc Gauthier met la dernière main à ses créations qui, de plus en plus, sont faites à l’aide de verre thermoformé. Depuis qu’il a pris sa retraite de l’enseignement, l’artiste produit des tableaux, ainsi que des oeuvres en verre qui l’aident à assouvir son goût pour la sculpture.

Patient, il entend poursuivre ses recherches en demeurant fidèle à la méthode essais et erreurs, tout en se réjouissant lorsqu’un bel objet sort intact du four où il a cuit à une température variant de 1400 à 1800 degrés Farenheit.

Plusieurs de ces pièces ornent son atelier aménagé dans l’ancien pavillon Murdock, situé dans le quartier du même nom à Chicoutimi.

Elles montrent des poissons oranges ou bruns, des chiens, des feuilles, des chevaux. Ils sont plus petits que la porte de verre, où d’autres poissons se profilent. Même sans le secours de la couleur, cette porte attire le regard par ses dimensions, ainsi que l’élégance du motif.

Pour produire des oeuvres aussi imposantes, Luc Gauthier se rend chez son ami Nicolas Boily, à Alma. Plus spécifiquement, il utilise le four surdimensionné de Vitrerie Boily, qui fait cinq pieds sur neuf.

Les formes sont tracées à la spatule, à même la couche de plâtre déposée à la base. Une plaque de verre est installée juste au-dessus, puis vient l’étape de la cuisson, qui peut prendre une demi-journée.

« C’est le fruit d’une belle collaboration avec Nicolas. J’avais amorcé ma retraite en faisant de la peinture, mais grâce à cette technique, j’ai pu assouvir un goût pour la sculpture que j’avais acquis pendant mes études. Ça m’a permis d’ajouter une corde à mon arc et de piquer la curiosité des gens, puisque peu d’artistes se consacrent au verre thermoformé au Québec », fait valoir Luc Gauthier.

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PRÉSENT DANS UNE GALERIE DE PUERTO VALLARTA

Dans quelques heures, Luc Gauthier amorcera un séjour de cinq mois à Puerto Vallarta, au Mexique. Il reprendra le fil de ses fréquentations amorcées il y a sept ans. Si le tourisme constitue l’un des facteurs qui l’attirent là-bas, il n’est pas le seul. L’artiste en lui trouve maintes occasions de s’exprimer, que ce soit en créant des tableaux ou en mettant des oeuvres en vente par l’entremise de la galerie Dante.

«Je suis présent à cet endroit depuis deux ans. Jusqu’à maintenant, on a montré seulement mes toiles, ce qui m’a permis d’en écouler trois. La différence est que cette fois-ci, je pars avec quelques pièces en verre thermoformé. J’ai confiance qu’elles susciteront l’intérêt des visiteurs, mais aussi des collectionneurs locaux», mentionne le Chicoutimien.

Ce qui le rend optimiste, outre les qualités propres à son travail, c’est le matériau utilisé dans le cadre de sa démarche. «Les Mexicains produisent des oeuvres en verre soufflé, mais rien qui s’apparente aux miennes. Quand il y a du verre thermoformé, il n’a pas été sculpté. On se contente d’imprimer un motif, ce qu’il m’arrive de faire à l’occasion. Ça donne des pièces en creux, plutôt que des pièces en bosses», décrit Luc Gauthier.

Impressionné par l’ouverture d’esprit des Mexicains, il note leur goût pour l’expression artistique, source de contacts enrichissants dans les dernières années. Dans la même foulée, le peintre et sculpteur se réjouit de l’invitation lancée par l’équipe de la galerie Dante. «Pendant deux semaines, à compter du 16 novembre, je participerai à une exposition à cet endroit, en compagnie de quelques Québécois. Ce sera une première pour moi», raconte-t-il.

Quant à la ville elle-même, dans laquelle il vient d’acquérir une propriété, c’est son caractère convivial qui l’attire. Même en ces temps troublés pour d’autres cités balnéaires, notamment Acapulco, Puerto Vallarta demeure une destination de choix. «Je ne suis pas craintif. On peut sortir sans danger, même tard en soirée», fait remarquer le Chicoutimien.