Le Duo Fortin-Poirier

Un 10e été musical à Vauvert

Ce n’est pas rien, dix années de concerts fréquentés par des mélomanes dont la fidélité, autant que le nombre, a fait de la série Un Apéro à Vauvert l’un des plus beaux rendez-vous de l’été au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Puisqu’il convenait de célébrer cet anniversaire, le comité organisateur a sollicité l’avis de la clientèle. Fouillant dans ses souvenirs, elle a réclamé le retour du Duo Fortin-Poirier et du Quatuor Saguenay, qui s’étaient fait beaucoup d’amis lors de leur première visite.

Responsable de la programmation, Lise Bonenfant partage l’avis exprimé par les habitués. Elle sera donc heureuse d’ouvrir la saison avec le duo formé des pianistes Amélie Fortin et Marie-Christine Poirier, le 29 juin. Elles reviendront dans le secteur de villégiature situé à proximité de Dolbeau-Mistassini, plus précisément dans la chapelle de bois où les premières notes résonneront à 16h.

«Ces filles sont tellement imaginatives, tout en sachant créer des liens avec le public. Lors de leur passage en 2011, elles avaient montré leur partition aux gens, sur laquelle on voyait à quel point il est difficile de jouer du piano à quatre mains. C’est une chose qui avait été appréciée», a mentionné la Jeannoise au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Ce concert permettra aux mélomanes de faire d’une pierre deux coups. Un autre duo qui les avait impressionnés, cette fois en 2017, sera en effet de retour. Il s’agit du Duo Cordélia, qui comprend Marie-Christine Poirier et la violoniste Vanessa Marcoux. Celle-ci crée des compositions pour cette formation, ainsi que pour le Duo Fortin-Poirier. On laisse même entendre qu’une pièce exécutée en trio pourrait faire partie du programme.

Pour la petite histoire, signalons que le piano utilisé à la chapelle de Vauvert a été «magasiné» par Amélie Fortin, qui, il est bon de le rappeler, est originaire du Lac-Saint-Jean.

Le Quatuor Saguenay

«Nous avions besoin d’un instrument et comme j’ai été sa professeure au Collège d’Alma, je l’ai contactée à Montréal. Amélie a déniché un Steinway qu’un enseignant avait eu toute sa vie», raconte Lise Bonenfant.

Des mouvements, des histoires

Le Quatuor Saguenay, lui, est attendu le 20 juillet, toujours à 16h. Il portait le nom d’Alcan lors de sa première incursion à Vauvert, en 2015, et s’était démarqué grâce à un programme fort bien structuré. «Au lieu de proposer des oeuvres complètes, il avait exécuté des mouvements, explique Lise Bonenfant. C’était très dynamique, surtout que les compositions épousaient des caractères différents.»

De son côté, le violoncelliste David Ellis garde le souvenir d’une belle rencontre dans un lieu convivial, tout en entretenant l’espoir de retrouver cette magie en plein coeur de l’été. «Nous aurons du plaisir, ce jour-là. Pour notre retour, nous sélectionnerons des pièces variées, des mouvements auxquels on peut accoler une histoire», fait-il remarquer.

Le troisième concert, en revanche, mettra en vedette deux chanteuses du Lac-Saint-Jean, deux sopranos qui n’ont pas vécu l’expérience de Vauvert. Originaire de Saint-Félicien, France Bellemare possède déjà de longs états de service. Il y a deux ans, elle a assumé le rôle de la mère dans le spectacle Another Brick in the Wall, créé à l’Opéra de Montréal. On l’a aussi entendue dans La Bohème, à Montréal et à Hong Kong, de même qu’au Metropolitan Opera, où elle a également chanté dans Thaïs.

«Elle est belle à voir sur scène. C’est une interprète qui contrôle bien sa voix et qui possède beaucoup de charisme. Elle va chercher son public, s’émerveille Lise Bonenfant. Son succès montre que tu as beau venir de loin, ça ne représente plus un empêchement si ton désir est de faire carrière en art lyrique.» Elle en veut pour preuve le parcours d’Audey-Anne Asselin, qui provient de Dolbeau-Mistassini. La fin de ses études de maîtrise à l’Université McGill coïncide avec plein de bonnes choses.

France Bellemare

L’une d’elles tient à sa nomination au sein des Jeunes Ambassadeurs Lyriques. La fondation derrière ce programme se donne pour mission d’appuyer les chanteurs les plus prometteurs. «On lui donnera accès à des auditions, ici et ailleurs dans le monde», se réjouit Lise Bonenfant, qui a hâte de l’accueillir à la chapelle. En attendant, elle invite les personnes intéressées à assister à ce concert, de même qu’aux deux autres, à réserver en téléphonant au 418 374-2114, 418 374-1012 ou 418 515-9958.

+ LA VILLE PRENDRA LA RELÈVE DU GROUPE DE BÉNÉVOLES

La dixième édition d’Un Apéro à Vauvert sera historique à plus d’un titre. En plus de constituer un anniversaire digne de mention, ce sera la dernière que superviseront les bénévoles associés à ce projet depuis le début. Fière d’avoir donné naissance à un événement qui rayonne bien au-delà du secteur de Dolbeau-Mistassini, la petite équipe croit que le moment est venu de s’accorder une pause, tout en assurant une transition harmonieuse.

«Il y a une fatigue. C’est prenant de s’occuper de cette série de concerts, ce qui comprend l’hébergement des artistes. Nous savons toutefois que la municipalité a l’intention de prendre la relève. Céline Fortin, qui travaille au Service des loisirs, va s’en occuper. Elle connaît bien le milieu de la musique», fait observer Lise Bonenfant, responsable de la programmation.

Elle assure que la formule demeurera la même, soit trois rendez-vous tenus à la chapelle de Vauvert en juin, en juillet et en août. Ils sont accessibles à prix doux, soit 35 $ pour la série au complet et 20 $ par concert. Quant aux profits découlant de cette activité, ils vont à la Ligue des propriétaires de Vauvert, qui s’en sert pour assurer l’entretien de la chapelle.

«Depuis la création de la série, nous avons refait la toiture, la scène et le plancher, en plus de mettre des coussins sur les bancs. L’église est presque neuve», affirme Lise Bonenfant, qui évalue à près de 50 000 $ le montant investi dans le bâtiment. Au-delà de l’argent, celle qui fut longtemps associée au monde de la musique est heureuse de voir plein de gens développer un goût pour le répertoire classique, à force de fréquenter les concerts.

Et quand on lui demande si l’approche de sa dixième et dernière saison la rend nostalgique, la réponse arrive spontanément, révélatrice de son attachement envers Un Apéro à Vauvert. «Il ne faut pas trop y penser», laisse-t-elle échapper. Daniel Côté