Zoé Vincent, une étudiante au baccalauréat en enseignement des arts, aurait voulu que son oeuvre intitulée Envie délectable, qui représente un Popsicle géant, soit installée dans le centre social de l'université.

Transgressez, mais en cachette

CHRONIQUE / Cachez ce Popsicle que je ne saurais voir.

C’est ainsi qu’on peut décrire la position de l’Université du Québec à Chicoutimi vis-à-vis la sculpture réalisée par l’une de ses étudiantes, Zoé Vincent. Inscrite au baccalauréat en enseignement des arts, elle aurait voulu que son oeuvre intitulée Envie délectable soit installée dans le centre social, le lieu le plus fréquenté à l’intérieur du pavillon principal.

Cette autorisation lui a été refusée par la haute direction, ainsi que l’a révélé le collègue Stéphane Bégin jeudi, dans les pages du Quotidien. « Nous ne pouvions le faire », a confirmé la responsable des communications, Marie-Karlynn Laflamme. Elle n’a pas dit ce qui clochait avec cette oeuvre qui représente un Popsicle rouge laissant voir de longues coulées blanches, tout en affirmant que cette histoire offre l’occasion de lancer un débat.

Du point de vue des autorités, la question posée est celle de la censure, ce qui représente l’équivalent d’une voie d’évitement. La sculpture ayant abouti au pavillon des arts, qui pourrait prétendre que les gens n’y ont pas accès ? Le vrai problème réside ailleurs, dans la notion de transgression. Elle est présente à toutes les étapes de l’histoire de l’art, servant de moteur à l’évolution des pratiques, proposant de nouvelles manières de voir le monde, de l’interpréter.

Les impressionnistes, les cubistes, les expressionnistes allemands, les plasticiens au Québec : tous ces créateurs ont choqué le bon peuple à un moment donné, avant de devenir eux-mêmes des figures du passé. Dans le lot, évidemment, il y a eu des nuées de « faiseux », mais c’est le prix à payer pour que l’art n’ait pas uniquement une fonction décorative.

Qu’une université se montre aussi frileuse à l’égard d’une sculpture est révélateur. C’est le genre d’attitude qu’on retrouvait dans les pays communistes, dont la pudibonderie était bien connue, et ça montre que la notion de liberté académique est à géométrie variable. On la tolère encore chez certains professeurs, mais les étudiants doivent faire gaffe. Oui, ils peuvent transgresser. À condition que ça ne dérange personne.