La photo de ces jumelles a été prise dans le théâtre des soeurs Notre-Dame du Bon-Conseil.

Transformer des enfants en marionnette

La plus connue de toutes les marionnettes, Pinocchio, est célébrée dans l’exposition de l’artiste française Alice Laloy qui présente le fruit de son travail au Centre des arts et de la culture et à la Bibliothèque de Chicoutimi. D’abord née en France, cette exposition comprend même des modèles de la région.

Dans le conte italien, la marionnette de bois désire devenir un petit garçon. Alice Laloy, qui se décrit comme une metteure en scène, a voulu renverser ce processus. Elle transforme des enfants en pantin de bois.

« C’était une manière au départ de retourner la vapeur. Au départ, c’était une préoccupation esthétique. Je me demandais comment faire pour retrouver le moment où on ne sait plus s’il est en bois ou s’il est humain. Je cherchais à photographier ce moment charnière », explique-t-elle lors du vernissage de l’exposition.

Alice Laloy transforme des enfants en Pinocchio, le temps d’une photo, dont certaines ont été prises à Chicoutimi.

Son premier mannequin a été son propre garçon. Cette image lui a plu et lui a donné l’envie d’en faire d’autres.

Depuis, elle multiplie les clichés de Pinocchio pris à travers le monde. Alice Laloy s’est même rendue en Mongolie pour trouver des enfants contorsionnistes qui se prêteraient au jeu. Avec eux, l’illusion est parfaite. Leur souplesse permet de prendre des poses qui donnent l’impression de voir une marionnette aux articulations de bois.

« J’avais une traductrice et on simplifiait au maximum les échanges, mais ils ont tout de suite compris ma logique et ce qu’ils pouvaient apporter au projet et comment ils pouvaient le pousser plus loin », se souvient-elle.

Une autre image de la série de portrait faite à Chicoutimi.

Fait à Saguenay

Le plus récent arrêt de ce projet photographique s’est fait à Chicoutimi.

Ce sont des collaborations avec le Festival international des arts de la marionnette à Saguenay (FIAMS) qui ont amené Alice Laloy à transposer son concept dans une salle de la maison-mère des soeurs Notre-Dame du Bon-Conseil, en octobre 2018. Les codirecteurs artistiques du FIAMS voulaient travailler avec Alice Laloy et lui ont lancé une invitation qu’elle a acceptée.

Elle a conçu un studio de photographie dans le théâtre du bâtiment de la rue Racine, une pièce inutilisée parce qu’elle ne répond plus aux normes actuelles, pendant une résidence de création l’automne dernier.

Une jeune contorsionniste mongole, qui se démarque par sa souplesse.

L’artiste a vu le potentiel de ce vieux décor. « J’ai commencé à bâtir un peu une fiction. Avec ces enfants du Québec, j’ai exploré un nouvel univers. Je me suis amusée à les habiller de manière similaire pour travailler sur la série et pour créer un univers merveilleux, un peu effrayant, mais merveilleux quand même », raconte Mme Laloy, à propos de ces photos qui rappellent l’univers de David Lynch.

Processus

De façon générale, il se passe une semaine entre la rencontre de l’artiste avec les jeunes et la prise du cliché. Alice Laloy utilise ce temps pour apprivoiser l’enfant, lui expliquer comment faire le maquillage qu’il portera et trouver une pose qui arrivera à vraiment faire croire qu’il est une marionnette. Et si le résultat final possède une esthétique de film d’horreur, le tout se crée dans le plaisir.

« Dans l’univers des enfants, ça demeure un jeu. On est proche de l’Halloween. C’est très joyeux dans toute l’élaboration de la photo », affirme la photographe.

Pinocchio(s) se poursuit jusqu’au 18 août prochain. Les enfants de la région sont exposés dans la Bibliothèque de Chicoutimi.